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Intérêts et risques des médiations corporelles pour les adolescents


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Intérêts et risques des médiations corporelles pour les adolescents

 

 

Sommaire

I L’adolescence : une période de transformation

1 – L’adolescence :

a. Les nouvelles sensations,

b. C’est sa place en tant que sujet qui est remise encause, dans son identité, dans son sentiment de soi.

c. Les changements physiologiques du corps

2 – Le corps de l’adolescent : son importance dans la quête identitaire

3 – La crise d’adolescence ou processus d’adolescence

II Troubles et conduites à risque à l’adolescence

1 – Les conduites addictives.

2 – Les passages à l’acte

3 – Les conduites phobiques

4 – Les tentatives de suicide

5 – Les symptômes somatiques « signes d’appel »

III Où le psychomotricien rencontre-t-il ces adolescents ?

1 – Centres de consultation

2 – Les services de crise

3 – Séjours, hospitalisations.

4 – Les hôpitaux de jours pour adolescents

5 – Les structures spécialisées.

IV Quels sont les problèmes que rencontre le psychomotricien dans son travail auprès des adolescents ?

1 – La distance relationnelle

2 – La place du corps

V Définition du terme de médiation

1 – Qu’est-ce qu’une médiation ? Définition

2 – Le corps devient support de la médiation

3 – « Ça doit parler au corps du psychomotricien »

VI Les médiations corporelles thérapeutiques

VII Enjeux des médiations corporelles pour les adolescents

1 – Le risque d’une régression

2 – Le risque d’une séduction trop directe

VIII Travail en groupe ou en individuel

IX Quels repérages théoriques vont organiser nos interventions ?

1 L’adolescence : une période de transformation

1.1 L’adolescence

L’adolescence (du latin adolescere : grandir, devenir) est une étape charnière, une transition, un passage. Dans certaines civilisations dites primitives, ce passage se concrétise par des rituels initiatiques (souvent des épreuves corporelles) qui marquent fortement et rapidement le changement de statut et d’inscription dans le groupe social. Dans notre société moderne, les rites ont pratiquement disparus ou prennent une forme plus diffuses, moins repérables, et le temps de passage est plus long. Mais ceci n’enlève en rien le caractère quasi initiatique de ce temps de l’adolescence qui est une étape préparatoire nécessaire pour prendre en main sa vie d’adulte. C’est donc un moment de la vie très spécifique, d’une grande richesse, ayant ses problématiques bien particulières. Et les adolescents ont beaucoup à faire pour sortir de la chrysalide de l’enfance et anticiper leur avenir.

L’adolescence s’engage par le corps, par la réalité des transformations pubertaires. Le corps préoccupe beaucoup les adolescents. Il dérange et démange. Tout pousse. Les poils, les seins, les jambes, les bras. Et jamais comme ils le voudraient. En désordre.

A l’adolescence, se rejoue ce qu’a déjà connu le petit enfant, à savoir son sentiment d’existence et d’identité. Et ce sentiment d’existence est initialement lié à la sensation d’avoir un corps habité (et pensé) par soi.

  1. Les nouvelles sensations, étranges, inconnues, dérangeantes, demandent à l’adolescent un travail d’appropriation de ce corps en transformation. Les émois d’une sexualité nouvelle brûlent, obsèdent, attaquent, empêchent de penser.
  2. C’est sa place en tant que sujet qui est remise en cause, dans son identité, dans son sentiment de soi.
  3. Les changements physiologiques du corps signent l’accès à une maturité du corps sexué. L’événement majeur à l’adolescence va être la rencontre avec soi rencontrant un autre. C’est le réel du sexuel qui vient transformer et séparer les deux sexes.

1.2 Le corps de l’adolescent : son importance dans la quête identitaire

L’adolescence c’est aussi la période de la vie où le corps souffre, où l’identité chancelle, où le corps parle la souffrance. Un corps qui démange, qui change, qui se transforme. Une sexualité qui a du mal à s’élaborer sur un mode génital. Une excitation à fleur de peau. Des passages à l’acte répétitifs, violents, agressifs ou auto-agressifs, qui sont autant de tentatives infructueuses de symbolisation. Des relations à l’autre si sensibles, en double adhésif ou en haine ravageuse. Une identité mise à mal, une identité à construire autrement que dans l’enfance, sur des bases parfois si fragiles qu’elles s’effritent au moindre coup de blues. Et un corps qui a du mal à exister en son nom propre, à être porteur d’un « je » sujet.

1.3 La crise d’adolescence ou processus d’adolescence

Tout adolescent passe plus ou moins par une mise en doute. c’est ce qu’on appelle la crise d’adolescence. Un certain nombre d’entre eux vivent des crises qui les mettent à mal car il y a alors condensation entre cette nouvelle réalité du corps et les enjeux de l’adolescence (notamment une identité et un questionnement autour du sexuel qui s’était apaisé lors de la période de latence) et des conflits, des étapes antérieures qui ressurgissent et mettent à mal le sentiment même d’existence et d’identité. Les conflits œdipiens ressurgissent parfois avec beaucoup de violence.

L’interdit de l’inceste revient poser les limites de l’infranchissable ; Si les adultes sont eux-mêmes en difficulté dans ces repérages générationnels, les situations conflictuelles ou trop fusionnelles deviennent des situations volcaniques où rupture ou passage à l’acte deviennent les seules portes de sortie pour l’adolescent.

2 Troubles et conduites à risque à l’adolescence

Il n’est pas dans mon propos de répertorier ici tous les troubles qui surviennent à l’adolescence et qui prennent le corps pour cible. Notons seulement :L’importance des conduites pathologiques alimentaires (boulimie, anorexie) qui sont autant de tentatives de maîtrise et de contrôle d’un changement impossible.

  1. Les conduites addictives (toxicomanie, boulimie…). Le corps est soumis à une oralité avide et devient le seul moyen de lutte contre l’angoisse par son vidage-remplissage. Le corps contenant est sans arrêt soumis à épreuves.
  2. Les passages à l’acte qui font du corps l’instrument d’une décharge souvent pulsionnelle, incontrôlée, témoignent d’un blanc de pensée ou d’une impossibilité de pensée.
  3. Les conduites phobiques (retrait relationnel, arrêt de la scolarité…).
  4. Les tentatives de suicide, qui ne sont jamais à banaliser chez un adolescent.

    Une fois évoquées ces différents comportements pathologiques spécifiques de cette période troublée qu’est l’adolescence, nous ne pouvons ignorer la structure psychique de ces adolescents entre psychose, névrose, ou état limite, leur adaptation intégration à la réalité. Qui vont donner des tableaux cliniques très différents.
  5. Les symptômes somatiques « signes d’appel »
    J’ai inventorié précédemment des symptômes graves. Il peut y avoir aussi des symptômes « signes d’appel », chez les adolescents qui par ailleurs montrent une adolescence apparemment bien tempérée. Cela peut être des symptômes somatiques tels les migraines, le stress aux examens, les difficultés scolaires, la chute des résultats, les troubles du sommeil.Ces manifestations symptomatiques témoignent parfois d’un malaise, d’une angoisse, d’un mal-être pas toujours conscient.

3 Où le psychomotricien rencontre-t-il ces adolescents ?

  1. Centres de consultation
    Les adolescents viennent en consultation en CMPP, ou en maison d’adolescents, ou même à l’hôpital en consultation, ou dans des structures qui n’impliquent pas forcément une prise en charge de type lourd. Ils peuvent venir également en privé, chez un psy ou un psychomotricien. Des consultations peuvent être guidées par les collèges, les lycées (infirmières, médecin scolaire).
  2. Les services de crise accueillent des adolescents dont la symptomatologie inquiétante met en péril parfois la vie même de l’adolescent (passage à l’acte, tentative de suicide).
  3. Séjours, hospitalisations.
    Ceci est essentiellement dans des structures psychiatriques.
  4. Les hôpitaux de jours pour adolescents
    Qui ont pour vocation de travailler avec les adolescents tant au niveau de leur équipe qu’au niveau de leur outil de théorisation spécifique.
    Le processus de soin va s’appuyer sur toutes les médiations de soin, qu’elles soient pédagogiques, d’expression artistique, corporelle, ou encore sportive, afin de donner à l’adolescent l’occasion de renouer avec des processus de construction vitaux et organisateurs de sa psyché. La psychomotricité a une place privilégiée dans ces dispositifs de soin.
  5. Les structures spécialisées qui accueillent des adolescents dont le parcours depuis l’enfance nécessite des soins particuliers ou une adaptation des institutions à leur pathologie ou handicap, qu’ils soient physique ou mental.

4 Quels sont les problèmes que rencontre le psychomotricien dans son travail auprès des adolescents ?

Le travail avec les adolescents a ceci de spécifique qu’il est toujours en menace d’être « chamboulé », dérangé, bouleversé. Un travail corporel est d’autant plus concerné, traversé et mis en tension par les mouvances adolescentes qu’il expose le corps de l’adolescent, souvent siège de ses préoccupations anxieuses ou objet de son déni. Le corps à l’adolescence, ça brûle !

Nous avons peur, et nous avons raison, de prendre de front la problématique même de l’adolescence, celle d’un corps en révolution, celle d’un corps exposé à toutes les attaques, celle d’un corps qui vit une sexualisation offerte au regard de tous et qui ravive la tentation angoissante de l’inceste. Les adolescents ont à intégrer des métamorphoses corporelles qui les entraînent presque malgré eux vers un devenir qu’ils ont bien du mal à anticiper. D’où leurs mouvements entre des états régressifs qui protègent et des avancées vers une affirmation de soi. Leur quête identitaire est à ce prix-là. Il est important d’offrir aux adolescents une écoute qui prend en compte ces mouvements contradictoires. Et c’est dans cet intermédiaire-là, que se situent à mon avis le mieux le champ des thérapies à médiation corporelle : Pouvoir accueillir les tiraillements et les conflits entre le grand et le petit qui coexistent en chaque adolescent.

Quand on travaille avec des adolescents qui vont mal et qui ne trouvent, pour vivre cette période de leur vie, que des solutions en terme de réponses immédiates à leur souffrance d’être - tout symptôme restant une tentative de résolution - on se trouve confronté à des difficultés très spécifiques. La question du lien à l’autre, de la distance entre soi et l’autre, et de la séparation, en sont l’un des versants. Celle de la place du corps et de la prise en compte de ce corps en est un autre.

La psychomotricité, en proposant un travail au plus près du corps, prend en quelque sorte de front la problématique adolescente ainsi que la fragilité et la complexité d’avoir un corps qui change, qui se transforme, qui n’est plus fiable, qui devient étranger à soi-même. Le corps à l’adolescence, nous l’avons dit, est en révolution, et les représentations qui lui sont liées sont donc elles aussi en déséquilibre.A l’adolescence, tout rapproché avec l’adulte, notamment avec les parents met mal à l’aise. Les câlins deviennent suspects, trop collants. Il faut donc, nous qui proposons des médiations corporelles où toucher, contact, représentations du corps sont au centre de nos pratiques, il nous faut donc nous questionner, avoir une réflexion sur la distance, en terme de relation et de pare-excitation, et bien sûr sur le choix judicieux ou non de nos médiations thérapeutiques.

4.1 La distance relationnelle

Une trop grande présence étouffe l’adolescent. Une trop grande distance l’affecte et lui donne le vertige. L’adolescent est tiraillé entre son besoin d’être tenu, soutenu, porté (à condition de ne pas le sentir) et son désir d’éprouver sa liberté. C’est d’ailleurs un aspect central des conflits qui existent entre les adolescents et leurs parents.

Pourtant ce sont les appuis que l’adolescent trouve dans ses relations aux adultes qui vont lui permettre de s’identifier, de conflictualiser et d’élaborer ce qui se passe en lui. Nous sommes sans arrêt sollicités par cette notion de distance relationnelle fluctuante à adapter. Accepter de jouer avec cette distance est l’une des conditions obligées du travail avec les adolescents.

4.2 La place du corps

Un travail corporel choisit « d’exposer » le corps. Le paradoxe est de proposer à la fois des excitations corporelles en même temps que de rester vigilant quant au risque de débordement pulsionnel. En d’autres termes, contenir et maintenir un certain niveau de refoulement est nécessaire pour que la médiation reste une voie d’accès à la symbolisation et à la pensée. Voilà qui demande parfois le talent d’un équilibriste ou d’un funambule !

Faut-il pour autant proscrire tout travail corporel à l’adolescence ? Je ne le pense pas, et j’irai même jusqu’à dire au contraire que les médiations corporelles peuvent êtres particulièrement indiquées pour aider l’adolescent à élaborer ce qui se passe de si difficile en lui , ce qui le traverse et qui le bouleverse, ce qui le met en si grand danger d’identité. Pourquoi ? L’adolescent est encore proche de son enfance et sa façon d’utiliser son corps (et d’en parler) est encore imprégnée de ce lien à l’enfance. À la différence de l’adulte qui a déjà affûté, voir rigidifié des mécanismes de défense et qui met assez peu en question sa relation à son corps (ou s’il le fait c’est à l’occasion de somatisations qui font symptôme), l’adolescent, lui, a besoin de passer par son corps pour clamer son identité, c’est son moyen d’expression privilégié, son drapeau d’appartenance à un groupe. L’importance des vêtements par exemple, qui sont - plus que des modes à suivre - des peaux, des marquages, des signes identitaires, l’excentricité des coiffures, les piercing, les tatouages, deviennent (nous l’avons vu précédemment), plus que des symboles, des rituels quasi initiatiques. La nécessité de l’expression par le corps dans des pratiques « hard » tels le hip hop, le skate, les sports de glisse, la musique, le théâtre, le sport dans son ensemble, est bien l’une des signatures de l’adolescence. Recherche d’un plaisir immédiat, rapport passionné, presque « addictif », recherche de sensations et de puissance, c’est bien d’un défi lancé au danger, un défi « à la vie à la mort ».

Cette relation très ambivalente que l’adolescent entretient avec son corps pourrait donc être considérée comme un écueil aux médiations corporelles mais paradoxalement c’est aussi une indication. Être entendu dans ce qui reste encore si proche de l’enfance sans pour autant avoir le sentiment d’être considéré comme un enfant, c’est important pour arriver à réunir en soi des mouvements si divergents. Etre entendu dans son besoin de vivre des sensations, de s’ancrer dans son expérience, ça peut aider à contenir ses émotions.

Ceci nous demande donc d’être vigilant, un peu à la manière d’une mère qui peut à la fois exciter son bébé, le calmer et contenir son angoisse. À cette condition seulement, proposer de ressentir son corps, éprouver des sensations et s’appuyer sur des expériences corporelles pour s’exprimer peut devenir pour l’adolescent un plaisir et un moyen d’intégration.

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1 - L’adolescence : une période de transformation
2 - Troubles et conduites à risque à l’adolescence
3 - Où le psychomotricien rencontre-t-il ces adolescents ?
4 - Quels sont les problèmes que rencontre le psychomotricien dans son travail auprès des adolescents ?
5 - Définition du terme de médiation
6 - Les médiations corporelles thérapeutiques
7 - Enjeux des médiations corporelles pour les adolescents
8 - Travail en groupe ou en individuel
9 - Quels repérages théoriques vont organiser nos interventions ?
10 - Bibliographie
1.1 - L’adolescence
1.2 - Le corps de l’adolescent : son importance dans la quête identitaire
1.3 - La crise d’adolescence ou processus d’adolescence
4.1 - La distance relationnelle
4.2 - La place du corps