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Sémiologie psychomotrice de l’enfant

Sommaire

1 - Spécificité de la psychomotricité

2 - La clinique psychomotrice

3 - Les interventions psychomotrices

Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Les interventions psychomotrices

 

3.2 - Les différentes approches corporelles

3.2.2 - Les thérapies expressives

 

Elles mettent l’accent sur la réalisation de gestes ou de mouvements où la dimension esthétique joue un rôle, même si celle-ci n’est pas recherchée de manière manifeste.

Ces thérapies s’appuient sur un rôle de communication symbolique. Elles produisent un signifié latent ou manifeste rencontrant une forme signifiante. En d’autres termes, elles s’appuient sur l’expression d’un contenu interne par la production d’un contenu externe.

Elles sont constituées par :

  • La danse et les techniques associées ;
  • Les techniques théâtrales : le mime, le jeu dramatique, l’improvisation dramatique, le jeu spontané, le jeu de rôle, le psychodrame… ;
  • Les techniques à support artistique : activités graphiques, de modelage, de façonnage…

3.2.2.1 Danse-thérapie

La danse est considérée depuis l’antiquité comme « symbole de l’acte de vivre ». Elle n’est pas seulement une virtuosité technique mais aussi un moyen d’expression dramatique et de communication.

La danse diffère du mime dans le sens où le mime se compose de mouvements représentatifs d’une réalité déjà existante ou de son concept. Le geste du mime est descriptif, alors que celui du danseur est projectif.

La danse comporte deux aspects :

  • un aspect formel ;
  • un aspect émotionnel.

L’objectif de la danse-thérapie est un travail sur l’image du corps et le vécu corporel ; il permet d’acquérir de nouvelles connaissances sensorielles et motrices.

Le travail porte également sur la respiration, l’organisation motrice, les perceptions tactiles, kinesthésiques, visuelles et auditives et la dynamique du mouvement.

Pratiquée fréquemment en groupe, elle permet une organisation et une communication interactive entre les participants.

Les techniques varient suivant le lieu où elles se pratiquent et les patients qu’elles traitent.

3.2.2.2 Dramatisation et improvisation dramatique

L’improvisation dramatique s’appuie sur les notions de drame, d’improvisation et de jeu dramatique.
L’improvisation dramatique porte en elle le drame et l’exploite à des fins thérapeutiques. Si le théâtre est largement connu pour ses effets psychologiques, ce ne sera qu’avec Moreno que cette disposition sera volontairement utilisée dans cette perspective. Moreno dès 1922 développe une expérience commune de théâtre et de thérapie. Il est introduit en France en 1947 par M. Monod et A. Ancelin- Schützenberger.
  • Le langage courant fait un usage abondant de la notion de drame. Il semble que ce soit les conséquences qui donnent à un événement son caractère dramatique. Le mot drame vient d’un mot grecqui signifie action qui réalise une fonction de dévoilement et d’éclaircissement.
  • L’improvisation signifie littéralement « composer sur le champ et sans préparation ». Elle serait un certain jaillissement de soi qui ne deviendrait création qu’à partir du moment où un choix viendrait organiser les rapports à la temporalité et à la spatialité d’un corps pris dès lors dans une histoire à exprimer, à dire.

L’improvisation dramatique sollicite aussi quelques mots sur le choix d’une expression qui met l’accent sur la spontanéité. Il ne s’agit pas de préparer un texte, ou de se conforter aux obligations esthétiques mais de laisser libre cours à sa créativité.
L’improvisation dramatique c’est aussi la mise en jeu d’une praxie. C’est à dire que les vertus thérapeutiques concernent aussi le faire, ou plutôt la conjonction entre le faire, le dire et le penser.
  • Le jeu dramatique s’origine dans les années 1936 avec Léon Chancerel. La référence principale est le jeu comme mise en acte. Le jeu dramatique est celui du corps de l’acteur en complémentarité de sa parole dans l’espace de représentation scénique.

Si une place importante est laissée à l’improvisation, le jeu dramatique implique nécessairement le regard de l’autre et reste en cela très proche d’une forme théâtrale non écrite qui prend sa source dans le vécu corporel des participants.
Le corps dans l’improvisation dramatique
C’est un corps regardé et regardant qui met en jeu trois types de sensibilité ;
La conscience du corps propre est la combinaison de ces trois types de sensibilité : elle introduit à l’expressivité du corps ;
L’activité corporelle est en relation avec l’affectivité par l’intermédiaire des émotions.
Caractéristiques de l’improvisation dramatique
L’activité est libre, dans le sens où il y a une implication personnelle et où le sujet accepte les règles du jeu non comme contrainte mais comme règle implicite ;
L’activité est séparée de la réalité extérieure dans le sens du faire semblant ;
L’activité est réglée dans le temps et dans l’espace, elle est productive de sens.
Objectifs
L’improvisation dramatique jeu dramatique favorise :
  • Le développement de l’expression et de la communication ;
  • Le développement des facultés expressives ;
  • Le développement des capacités de relation ;
  • L’observation des mécanismes de l’action, du rapport du geste à la parole ;
  • L’organisation de l’espace et du temps.

3.2.2.3 Les activités graphiques

Dès lors que l’enfant se trouve en situation de laisser son empreinte, il le fait volontiers. Néanmoins, son activité graphique va se modifier au cours du temps et de son développement.

L’activité graphique est ancienne, elle marque les premières civilisations, les premières tribus, les premières évolutions de l’homme.

Perspectives phylogénétiques
Les premiers témoins d’un graphisme datent de la fin des Paléanthropes. Les traces les plus anciennes sont composées par des cupules ou des séries de traits gravés dans l’os ou la pierre, pouvant être rapprochées des churinga australiens.
Le graphisme ne débute pas dans une tentative naïve de reproduction du réel mais directement dans une forme abstraite. Le graphisme est transposition symbolique et non calque de la réalité.
Perspectives ontogénétiques
Au tout début l’enfant ne fait que rencontrer cette feuille. Son activité motrice le conduit presque par hasard à utiliser ce support comme une affirmation de soi, une tentative de s’approprier ce nouveau support.
Les graphismes de l’enfant de cet âge sont constitués de vagues mouvements, de brusques décharges où l’enfant jubile de faire.
C’est vers l’âge de deux ans que se mettent en place les compétences cognitives qui permettront simultanément au langage de définir des formes chargés d’une intention de signifiant.
La rencontre passe par différents stades évolutifs. Une fois exécuté l’acte il faut l’expérimenter sur de nouveaux supports, de nouvelles matières qui vont intervenir. Ainsi si l’enfant crée le monde par son activité, et qu’il cherche à se représenter sa propre activité, le monde lui-même contribue à modifier son activité et créer lui-même les conditions nécessaires au développement.
Le tracé linéaire, bref est suivi par un tracé courbe puis par une forme circulaire qui tente de se fermer avant d’y parvenir. Cette figure va donc être une véritable jubilation qui n’émergera que vers la fin de la deuxième année et plus véritablement au cours de la troisième.
Les compétences initiales
A l’approche de son premier anniversaire l’enfant ne s’était intéressé au crayon que pour mieux les porter à la bouche, taper avec sur divers objets, les manipuler, les jeter... Au cours de la deuxième année, l’usage d’un outil devient possible. Les objets peuvent en effet se combiner pour réaliser des actions ou des désirs, ils n’ont plus une seule fonction : celui d’être au service de l’activité motrice.
Si dans un premier temps il a laissé ses marques et domestiqué le gribouillage, quelques mois plus tard il assigne une signification à celle-ci. Il incorpore son dessin dans un rite d’échanges social et renforce le lien entre dessin et communication.
Evolution du gribouillage
Au moment de la réalisation de ses premiers gribouillages, le jeune enfant possède déjà une série de schèmes perceptifs et moteurs.
Les premières inscriptions graphiques de l’enfant consistent en des lignes plus ou moins courbes. Tout se passe comme si l’enfant prenait son coude comme pivot sans s’y appuyer.
Les enfants de deux ans et demi s’échappent progressivemen de leur tourbillon d’activité. Ils parviennent à représenter un cercle. Ce cercle est tout d’abord le fruit d’un heureux hasard, comme une préfiguration occasionnelle, avant de devenir une constante. La forme circulaire devient dominante et quelquefois les enfants y placent intentionnellement des points ou des traits.
A cet âge, le dessin de l’enfant a des résonances avec son activité linguistique. Comme dans le dessin, l’enfant passe par la répétition d’un recueil de mots et de sons qu’il est en voie de maîtriser, pour les combiner.
A mesure qu’il progresse, il va découvrir de manière fortuite la ressemblance entre la trace et l’objet. La ressemblance n’est pas liée aux propriétés objectives de la forme, mais aux dispositions subjectives de l’enfant. Au gribouillage sans signification succède un gribouillage avec intention de signification. L’évolution du dessin est marquée non pas par la maîtrise de la forme comme copie du réel mais comme la nomination par l’enfant de ce qu’il a fait.
A partir de ce moment l’enfant n’aura de cesse de multiplier ses tentatives en tenant compte des circonstances extérieures. Mais c’est surtout au moment où sa maîtrise gestuelle sera plus importante et qu’il entrera dans une période d’investissement du savoir, à partir de 4 ans, que la figuration peut prendre place. L’enfant est à présent libéré du contrôle moteur, de l’acquisition des schèmes perceptivo-moteurs de base et peu ainsi consacré son énergie à réaliser des formes qui tentent de traduire la réalité. Le dessin se suborne de plus en plus à un réalisme visuel.
Dessin et représentation du corps
Les dessins de l’enfant même dans leurs aspects préfiguratifs rendent compte du processus de développement de la représentation du corps.
Le dessin d’un personnage est rendu difficile parce qu’il présuppose l’acquisition d’un grand nombre d’éléments picturaux que l’enfant est à peine en passe de saisir : lignes, cercles, cohérence spatiale... Mais il existe aussi une représentation du corps qui demeure encore très liée à l’activité motrice. L’enfant découvre son corps en agissant par son intermédiaire sur le monde. Les repères spatiaux entretenus entre les différentes parties du corps ne sont pas encore complets, l’enfant est encore à la conquête de son corps même s’il l’a déjà investi, ce qui lui permet de supporter la frustration que cela suppose. Mais un jour, vers la troisième année, les différents facteurs nécessaires à la réalisation de ce personnage sont enfin parvenus à maturité. Il lui faut en effet un carquois de schémas graphiques, l’aptitude à discerner des similitudes entre des entités physiques et des configurations de lignes, la capacité de dresser et d’exécuter un plan moteur avec des stratégies, des coordinations, une maîtrise du milieu, de l’espace, avant de parvenir au dessin figuratif.
Le dessin du bonhomme va suivre une progression. Les premières représentations de personnage sont nommées bonhomme têtard. Leur appellation est venue de ce qu’elles font penser au premier stade de développement de la grenouille, avec son bout elliptique et sa longue queue. Ces représentations consistent toutes en un cercle qui tiendrait lieu soit de tête, soit de corps, soit des deux, comme si l’enfant ne distinguait pas encore son visage de son tronc.
Dessiner : dire et faire
L’évolution des productions graphiques de l’enfant consiste au passage entre les productions incontrôlées, le gribouillage, jusqu’aux formes évoluées de création comme elles peuvent être perçues dans les dessins complexes d’enfants âgés.
Le dessin possède une place importante dans l’expression et le développement de l’enfant, au même titre que le jeu.
Le dessin est une médiation entre l’espace de réalité qui se concrétise par la feuille blanche, et l’espace interne, lieu des représentations.
La pratique du test du bonhomme, ainsi que d’autres tests s’appuyant sur la représentation graphique de l’enfant, a mis en évidence chez les thérapeutes, le sentiment qu’il pouvait exister une correspondance entre la représentation du corps et le graphisme.
Toute production est le fruit d’une rencontre entre le développement des capacités motrices et relationnelles de l’enfant. Ces productions sont cependant au service de l’expression des désirs et sous-tendues par le plaisir.
Le développement des activités graphiques correspond du gribouillage à des expressions fortement complexes, artistiquement esthétique et volontairement contrôlées en vue de faire naître une émotion chez le spectateur, sans que celui-ci soit tout à fait dupe du caractère « artificiel » de cette production.
Conclusion
A travers le dessin, l’enfant construit sa représentation du monde.
Le dessin de l’enfant avant deux ans impose de prendre en considération, les activités motrices et psychomotrices qui étayent cette réalisation. Le dessin peut être considéré comme un langage sans parole qui conduira à l’écriture.
Les performances graphiques de l’enfant ne doivent pas cependant occulter la place fondamentale que prend la notion de plaisir.

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3.1 - Thérapies à médiation corporelle
3.2 - Les différentes approches corporelles
3.2.1 - Les thérapies psychosensorielles
3.2.2 - Les thérapies expressives
3.2.3 - Les thérapies perceptivo-motrices
3.2.2.1 - Danse-thérapie
3.2.2.2 - Dramatisation et improvisation dramatique
3.2.2.3 - Les activités graphiques