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Introduction aux médiations psychomotrices


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V. Morice


Introduction aux médiations psychomotrices

 

 

5 La grande diversité des pratiques psychomotrices

C’est dans le mouvement continu entre expériences du corps et vie psychique que se construit non seulement l’enfant, mais l’adolescent ou l’adulte. Cet équilibre reste la condition essentielle pour qu’un individu quel qu’il soit reste vivant à lui-même et au monde tout au long de sa vie. L’unité « corps – psyché » est en constant remaniement dans un mouvement d’intégration des expériences de vie et ce, quelque que soit l’âge.

Sensations, éprouvés, émotions, perceptions, enveloppes corporelles, toutes ces notions fondamentales pour nos pratiques corporelles ouvrent donc sur un champ théorique largement complémentaire que nous ne pouvons pas ignorer, celui de la relation, du lien à l’autre, de la séparation d’avec l’autre, de la présence à soi-même.

En psychomotricité, on fait, on ressent, on vit des expériences concrètes, corporelles, perceptives, sensorielles, ludiques, tactiles, kinesthésiques. Et on joue ! Le plaisir du jeu s’inscrit dans toutes perspectives psychomotrices, quel que soit le champ d’intervention : thérapeutique, éducatif, ou rééducatif. Le plaisir du jeu est au centre du dispositif que le psychomotricien met en place pour soutenir l’investissement du corps, autant dans ses aspects instrumentaux que relationnels. Au travers des activités ludiques, c’est toute l’expression du corps et sa fonctionnalité qui se déploient au service d’une maturation et d’une construction d’« être soi ». Ainsi, si le psychomotricien est concerné par les acquisitions, les expériences, les structurations, il est, de fait, du côté de la construction identitaire, étant donné la portée symbolique des engagements corporels. Ces deux axes de travail se chevauchent continuellement.

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6 L’expérience du Jouer en thérapie psychomotrice

Jouer, rêver, imaginer : une construction de l’êtreBouger, jouer, courir, se tenir en équilibre, danser, se cacher, respirer, construire avec ses mains, rouler par terre, escalader, jeter, se jeter, lancer, être allongé, tous ces jeux et actions - qui utilisent l’espace et le temps et qui font appel à un corps « en mouvement psychique » - sont le terreau des ressentis, des émotions, des conflits, pour peu que quelqu’un soit là pour en faire ou en tisser quelque chose de vivant et d’adressé, dans une mise en jeu et en lien partagée.

6.1 Entre rêverie et imaginaire, un espace à créer

Ces jeux, qui sont des choix de l’enfant - qui par leur intermédiaire viennent dire ses préoccupations et ses difficultés - impliquent l’utilisation de médiations simples comme dessiner, faire de la musique, construire avec des cubes, jouer à la poupée, jouer au ballon…

Quand on propose au patient un espace d’expérience et d’expérimentation, c’est en même temps lui ouvrir un espace potentiel de jeu et de créativité dans la réalité mais aussi dans son imaginaire. C’est lui proposer de rêver. La rêverie, c’est la rêverie du patient mais c’est aussi la rêverie du thérapeute qui accompagne, qui contient, qui donne forme. Bion a décrit les capacités de rêverie maternelle1, indispensables à l’enfant. C’est cette capacité à rêver avec le patient, qui est sollicitée chez le thérapeute, dans l’espace thérapeutique.

6.2 Le cadre : Ce qui borde et limite

La notion de cadre dans la thérapie psychomotrice est importante et particulière.

Le cadre est avant tout un cadre matériel :

c’est un lieu, un espace, un temps.

À cette matérialité du cadre, on peut y ajouter un certain nombre de règles qui vont border, limiter, contenir, maintenir un climat de sécurité. Les interdits ne sont pas absents des règles : interdit de se faire mal, de faire mal, de casser pour de vrai, etc…

Un cadre, enfin, c’est le projet qu’on a : celui, ici, de donner l’occasion au patient d’exprimer ce qui, de son monde interne, envahit trop – affects non représentables – qui ne peut se symboliser, qui empêche de mettre à profit intelligence et pensée, etc…

La capacité à contenir autant dans les mots que dans le corps, sont fortement sollicités chez le thérapeute dans ces espaces thérapeutiques d’expression du corps.

Voici un exemple qui illustre particulièrement cette notion de cadre.

Dans un lieu comme la salle de psychomotricité, beaucoup d’objets sont proposés, qui sont autant d’objets médiateurs autour desquels va se nouer un jeu, une expérience, une relation. Mais il est parfois nécessaire d’inventer des médiations spécifiques qui nous paraissent judicieuses pour un travail corporel thérapeutique et qui vont créer un cadre particulier, un espace avec ses règles de fonctionnement : une piscine, une salle de danse, une salle de maquillage, une salle de sport, un tatami, etc… Ceci concerne beaucoup de psychomotriciens qui travaillent en institutions, tels les hôpitaux de jour, les institutions médicales spécialisées…

7 Inventer une médiation

7.1 La psychomotricité est dispositif thérapeutique ou de rééducation qui fait intervenir des médiations

En psychomotricité, on fait, on ressent, on vit des expériences : perceptives, sensorielles, ludiques, kinesthésiques. Et on joue ! Le plaisir du jeu s’inscrit dans toutes perspectives psychomotrices, quel que soit le champ d’intervention choisi. Le jeu ici est à entendre dans ses différentes formes qu’elles soient primaires, comme les jeux sensori-moteurs (considérons dans cette perspective que le bébé qui regarde ses doigts bouger commence à établir un jeu quand il dépasse la première surprise de ce qu’il a trouvé) qu’organisées de façon plus secondaires (activités sociales, symboliques, de compétition, de performances…). Et c’est cette faculté même à jouer, à recevoir, à être actif et créatif, qui va nous intéresser en tant que psychomotricien.

7.2 Qu’est-ce qu’une médiation ? Définition

Mettre d’accord. Intermédiaire. Processus créateur.

Ces définitions du dictionnaire introduisent bien ce qui va nous être d’une grande aide pour comprendre ce que nous faisons quand nous proposons un espace, un temps, une activité particulière : la médiation est ce qui sert d’intermédiaire entre soi et l’autre.

La médiation, qu’elle soit corporelle ou autre, propose un espace « entre » et un objet commun à partager et à créer, cet objet étant en quelque sorte témoin de la relation existante entre deux personnes ou entre les membres d’un groupe.

8 Les médiations corporelles

Certaines médiations font du corps le principal objet médiateur d’expression. Dans le sport, la danse, le mime, … cela paraît évident. D’autres activités vont privilégier le corps et son expression de façon moins directe. L’éclairage ne va pas être mis sur le corps dans ses fonctions de performances mais sur ses capacités de réalisation : la musique, la sculpture, la peinture, la calligraphie, les jeux de rôles…

Mais que va-t-il falloir pour que ces médiations, qui sont des moyens d’expression mais aussi des moyens de mises en relation entre le monde et soi, entre soi et les autres, deviennent thérapeutiques ? Cela suffirait-il de le décréter ?

Pour le psychomotricien, l’enjeu est de taille. Comment va-t-il pouvoir soutenir tranquillement le bien-fondé du choix de ses médiations ?

Cela n’est bien sûr pas aussi simple que cela en a l’air ! Ainsi ce sont les conditions de notre dispositif – qu’elles soient du côté du cadre et de nos moyens d’action ou qu’elles soient du côté de la pensée sur notre travail d’élaboration théorico-clinique – qui garantiront que ce qui s’engage entre le psychomotricien et le patient devienne suffisamment investi pour qu’il y ait véritable processus de soin.

8.1 « Ça doit parler au corps du psychomotricien »

L’engagement corporel du psychomotricien est un engagement non seulement fonctionnel mais aussi émotionnel, qui va donner accès au sentiment d’être présent à soi, habité par soi, existant pour soi en relation à l’autre. C’est cet engagement corporel du thérapeute, donc son investissement du plaisir du corps et du mouvement, qui va être l’un des points d’appui de son travail. Il est intéressé à un double niveau par le vécu corporel : le sien, celui de son patient. Il ne lui est pas suffisant d’être un bon technicien. Si sa créativité est engagée à part entière, elle l’est, non pour son propre bénéfice, mais au service de celle de son patient.

Quand, comment, pourquoi une proposition plutôt qu’une autre ? Quand nous vient-il par exemple l’idée d’envisager une piscine, une pataugeoire, un bassin thérapeutique, une salle de danse, un travail de maquillage … comme dispositif de soin ?

Accompagner l’engagement du corps de l’enfant, de l’adolescent ou de l’adulte, nous demande d’inventer, d’imaginer, de créer des espaces de jeu propice à l’expression et à la structuration.

Pour le psychomotricien, ce qui est important est de :

  • Favoriser le jeu du corps médiateur d’expression.
  • Proposer un lieu d’expériences de sensations et de perceptions
  • Aider à la transformation des éprouvés en représentations.

8.2 Une zone intermédiaire de rencontre

Les médiations, si elles sont des moyens d’expression, sont avant tout l’occasion d’une mise en relation, entre le monde et soi. La médiation, pour qu’elle ait des effets de transformation, de changement, d’intégration et de structuration de la personnalité, doit servir d’intermédiaire à cette rencontre. Nous en verrons de nombreux exemples.

8.3 Les médiations sont des détours pour la symbolisation.

Accompagner l’engagement du corps du patient nous demande d’inventer, d’imaginer, de créer des espaces de jeu intermédiaires. Proposer une médiation particulière va donner un axe de travail spécifique, proposer un objet d’investissement facilitateur d’expériences, soutenir des projets variés et différenciés.

Ces médiations – qu’elles stimulent les performances, le contrôle du mouvement, les adaptations du geste, ou encouragent la sensibilité sensorielle, l’émotion, la vie de relation – pour rester des médiations thérapeutiques, se doivent d’être avant tout au service d’une expression de soi engageant la globalité de la personne et sa créativité.

Des ressources psychiques et corporelles du psychomotricien, de l’importance qu’il donne aux éprouvés du corps, vont dépendre l’émergence des éprouvés du patient et de leurs transformations en représentation symboliques.

Les médiations, en ouvrant la voie à une élaboration constructive vivante, sont toujours des détours pour la symbolisation.

9 Références bibliographiques proposées

BARANES J.J., 1991, (sous la direction de), La question psychotique à l’adolescence, Dunod, Paris.

BLOSSIER P. 2002 (sous la direction de), Groupes et psychomotricité, le corps en jeu, Solal, Marseille.

DELION P., 2002. (sous la direction de) « Corps, psychose et institution ». érès.Toyulouse.

  1998, Le packing avec les enfants autistes et psychotiques, érès, Toulouse.        

LESAGE B., 2005, La danse dans le processus thérapeutique. Fondements, outils et clinique en danse thérapie. Erès, coll. L’ailleurs du corps.

POTEL C.

1990 - « Du trop de corps au pas de corps », en collaboration avec M.A. Descargues in « Psychose, Psychomotricité, Etats limites ». Actes du congrès, Paris.

1991 - « Hubert en psychomotricité » in J.J.BARANES et al. La question psychotique à l’adolescence, Paris, Dunod.

1994 - « Les enfants de Iashi. Orphelinats roumains : l’anaclitisme ». l’Information psychiatrique N°2. Paris.

1995 - « La danse comme médiation en thérapie psychomotrice », revue Evolutions psychomotrices n° 27.

1995 - « Souffrance psychique de l’adolescence : La danse comme médiation en thérapie psychomotrice ». Revue Evolutions psychomotrices n°27.

1999 - « Avec la danse, à la recherche de son image » revue Enfances et psy n° 6 dossier cultures et médiations.

1999 - Le corps et l’eau : une médiation en psychomotricité, Toulouse, éres.

1999 - Bébés et parents dans l’eau, Toulouse, éres. coll. Mille et un bébés.

2000 - Psychomotricité : entre théorie et pratique, Paris, Inpress.

2002 - « Intérêt des groupes de psychomotricité pour des adolescents en hôpital de jour » in P.BLOSSIER et al. « Groupes et psychomotricité. Le corps en jeu » Marseille, Solal.

2003 - « S’il te plait, apprends-moi à faire mes lacets » Revue Enfances et psy n° 20 dossier le souci du corps, érès,.

2006, Corps brûlant. Corps adolescent. Des thérapies à médiation corporelle pour les adolescents ? Toulouse,. érès, coll. L’ailleurs du corps.

RIBAS D.1992, « Un cri obscur. L’énigme des enfants autistes », Calmann Lévy, Paris.

WINNICOTT, 1971, Jeu et réalité, l’espace potentiel, Paris, Gallimard

REVUES, N° spécifiques concernant les médiations

Enfances et psy. 1999 N°6 dossier « Cultures et médiation », érès.

  2002 N° 20 dossier « Le souci du corps », érès.        

Sur l’eau en particulier :

Évolutions psychomotrices n° 15, 1992, Psych-eau- moteur.

  n° 59, 2003, Psych-eau-moteur.    

Santé mentale n°60, 2001, Dossier Tout corps plongé.



1. Bion. Aux sources de l’expérience. Paris, Puf, 1979.

 

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1 - Psychomotricité : des origines à maintenant
2 - Le corps en question
3 - Mais d’où vient, à l’origine, le plaisir d’avoir un corps et le plaisir de jouer ?
4 - Un repérage théorique essentiel : Le concept d’objet transitionnel
5 - La grande diversité des pratiques psychomotrices
6 - L’expérience du Jouer en thérapie psychomotrice
7 - Inventer une médiation
8 - Les médiations corporelles
9 - Références bibliographiques proposées
6.1 - Entre rêverie et imaginaire, un espace à créer
6.2 - Le cadre : Ce qui borde et limite
7.1 - La psychomotricité est dispositif thérapeutique ou de rééducation qui fait intervenir des médiations
7.2 - Qu’est-ce qu’une médiation ? Définition
8.1 - « Ça doit parler au corps du psychomotricien »
8.2 - Une zone intermédiaire de rencontre
8.3 - Les médiations sont des détours pour la symbolisation.