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Fondements théoriques et techniques de la relaxation

Sommaire

Avant-propos

1 - Méthodes de relaxation

2 - Indications, contre-indications

3 - Quelques points de théorie

Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Quelques points de théorie

 

 

3.2 Modification des niveaux de vigilance et des états de conscience

Nous distinguerons avec Virel A. (1987) les termes de niveaux de vigilance et états de conscience.

Le premier est de l’ordre de ce qui est objectivement mesurable, le second est le vécu d’une expérience relaté dans toute sa subjectivité. Si, pour le profane être vigile c’est être éveillé, le physiologiste, lui, classe les diverses activités cérébrales, qu’elles soient de sommeil ou de veille, en un certain nombre de niveaux de vigilance. La vigilance est objectivement observable par des techniques comme l’E.E.G. (électroencéphalogramme), la R.E.D. (résistance électrodermique), les mouvements oculaires etc. Elle est mesurable (amplitudes, fréquences) et quantifiable, donc hiérarchisable et classifiable en niveau.

La conscience relève, quant à elle, de l’expérience subjective, des états. Lambert J-F. (Virel A., Lambert J-F., 1987, pp204) précise qu’il n’existe pas de corrélation directe ni de relation proprement causale entre l’expérience subjective rapportée par les sujets et les indices mesurés par l’expérimentateur. Ce dernier ne peut procéder qu’à des mesures objectives de niveaux (de vigilance) sans préjuger de la nature des états (de conscience) éprouvés par le sujet. L’E.E.G. ne renseigne donc pas sur les contenus de conscience mais indexe des processus qui fluctuent avec le niveau de vigilance, l’attention, la motivation, l’émotion, l’activité, etc.

Cette précision étant posée nous pouvons nous orienter plus exclusivement sur les états de conscience en relaxation. Nous savons, qu’il y a des modifications de la conscience vigile en relaxation, celles-ci sont volontaires et utilisées à des fins thérapeutiques. Que ce soit une dissolution de la conscience qui amène un vécu fusionnel, une béatitude narcissique ; que ce soit une décentration avec dissolution de l’attention associée à un élargissement du champ de conscience, ce qui laisse émerger une activité fantasmatique riche en matériel inconscient ; que ce soit l’accroissement de la concentration sur des stimuli ou un canal sensoriel particulier, ce qui provoque une restriction de la conscience sans perte de vigilance et offre en particulier un renforcement des perceptions du corps. Soulignons que ces états altérés de conscience sont intentionnellement recherchés, qu’ils sont en principe maîtrisés et réversibles à volonté.

Les indices physiologiques concomitants des états de conscience sont de deux ordres : périphériques et centraux. Parmi les indices périphériques ont peut observer diverses modifications physiologiques telles que le rythme cardiaque, le rythme respiratoire, la résistance de la peau, la réponse électro-dermale, le pouls, la pression artérielle, le tonus musculaire, les mouvements des yeux. Sur le plan végétatif, l’état de relaxation correspond à une activité de type trophotrope du système para-sympatique qui s’oppose à l’activité ergotrope du système sympathique.

Pour les indices centraux ceux de E.E.G. sont les plus utilisés. La caractéristique la plus commune de tous les états de conscience modifiés est la présence d’un rythme alpha plus ou moins modifié de manière transitoire ou soutenue. On observe une augmentation de son amplitude, diminution de sa fréquence, extension vers les régions antérieures, stabilité ou glissement progressif vers le thêta et les ondes lentes du sommeil (delta). L’alpha est plus abondant chez des sujets pratiquant régulièrement une technique de modification de conscience volontaire. Globalement, l’état alpha correspond à une stabilisation du niveau d’énergie cérébrale, à une sorte d’eutonie. Il nous est permis d’écrire que, d’une manière générale, la littérature s’accorde à dire de ces états de conscience modifiés qu’ils s’accompagnent de modifications végétatives de type para-sympathique, les sujets décrivent des changements dans leur perception et souvent un sentiment d’unité. Dans le temps il y a toujours une extension de ces modifications d’états.

J-F. Espinas (1987, pp60-61) décrit les différentes structures nerveuses contrôlant la vigilance et la réactivité du cortex cérébral :

  • La vigilance diffuse, avec la substance réticulée mésencéphalique.
  • La vigilance focalisée ou attentive, avec la réticulée intrathalamique, très cholinergique.
  • La vigilance « affective » avec le rhinencéphale et l’ensemble du système limbique.

Nous terminerons ce paragraphe avec quelques précisions apportées par J-F. Espinas (1987), qui nous permettront de faire le lien avec ce qui va suivre. Les fluctuations du niveau de vigilance peuvent être comprise à travers :

  • La grande sensibilité de la substance réticulée du tronc cérébral au chimisme sanguin ;
  • la présence des centres de la respiration au sein de cette réticulée et leur extrême sensibilité aux variations du PH plasmatique ;
  • enfin, la conjugaison d’effets ascendants, corticaux et descendants médullaires, modulant l’activité de la boucle gamma et ajustant ainsi le degré de tension musculaire à celui de la vigilance corticale.

Diverses expériences montrent que la détente neuromusculaire, liée à un bon contrôle de la ventilation pulmonaire, créent une diminution des décharges de l’hypothalamus vers le cortex cérébral et une synchronisation du tracé E.E.G. La décontraction musculaire déclenche l’apparition d’un tracé de repos, voire de sommeil, avec apparition d’ondes lentes de basses fréquences. Une application pratique est tout de suite déductible de ces expériences. La réponse à une stimulation nociceptive dépend de l’excitabilité hypotalamique. Si cette dernière diminue, les stimuli nociceptifs n’auront qu’un effet réduit sur le cortex cérébral. Un autre point qui amène une explication neurophysiologique de ce qui a déjà été traité plus haut dans un autre paragraphe concerne l’émotion.

La relaxation peut agir sur le stress, les résultats cliniques nous le montrent. En effet, les principales hormones de l’émotion sont représentées par les catécholamines et les glucocorticoïdes avec l’A.C.T.H. Elles sont responsables soit des réactions d’urgence (fuite ou attaque), soit de l’apparition du syndrome général d’adaptation (H. Selye, 1956). En relaxation, la sécrétion de ces hormones chute au-dessous du niveau observé lors d’une stimulation ordinaire. On note également que la baisse du taux des catécholamines ne se fait que s’il y a diminution du niveau de vigilance. Ces résultats d’expériences mettent en relation la relaxation, son action sur les états de conscience, les effets physiologiques en général et neurophysiologiques en particulier. Il a également été fait mention de la respiration comme facteur agissant sur les états de conscience.

Nous allons continuer en développant cet aspect puisque les exercices portant sur la respiration sont d’une grande importance en relaxation dynamique.

3.3 Respiration et relaxation

Traitant du thème neurobiologie et relaxation, Pedro de Vincente de Monjo exprimait l’idée que : « les éléments essentiels que doit contenir n’importe quelle technique pour pouvoir être nommée relaxation [sont] le tonus musculaire [et] la respiration » (1987, pp 41).

La relaxation dynamique propose un certain nombre d’exercices sollicitant la respiration, lesquels contribuent à créer une hyperventilation. Cette respiration, rappelons-le, est plus abdominale que thoracique, avec prédominance d’une inspiration active, longue, lente et profonde. L’expiration est libre et tout aussi longue et lente.

En quoi la fonction respiratoire a-t-elle à voir avec la relaxation ? Lemaire C. (1989) évoque l’utilisation de l’hyperventilation dans des transes rituelles, laquelle modifie les états de conscience, abaisse la vigilance, provoque le relâchement de la pensée analytique et augmente la suggestibilité. Ce dernier point, notons-le tout de suite, nous paraît particulièrement intéressant pour notre méthode de relaxation. Cette facilitation de la suggestibilité par l’hyperventilation a déjà été souligné par des auteurs pratiquant l’hypnose (Compernolle, Hoodguin et Joele, 1979). De même, les écoles néoreichiennes (Orr L., 1988) utilisent l’hyperventilation comme technique de libération émotionnelle.

Précisons que le but et la mise en œuvre de ce type de respiration sont très différents de ce que nous proposons nous même. De fait, il est connu que les émotions influencent la respiration, en témoignent les locutions telles que « pousser un soupir de soulagement », « avoir le souffle coupé ». Différentes études (Compernolle et al., 1979, Pfeffer, 1984) montrent que l’hyperventilation se produit dans des états d’excitation, de stress et d’anxiété.

Ces même études montrent que les symptômes, à leur tour, produisent également de l’anxiété et viennent exacerber l’hyperventilation. Il y aurait là comme une boucle anxiété/hyperventilation, qui s’auto-entretient. Parmi les effets néfastes de l’hyperventilation réalisant une hypocapnie, citons le syndrome d’hyperventilation. Ce dernier est encore appelé syndrome de Da Costa (Pfeffer, 1978). On observe une respiration essentiellement thoracique, avec une rythme respiratoire augmenté et ponctué par des soupirs. La sémiologie montre que ce syndrome comprend une grande diversité de symptômes allant de la tétanie à la douleur précordiale, à certains symptômes psychotiques (bouffées délirantes, hallucinations…) ou anxieux. Ces symptômes atteignent toutes les parties du corps, tous les organes, ils peuvent être neuro-musculaires, cardio-vasculaires, respiratoires, gastro-intestinaux et neuro-psychologiques. Parmi les symptômes neuro-psychologiques, nous citerons les sensations de malaise, de vertige, le sentiment d’irréalité, la labilité émotionnelle de l’euphorie à la dépression, les hallucinations, les déficits intellectuels, une levée des inhibitions, une confusion, un état dissocié, une augmentation de la suggestibilité, une majoration des migraines, une perte de connaissance, des crises d’épilepsie (C. Lemaire, 1989, pp11).

Cependant, pour complexifier le débat relaxation/émotion, il est relevé, dans les études déjà citées, que cette même hyperventilation expérimentale, réalisée dans une ambiance rassurante, provoque tout le contraire de l’anxiété, c’est-à-dire une simple relaxation, facilitant ou précipitant le sommeil (Patel et Maulsby, 1987).

Abordons maintenant les mécanismes physiologiques qui rendent compte de ce lien entre respiration et états de conscience modifiés. Vincente de Monjo P. (1987) relate la fonction de la respiration en correspondance avec tous les paramètres physiologiques qu’ils soient chimiques, de pression-volume, ou encore avec les phénomènes émotionnels. Tous les organes et systèmes se répercutent au niveau de la respiration, et celle-ci, à son tour, est capable d’influencer les différentes fonctions organiques, y compris les niveaux de vigilance allant des états d’éveil au sommeil.

Il est possible de décrire trois centres respiratoires. Le centre pneumotaxique, qui intervient quand il existe une déconnexion entre les centres primitifs et les centres corticaux. Les centres inspiratoires et expiratoires sensibles principalement aux degrés de CO2, et les centres installés dans les structures proprement pulmonaires, sensibles à l’élasticité des parois. Il existe d’autres barorécepteurs dans les artères et d’autres centres comme le glossopharyngien et le vague.

Les muscles respiratoires appartiennent au système musculaire volontaire par les nerfs phréniques et intercostaux, dont les racines sont à la hauteur des 4ème et 5ème vertèbres cervicales, au cœur du système réticulaire. Rappelons-le, c’est dans cette structure que s’élaborent les réponses végétatives qui donnent naissance à l’émotion.

L’hyperventilation provoque également des modifications à l’E.E.G., tout particulièrement des changements dans les niveaux de vigilance (C. Lemaire, 1989). En dehors des manifestations E.E.G. pathologiques, tel que l’épilepsie sous la forme de pointes-ondes après trois minutes d’hyperpnée, l’hyperventilation provoque plus fréquemment un ralentissement diffus. L’apparition d’ondes lentes et amples est plus importante chez l’enfant que chez l’adulte et se prolonge plus longtemps. Enfin, deux grandes théories sont proposées pour rendre compte des modifications E.E.G. : l’hypoxie corticale (Davis et Wallace, 1942 ; Gotoh et al., 1965) et une action sur la formation réticulée mésencéphalique (Bonvallet et Dell, 1954 ; Patel, Maulsby, 1987).

Les données issues de la pathologie, des hyperventilations expérimentales, des hyperventilations rituelles, des thérapies hypnotiques, néo-reichiennes et de l’éléctrophysiologie, vont toutes dans le même sens et nous permettent une brève conclusion. L’hyperventilation amène une baisse des niveaux de vigilance, une modification des états de conscience, avec un relâchement de la pensée analytique et des défenses, une labilité émotionnelle, une imagerie pouvant aller jusqu’à l’hallucination et une augmentation de la suggestibilité (Lemaire C., 1989). Ainsi, la Relaxation Dynamique Psychomotrice proposant des techniques d’hyperventilation doit être pratiquée dans une ambiance sécurisante afin d’amener des états de conscience favorables. De même, la technique doit privilégier une respiration abdominale, longue, lente et calme, à l’inverse de ce qui se voit lors d’un syndrome d’hyperventilation. Nous comprenons mieux combien les sujets peuvent être sensibles aux suggestion indirectes présentes dans les consignes de gestes et de visualisation.

Enfin, nous relevons certaines contre-indications à l’utilisation de l’hyperventilation. Celles-ci concernent les cas de patients épileptiques, ceux présentant des troubles cardio-vasculaire, les personnes souffrant de psychose, ou celles sujettes aux hallucinations, aux bouffées délirantes, à la dépersonnalisation/déréalisation.

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3.1 - Le tonus
3.2 - Modification des niveaux de vigilance et des états de conscience
3.3 - Respiration et relaxation
3.4 - Schéma corporel et image du corps dans la relaxation