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Fondements théoriques et techniques de la relaxation

Sommaire

Avant-propos

1 - Méthodes de relaxation

2 - Indications, contre-indications

3 - Quelques points de théorie

Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 1 - Méthodes de relaxation

 

 

1.3 Prolongements des méthodes Schultz et Jacobson

D’un côté des méthodes qui ont un procédé d’inspiration psychologique avec une action psychique et, de l’autre, des méthodes inspirées des travaux en physiologie.

Méthodes à point de départ physiologique
  • Jacobson ;
  • Wintrebert ;
  • Eutonie ;
  • Orlic …etc.
Méthodes à point de départ psychologique
  • Schultz ;
  • Bergès ;
  • Rééducation psychotonique d’Ajuriaguerra ;
  • Relaxation à Induction Variable de Sapir …etc
Méthodes participant des deux courants
  • Relaxation dynamique psychomotrice ;
  • Relaxation psychosomatique …

Un certain nombre de méthodes parmi les plus connues actuellement ne sont autres qu’un prolongement technique des méthodes Schultz et Jacobson, avec des modifications quant à leurs buts et leurs applications. Nous les citerons en les classant selon : leur visée psychothérapique, leur utilisation dans un but comportementaliste, leur adaptation aux enfants, leur mise au point technique originale car empirique n’ayant pas une descendance scientifique et académique.

1.4 Méthodes à visée psychothérapique

  • Rééducation psychotonique J. de Ajuriaguerra
  • relaxation à induction variable de Sapir M.

Cette approche est le fruit de l’association entre la relaxation, inspirée pour l’essentiel du training autogène de Schultz, et la psychanalyse. Ce type de « relaxation analytique », dite « découvrante », est représentée par la rééducation psychotonique d’Ajuriaguerra J. (Lemaire J-G., 1964). et la relaxation à induction variable de Sapir M. (Sapir M., 1975, 1993). A travers ces relaxations, c’est la dimension relationnelle qui est favorisée ainsi que la verbalisation des éprouvés physiques et psychiques. Le sens en est nettement psychanalytique car, en termes techniques, on peut dire qu’elles tiennent compte du transfert, et que les résistances sont analysées. De même, la fonction tonique de la relaxation est considérée comme une communication émotionnelle. C’est donc une véritable psychothérapie à médiation corporelle qui est proposée au sujet qui s’engage dans cette méthode. Psychothérapie qui s’adresse plus particulièrement à des sujets pour lesquels parler est déjà une difficulté en soi, ou encore à des sujets souffrant de problèmes psychosomatiques, ou pour ceux dont l’expression de troubles psychologiques se fait à travers le corps (bégaiement, tic, douleur ...). Enfin, cette approche peut être une aide psychologique précieuse pour des sujets ayant une maladie organique grave ou dans les cas de douleur chronique (Thomé-Remault A., 1995 ; Célérier M-C., 1997).

1.5 Relaxation dans un but comportementaliste

L’école comportementaliste ou, selon le vocable anglais, behavioriste (Wolpe, 1976), utilise également la relaxation. Ici, les méthodes proposées n’ont pas une grande importance, bien que traditionnellement une préférence soit donnée à la méthode Jacobson et au Biofeed-back (Journe B., 1988). Cette dernière technique se caractérise par le fait que le sujet est branché à un électro-myogramme permettant d’enregistrer ses tensions musculaires. Dès l’apparition de ces tensions, le sujet en est informé par l’appareil, il cherche alors un état de relaxation afin de les éliminer. Ce circuit -contraction musculaire, information de l’appareil enregistreur, réponse du sujet pour apaiser la tension- réalise le biofeed-back. La relaxation s’inscrit en thérapie comportementale dans une démarche de « désensibilisation systématique ». C’est-à-dire que le sujet vient avec un symptôme, le plus souvent des angoisses dues à une phobie ou à des obsessions, et le thérapeute va alors utiliser la relaxation pour agir directement sur le symptôme. Le principe est le suivant : le sujet en état de relaxation se voit invité à évoquer des situations progressivement anxiogènes ; l’angoisse suscitée atténue la détente, et le thérapeute intervient alors en aidant le sujet à se relaxer pour combattre l’angoisse.

1.6 Relaxations adaptées aux enfants

Deux méthodes majeures peuvent être citées, celle de Bergès J. et celle de Wintrebert H.

La méthode Bergès reprend les apports techniques de Schultz et d’Ajuriaguerra. Elle se pratique en cure individuelle ou en groupe. La prise en charge dure de six mois à un an, à raison d’une séance hebdomadaire. Il y a différentes phases :

  1. phase de concentration mentale : « pense à un souvenir où tu t’es senti calme […] prend une photo ou une carte postale qui te plait et que tu trouves calme ». La consigne est répétée trois fois.
  2. phase de rappel de son corps (en touchant les différentes parties du corps nommées) : « pense à ton épaule (toucher), à ton bras (toucher), à ton avant-bras (toucher) … ».
  3. détente neuro-musculaire : « pense à ton épaule qui se repose, ton bras … (sans toucher) ». « Maintenant je mobilise ton bras, ton avant bras, ton épaule … » (ces mobilisations permettent de resituer le corps de l’enfant dans l’espace).
  4. suggestion : « tu sens ton corps lourd qui s’enfonce, tu le sens descendre vers le sol … ».
  5. reprise.

La méthode « activo-passive » de Wintrebert, quant à elle, que nous développerons plus en détail, tire son originalité du contact physique important entre le relaxateur et l’enfant.

  • La prise en charge s’effectue à raison d’une séance par semaine.
  • Pendant au moins une année scolaire.
  • Entretien préalable.
  • Séance d’observation : étude de l’hyperexitabilité et la maintien de la vigilance (Utilisation du métronome. A l’arrêt du tempo l’enfant doit faire un mouvement, on observe les anticipations, la stabilité ou l’instabilité posturale pendant l’attente).
  • Etape de la « régulation du tonus par les mouvements passifs » :
    le thérapeute effectue des mobilisations lentes, régulières et monotones, jusqu’à disparition de toute résistance ou participation active de la part de l’enfant.
  • Etape intermédiaire : dite « phase d’immobilité » (Cf. doc . Carric)
    Celle-ci débute lorsque la détente globale est facilement obtenue par le mouvement passif.
    Le thérapeute indique alors à l’enfant par des contacts légers les différentes parties de son corps.
    Il propose également quelques inductions verbales : « pense à ta main qui est calme, détendue … », « pense à ton front qui est lisse, relâché … ».
  • Troisième étape :
    L’enfant réalise lui-même des mouvements avec temps mort : élévation-chute, prise d’attitude, contraction-relâchement.
    De même, lui sont proposés des exercices respiratoires.
  • Dernière étape :
    La « réadaptation des mouvements ». On associe les différents mouvements et attitudes de la vie courante à ces états de relaxation.

1.7 Techniques corporelles empiriques ayant une action relaxante

Pour terminer ce synopsis des formes de relaxation les plus typiques, il faut évoquer les approches conçues de façon plus empirique, en marge des méthodes académiques et universitaires, mais qui n’en sont pas moins intéressantes. Ces techniques se pratiquent souvent en groupe et n’ont pas de prétentions thérapeutiques clairement affichées, sauf lorsqu’elles sont utilisés à cet effet par un professionnel de la santé. Elles s’apparentent à une gym douce et ont une fonction prophylactique et adaptative au stress de la vie de tous les jours. Prenons l’exemple de l’Eutonie d’ Alexander G. (Digelmann D., 1971, Brieghel-Muller G., 1979). L’originalité de cette approche tient au fait que son auteur est une danseuse, une rythmicienne, influencée par des techniques corporelles artistiques, sportives ou à visée pédagogique. « Eutonie », selon le préfixe grec Eu, peut se traduire par « juste » ou « bonne » et tonos par « tension ». Ce terme révèle tout le projet de cette méthode : obtenir une tension juste ou bonne, adaptée à la situation. Alors que la relaxation a pour but d’obtenir une équilibration et une baisse du tonus vers la détente, l’eutonie a pour objet de donner à l’intéressé la possibilité d’obtenir le tonus adéquat, non seulement à la situation de détente et de repos, mais à toutes les situations de la vie. Cette technique fait se succéder des exercices dynamiques, en mouvement, certains presque gymniques, à des exercices statiques, où allongé sur le dos au repos, pendant lesquels le relaxé explore ses sensations par une prise de conscience du corps. Souvent pratiquée en groupe, avec la possibilité de travailler deux par deux pendant la séance, cette méthode apporte, en plus du vécu de la relaxation, une expérience conviviale.

1.8 La relaxation dynamique psychomotrice (R. Dupont)

Si nous nous référons à la classification de D. de Boussingen (1992), cette méthode fait partie des relaxations à point de départ physiologique. Cependant, dans une perspective psychomotrice qui cherche à ne pas cliver le soma et la psyché, elle emprunte également les principes d’action des relaxations à point de départ central, notamment par l’idéation et des suggestions indirectes. Son auteur, R. Dupont, s’est inspiré autant des relaxations à point de départ physiologique que psychique.

On y retrouve des exercices de techniques corporelles de type Feldenkrais, d’Eutonie, mais également des influences du Taï Chi Chuan, de la méditation zen, des inductions suggestives directes et indirectes qui renforcent le ressenti, enfin, et surtout, des apports de la psychomotricité proprement dite. En ce sens, cette méthode dynamique qui synthétise motricité et représenté est une relaxation véritablement psychomotrice. Elle consiste en des séries de mouvements ou, selon l’expression que l’auteur affectionne, en gestes répétitifs. Le terme de geste doit être entendu dans son sens étymologique d’« attitude » ou de « mouvement du corps » avec son extension au mot « gérer » (A. Rey,1992, pp 1585). Il est en effet question de « gérer » le niveau tonique à travers ces gestes. Ceux-ci sont réalisés sans idée de réussite formelle, sans contrainte de ’’bien faire’’. Les gestes ne sont pas corrigés, leur qualité figurative n’a pas d’importance dans un premier temps.

Comme nous l’annoncions plus haut, le relaxateur ne cherche pas à abaisser le tonus jusqu’à son niveau le plus bas, il cherche une régulation tonique par l’établissement de synchronisations entre l’action de groupes musculaires distincts. La relaxation dynamique est basée sur la lenteur et la synchronisation entre les gestes. De même qu’un rythme lent est suggéré à mainte reprises, l’attention du sujet relaxé est attirée sur la nécessité de synchroniser les temps de départ et d’arrivée des gestes. Enfin, la respiration, elle-même, est intégrée et coordonnée aux gestes effectués.

Nous voyons combien les systèmes pyramidal et extra-pyramidal sont sollicités. Pendant que le sujet effectue les mouvements le relaxateur soutient l’action par la parole, il verbalise le geste. Dès lors, cette relaxation se place sur un plan idéatif et représentatif, ces mouvements sont des praxies idéo-motrices. D’autant qu’avant toute action le geste est minutieusement décrit. Nous retrouvons là l’apport des différentes techniques de prise de conscience du corps, tout particulièrement la méthode Feldenkrais, qui insistent sur cette représentation de l’action à venir avant son exécution.

Entre deux séries de dix à vingt mouvements, selon le sujet parfois plus ou parfois moins, il y a un temps de repos avec inventaire des segments de membres qui ont travaillé. Cet inventaire pourra s’enrichir au fil du temps d’indications telles que : « peut-être ressentez-vous votre corps qui s’est allongé sur le sol ? […] Peut-être votre bras droit/gauche est-il plus lourd que l’autre […] Peut-être votre respiration est-elle plus ample et calme à présent ? […] Sans doute un côté du corps est-il plus bas que l’autre ? […] ».

Ces sensations, la plupart du temps, spontanément, auront déjà été exprimées par le sujet. Ces « indications » n’en sont pas moins reçues par le relaxé comme de véritables suggestions indirectes et viennent renforcer l’action neuro-physiologique des gestes effectués.

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