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Sémiologie psychomotrice de l’enfant

Sommaire

1 - Spécificité de la psychomotricité

2 - La clinique psychomotrice

3 - Les interventions psychomotrices

Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 1 - Spécificité de la psychomotricité

 

 

1.4 Spatialité

Lorsqu’on fait passer des tests, nous savons ou nous admettons facilement que des performances médiocres à un test spatial peuvent s’expliquer par de multiples façons, plus ou moins liées à l’espace. Se pose alors la question de la spécificité des mécanismes à l’œuvre.

1.4.1 Ontogénèse de l’espace psychologique selon Piaget

Piaget a décrit deux étapes dans l’organisation de l’espace au cours du développement de l’enfant.

  • Un espace d’action ou sensori-moteur, préopératoire s’achevant vers l’âge de 18 à 24 mois.
  • Un espace représentatif qui implique l’acquisition de la fonction sémiotique et dont l’organisation va s’étaler entre 2 et 12 ans.

Les liens entre les objets présupposent l’acquisition de la construction de l’objet d’abord et de son invariance ensuite ; ce sera le travail des actions du petit enfant dans ses mouvements, ses gestes, ses manipulations, l’adéquation progressive de ses tâtonnements.

1.4.2 Le corps propre et l’organisation de l’espace

« L’appareil moteur des organismes apparaît comme une structure assimilatrice, transformatrice et génératrice d’ordre spatial ». Jacques Paillard, pose de manière irréversible le corps comme un système unificateur (moteur et postural) qui sert de référence primordiale à l’organisation de l’espace.

Le choix des descripteurs permet à J. Paillard de retenir l’importance de la référence par rapport au corps propre :

  • référence égocentrique ou égocentrée : l’axe ou le plan de référence est défini par le corps actif ;
  • référence exocentrique ou exocentrée : l’axe de référence renvoie à l’espace extra-corporel ou à des invariants.

C’est l’organisme actif qui prend l’initiative de ces références, malgré lui en quelque sorte, selon les dispositifs initiaux et selon l’espace auquel il est confronté.

J. Paillard distingue deux types d’espace :

  • L’espace des lieux : C’est un espace des positions à partir de la localisation d’objets ou d’événements situés dans l’environnement selon les activités de positionnement directionnel et/ou les activités de transport dirigé, du corps ou des segments mobiles du corps où fonctionnent les capteurs visuels, tactiles, auditifs, oraux... en tant qu’espaces de capture.
  • L’espace des formes concerne les informations spatiales sur l’espace de l’objet qui caractérisent leur « forme » (ou figure), l’invariance de leurs propriétés, impliquant des relations topologiques.

Ces deux types d’espace correspondent à un traitement différent des informations. C’est l’espace sensori-moteur du mouvement et des déplacements qui sera le plus souvent concerné. Paillard montre que ce qui touche à la maîtrise des relations spatiales dépendent de la morphologie et de l’organisation fonctionnelle de l’appareil sensori-moteur.

1.4.3 La psychanalyse et l’espace

L’architecture des travaux de Freud repose sur une structuration psychique perçue d’emblée sous l’angle spatial. Ainsi élabore-t-il deux topiques. Le développement de ces structures et des modalités de fonctionnement se fait par étapes depuis la naissance, en liaison avec la sexualité.

1.4.4 Latéralisation fonctionnelle et asymétrie cérébrale

La notion d’asymétrie fonctionnelle hémisphérique, qui correspond à celle de latéralisation, désigne les différences de fonctionnement entre les deux organes apparemment symétriques que constituent les deux hémisphères cérébraux.

La latéralisation manuelle
Les différences fonctionnelles entre les deux mains sont évidentes et ont toujours été l’objet de normes sociales. On sait depuis longtemps que les voies nerveuses qui contrôlent les mouvements des membres sont croisées, de telle sorte que c’est l’hémisphère gauche qui commande la main droite.
On sait maintenant que la distribution statistique de la préférence manuelle pour différentes activités est bimodale.
Il faut noter que la distribution n’est pas identique pour les deux sexes : on trouve plus d’hommes gauchers extrêmes et plus de femmes moins nettement latéralisées.
Les pressions sociales ne créent pas la dominance manuelle, mais elles peuvent contraindre les sujets moins clairement latéralisés dans le sens de la droiterie.
Il est important de distinguer deux manières de définir la latéralisation manuelle :
  • L’une s’intéresse à la main préférée dans des tâches unimanuelles et est liée aux notions de dominance ou d’habileté.
  • L’autre considère l’attribution de rôles différents aux deux mains et leur coordination.
Asymétries des fonctions centrales
Le langage
L’hémisphère gauche exerce un contrôle sur l’émission et la réception du langage.
Toutefois, on ne saurait conclure aussi directement à une liaison totale entre l’hémisphère gauche et le langage. On a donc été amené à considérer que l’hémisphère droit possédait aussi la capacité de contrôler le langage et à parler d’équipotentialité hémisphérique.
On est donc amené à conclure que l’hémisphère gauche apparaît bien, dans l’espèce humaine, contrôler le langage, mais que cela n’exclut ni la participation de l’hémisphère droit à cette capacité, ni l’existence d’une équipotentialité, qui apparaît dans la plasticité des organisations substitutives.
Les informations spatiales et la reconnaissance des visages
L’hémisphère droit est particulièrement disposé pour le traitement des informations spatiales et des opérations de transformation sur des formes et relations spatiales. L’hémisphère droit apparaît comme étant particulièrement destiné au contrôle des manifestations affectives et de la reconnaissance des visages.
Traitement global et analytique
Les études sur les différences dans le traitement des informations par l’hémisphère gauche ou par l’hémisphère droit ont amené à opposer des formes différentes de processus.

1.5 Tonicité

Le tonus est une expérience neurophysiologique et caractérise l’état de tension d’un muscle. Etudié en premier lieu par la physiologie pour définir les états d’activités des muscles, progressivement introduit par la psychologie pour découler dans un système où le tonus devient un état de relation entre un organisme et son milieu.

1.5.1 Neurophysiologie du tonus

Le tonus se définit comme une contraction musculaire permanente et modérée, entretenue par des influx nerveux, affectant en permanence tout muscle au repos (tonus de fond), pour s’exagérer à l’effort (tonus d’action) Les structures qui le régulent, sont dispersées tout le long du névraxe à différents niveaux.

1.5.2 Le tonus comme communication et expression de la vie psychique

Si le tonus est un phénomène nerveux complexe, il est associé dès le début de l’existence à un vécu émotionnel. Le tonus non seulement prépare et guide le geste, mais il exprime en même temps les fluctuations affectives.

Il s’établira entre l’enfant en pleine maturation et son milieu, un véritable dialogue tonique dont les soubassements seront posés au cours des premières interactions mère-enfant. Pour De Ajuriaguerra le dialogue tonique entre la mère et l’enfant permettra d’établir le premier couple antithétique : l’hypertonie d’appel et l’hypotonie de satisfaction.

En résumé l’adaptation tonique permet l’élaboration d’une gestualité adaptée aux contraintes de la réalité et intégrée à la personnalité. Elle constitue le fondement le plus précoce de la relation à l’autre en propulsant le corps dans une activité symbolique.

  • Phénomène nerveux très complexe, il est la trame de tous les mouvements, sans disparaître dans l’inaction ;
  • Il s’investit à tous les niveaux de la personnalité psychomotrice, et participe à toutes les fonctions motrices ;
  • Il est surtout le véhicule de l’expression des émotions ;
  • Il est le support essentiel de la communication infraverbale, du langage corporel.

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1.1 - Symptômes et syndromes psychomoteurs
1.2 - La gestualité et le mouvement
1.3 - La représentation du corps chez l’enfant
1.4 - Spatialité
1.5 - Tonicité
1.4.1 - Ontogénèse de l’espace psychologique selon Piaget
1.4.2 - Le corps propre et l’organisation de l’espace
1.4.3 - La psychanalyse et l’espace
1.4.4 - Latéralisation fonctionnelle et asymétrie cérébrale
1.5.1 - Neurophysiologie du tonus
1.5.2 - Le tonus comme communication et expression de la vie psychique