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Fondements théoriques et techniques de la relaxation

Sommaire

Avant-propos

1 - Méthodes de relaxation

2 - Indications, contre-indications

3 - Quelques points de théorie

Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Quelques points de théorie

 

3.1 - Le tonus

 

Une des conclusions lors du colloque de 1987 réunissant les plus grands spécialistes des relaxations thérapeutiques (M-J. Hissart, 1987) a été : « Les techniques de relaxation impliquent nécessairement une baisse du tonus musculaire et une adaptation respiratoire […] Il existe une corrélation entre les états de conscience et le tonus musculaire déterminée par la substance réticulée » (P. Vincente Monjo, 1987). Nous retrouvons dans la relaxation dynamique ces éléments essentiels : baisse du tonus, modification des états de conscience ainsi que les phénomènes respiratoires favorisés et utilisés par la technique elle-même. Nous ne pouvons faire l’impasse d’en dire quelques mots.

3.1.1 Mécanisme neurophysiologique du tonus

Le tonus est avant tout un phénomène neurophysiologique qui se manifeste au niveau musculaire. Il peut se définir comme une contraction permanente et modérée des muscles, entretenue par des influx nerveux. Il est mis en évidence cliniquement par cette légère tension qui affecte constamment tout muscle au repos pour s’exagérer à l’effort. Un muscle peut varier de l’hypertonie à l’hypotonie. Un tonus de fond est entretenu par des influx nerveux dont la régulation est extrêmement complexe. Les structures en cause sont dispersées tout le long du névraxe à différents niveaux : spinal, cérébral sous cortical et cortical (Cf. annexe, dessin).

Le niveau spinal
L’étirement passif d’un muscle provoque une résistance active, le muscle développe une résistance supérieure à celle qui est provoquée. Si au contraire le muscle tendait à se raccourcir par contraction, la boucle marcherait en sens inverse et tendrait à ramener le muscle à sa longueur. Cette réaction est appelée réflexe myotatique. Comme le fait remarquer J-D. Vincent avec humour : « Si notre réflexe myotatique fonctionnait parfaitement, nous serions tous, pour l’éternité et jusqu’à la cataplexie, des statues […] Beau système de rétroaction qui fixerait nos dimensions musculaires une fois pour toutes ! » (J-D. Vincent, 1987).
Heureusement, le tonus musculaire se module dans les postures et varie avec les états psychologiques. C’est un système ouvert au monde qui nous environne et même à notre monde interne, grâce aux voies descendantes du système nerveux central. C’est ainsi que les informations de l’état du muscle transmises par les fibres sensitives du fuseau neuro-musculaire sont contrôlées et surtout pondérées par un autre système : le système gamma qui par son activité amortit les effets de l’étirement ou du relâchement passif du muscle. Cette activation se fait dans les zones de contrôle supérieures en particulier la zone réticulée.
Le niveau sous-cortical
Si l’on sectionne le névraxe entre les tubercules quadri-jumeaux antérieurs et postérieurs, c’est-à-dire en pleine zone réticulaire, apparaît alors une augmentation des réflexes myotatiques provoquant une rigidité de décérébration. La conclusion est que cette zone a un rôle inhibiteur sur le tonus. Cette région, constituée par les substances réticulées du tegmentum mésocéphalique, de l’hypothalamus et du thalamus supérieur, assure la régulation du niveau global de l’organisme en exerçant par ses voies descendantes une action générale sur toute la posture, sur tout le tonus.
Le niveau cortical
Le tonus est également influencé par les messages volontaires issus du cortex cérébral. Les facteurs psycho-émotionnels, les processus d’effort provoquent des stimuli à point de départ de l’écorce cérébrale qui influent également sur cette plaque tournante sous-corticale.

3.1.2 Le tonus émotionnel

Pour faire le lien entre le système neurophysiologique du tonus et l’émotion nous en appellerons encore à J-D. Vincent : « Le système nerveux central est l’interprète de tout ce qui se passe dans le monde pour adapter le tonus musculaire à cette présence physique au monde, en accord avec le monde dans lequel le corps se situe. N’est-il pas possible de parler de tonus émotionnel dans ces conditions ? En effet, l’émotion au sens large, ou la passion, c’est tout simplement la manière d’être de l’individu au monde […] être au monde c’est être ému » (J-D. Vincent, 1987, pp24).

Cette pensée nous permet de comprendre comment les variations toniques seront l’expression des variations de notre émotion dans le monde. Dès lors, nous pouvons entrevoir en quoi le rôle du tonus est d’une importance cruciale en relaxation. Objectivement, les exercices de respiration, les mouvements de contraction-décontraction musculaire, l’effet suggestif des consignes, ont une action sur les instances anatomophysiologiques qui contrôlent le tonus. Tant au niveau médullaire qu’au niveau sous-cortical et au niveau cortical. Précisons que la substance réticulée est un véritable carrefour, où convergent les afférences sensitives et sensorielles de tout l’organisme, et d’où partent les systèmes effecteurs facilitateurs et inhibiteurs. Nous voulons ainsi montrer que le tonus musculaire est la résultante de l’activité complexe de toute l’organisation nerveuse.

3.1.3 « On a peur parce qu’on fuit »/« On fuit parce qu’on a peur »

Ce qui a été écrit plus haut sur le tonus permet de comprendre que les facteurs psycho-émotionnels et affectifs, par l’intermédiaire du système nerveux central, aient un rôle sur lui. Ainsi, tout ce qui est de l’ordre de l’influence ou de la suggestion en relaxation, induisant un climat émotionnel apaisant, influence par là même l’activité tonique dans le même sens. Cependant, nous ne pouvons comprendre l’effet de la relaxation dynamique dans son aspect neuro-musculaire centripète, c’est-à-dire à point de départ périphérique, que si la réciproque est vraie. A savoir, que l’état tonique influence l’activité émotionnelle du sujet. Ainsi, en abaissant le tonus par les exercices gestuels et respiratoires il devient possible d’abaisser les tensions psychiques du sujet.

Les expériences menées par S. Bloch (1986, 1989) peuvent confirmer cette réciproque. S. Bloch s’inspire de la théorie de James-Lange (W. James, 1884, C.G. Lange, 1885) pour qui l’expérience émotionnelle est fondée sur des modifications corporelles. Autrement dit, ce sont des réactions périphériques qui différencient les émotions. Faisant varier le rythme respiratoire, l’expression faciale, la posture dans son aspect tensionnel, S. Bloch montre que ces modifications volontaires provoquent chez des sujets un ressenti émotionnel. Elle parvient à configurer des « modèles effecteurs » de certaines émotions. La méthodologie expérimentale de S. Bloch consiste à décrire des attitudes ou des comportements (différentes configurations) à un sujet, lequel par la suite doit énoncer les émotions ressenties. Dès lors, elle met en évidence qu’un mécanisme de rétroaction, qui part des effecteurs vers les centres nerveux, active un processus subjectif. Nous avons donc là une expérience qui permet de comprendre comment les relaxations à point de départ physiologique sur le modèle de la méthode Jacobson, agissant sur la tension musculaire, peuvent induire des états émotionnels.Nous ne pouvons que faire le parallèle entre ce que nous venons d’écrire ( émotion qui modifie le tonus versus tonus qui modifie l’émotion) avec la célèbre controverse James (1884)/Cannon (1929). Nous le disions plus haut, pour James l’expérience émotionnelle fait suite à des modifications corporelles que ce soient les mouvements du corps ou des réactions physiologiques. Pour Cannon, au contraire, leur point de départ est central. C’est dans le cerveau que tout commence et c’est l’interprétation cognitive de la situation qui différentie les émotions. Schématiquement, il est habituel de présenter ce débat sous la forme : pour James « on a peur parce qu’on fuit », pour Cannon « on fuit parce qu’on a peur ».

Dans ce débat, à l’image de notre pensée véritablement psychomotrice qui se retrouve dans le fonctionnement de la Relaxation Dynamique Psychomotrice, nous opterons pour l’opinion développée par J. Cosnier (1994). Je cite : « Pourquoi opposer origine périphérique ou origine centrale ? Ne faut-il pas dépasser ce mode traditionnel de raisonnement en ou bien/ou bien et le remplacer par l’un n’empêche pas l’autre ? […] Le passage des représentations mentales aux réactions corporelles est un fait : c’est ainsi que réagissent les spectateurs devant un film […] Mais la mise en conditions convenable du corps par des mimiques, des postures et des exercices musculaires et respiratoires induit aussi des affects et des représentations […] », J. Cosnier en conclut qu’il y a bien réciprocité (J. Cosnier, 1994, pp148).

3.1.4 Le dialogue tonique

Immanquablement, en abaissant le seuil tonique du sujet par la relaxation, nous touchons à un pan affectif de sa vie psychique. Déjà, à la fin des années quarante, H. Wallon (1949, pp 144-178) mettait en évidence le lien entre le tonus et l’émotion, et soulignait son importance dans les interactions mère-nourrisson, parlant d’une relation tonico-affective. J. de Ajuriaguerra, reprenant la démonstration de Wallon, parle de dialogue tonique, et met en exergue la fonction du tonus dans la communication interhumaine : « l’enfant, dès sa naissance, s’exprime par le cri, par les réactions toniques axiales, par des grimaces ou gesticulations où parle tout le corps. Il réagit aux stimulations ou interventions extérieures par l’hypertonie, ou se laisse aller à une paisible relaxation. Mais c’est par rapport à autrui que ces modifications toniques prennent leur sens, et ce sont ces réactions expressives que la mère interprète et comprend » (J. de Ajuriaguerra, 1960).

C’est ainsi que ce dialogue tonique pourra être utilisé par une thérapeutique comme la relaxation (Lemaire 1964, p.6). Cet aspect est au centre de la méthode de rééducation psychotonique inaugurée par Ajuriaguerra, laquelle aborde le tonus dans son aspect de dialectique inter-humaine. Cette méthode est axée autour d’une théorie psychodynamique du transfert, ainsi que de la théorie Wallonienne du schéma corporel et de la relation tonico-émotionnelle.

S’il n’est pas question dans le cadre d’une thérapie psychomotrice d’analyser le transfert à travers les résistances toniques, la Relaxation Dynamique est profondément ancrée dans ce concept wallonnien de « relation tonico-affective », dont nous ne pouvons méconnaitre l’existence, éminemment active dans la relaxation.

Nous ne pouvons également méconnaître l’incidence psychique du seul fait de la modification tonique. Au sens large, nous pouvons dire que ce type de relation s’actualise transférentiellement pendant la séance de relaxation. A la voix, aux mots, au toucher du relaxateur, le patient réagit par un abaissement du tonus, qu’il décrit par les modifications des sensations de poids, de grandeur, de température, de contact du corps sur le sol. Réciproquement, par empathie, le relaxateur ressent l’état de son patient. Il est détendu par son bien-être ou ressent l’angoisse de celui-ci. Cette angoisse doit être gérée, pour ne pas qu’elle déborde le relaxateur et qu’il ne la renvoie comme telle par le flux des mots qui guident le patient pendant la séance.

Nous voyons là le parallèle entre l’expression tonique du ressenti de l’enfant et l’expression tonique du ressenti du relaxé. Parallèle, également, entre la compréhension par la mère des manifestations toniques de son nourrisson et la compréhension par le relaxateur des manifestations toniques du relaxé.

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3.1 - Le tonus
3.2 - Modification des niveaux de vigilance et des états de conscience
3.3 - Respiration et relaxation
3.4 - Schéma corporel et image du corps dans la relaxation
3.1.1 - Mécanisme neurophysiologique du tonus
3.1.2 - Le tonus émotionnel
3.1.3 - « On a peur parce qu’on fuit »/« On fuit parce qu’on a peur »
3.1.4 - Le dialogue tonique