Site FMPMC
     Page précédentePage suivanteSommaireVersion imprimable
   
 

Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


Tous droits de reproduction réservés aux auteurs


traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 6 - Les concepts d’espace et de temps

 

 

6.1 Introduction

L’Espace et le Temps sont des données incontournables de l’expérience. Il reste à en déterminer leur nature : l’espace et le temps sont-ils des réalités objectives ou bien simplement des relations conçues par l’esprit humain, des modes subjectifs de représentation du monde ?

Les théories qui adoptent la première solution sont appelées réalistes, les secondes sont nommées idéalistes.

6.2 L’espace et le temps en Grèce ancienne

Avant Platon, les notions d’espace, de temps et de mouvement ne sont pas dégagées de façon abstraite.

En Grèce ancienne, pré-platonicienne, on peut dire que l’espace et le temps sont représentés par deux Dieux de l’Olympe : Hermès et Hestia. Ils siègent à la base de la grande statue de Zeus à Olympie.

Que nous raconte Hésiode de l’histoire de ces Dieux ?

Hermès et Hestia sont liés par un rapport d’amitié et se présentent toujours ensemble.

Hestia est une jeune fille, elle réside au milieu du mégaron. (Le mégaron marque, dans les maisons grecques, le centre de l’habitat humain). Elle est fixée au sol et repose sur l’omphalos. Elle représente le Féminin et le Dedans.

L’omphalos représente un réservoir d’âmes et de vie, il figure l’ombilic renflé des femmes enceintes et des bébés ainsi que le cordon ombilical. Il correspond au principe d’enracinement chez la femme. Il représente également l’autel rond du foyer, l’espace clos de la maison (cet espace est interdit aux esclaves et aux hommes.)

Hestia est vouée au-dedans, comme détentrice des trésors et des secrets ; elle emmagasine, elle thésaurise, elle est gardienne de l’argent ; elle imite la terre en recueillant la semence et délimite les patrimoines familiaux ; elle est également le symbole du foyer et le symbole de l’unité des citoyens.

Au moment de la naissance d’un enfant, on trace un cercle autour du foyer où se trouve Hestia. Le père tourne autour de la déesse en tenant le nouveau-né dans les bras ; s’il le dépose à l’intérieur du cercle, à même le sol, l’enfant porte désormais le nom du père et fait partie de la famille. Si l’enfant est déposé à l’extérieur du cercle il est abandonné.

Hestia est la Déesse qui immobilise l’étendue autour d’un centre fixe ; elle correspond au principe de permanence.

Hermès est un jeune homme, il mobilise l’étendue dans toutes ses parties. Il représente le Masculin et le Dehors.

Hermès habite aux portes des maisons et des villes, on le retrouve aux carrefours des routes, à la porte des tombeaux. Pour lui, il n’y a ni serrures, ni enclos, ni frontières. Il conduit les âmes à l’Hadès(le royaume des morts), il peut se rendre invisible. Il est le lien médiateur entre les Hommes et les Dieux.

L’espace exige donc un point fixe à partir duquel on peut orienter et définir toutes les directions. L’espace se présente comme lieu du mouvement, ce qui implique l’idée de transition, de passage de n’importe quel point à un autre.

D’autre part l’espace est délimité par le centre de la cité, l’agora. Dans l’agora, il y a douze portions qui correspondent aux douze Dieux et aux douze mois de l’année, chaque mois correspondant à un Dieu. Les Dieux restent donc possesseurs de l’espace et du temps mais l’organisation de l’espace appartient à l’homme.

Le temps est mesuré de deux manières :

Le calendrier civil est établi sur une durée de 360 Jours 10 fois 36 Jours), c’est un temps homogène.

le calendrier religieux se construit selon les fêtes, c’est un temps hétérogène.

Pour Platon, le Temps est la mesure de l’éternité, l’image mobile de l’éternité.

Pour Aristote, le Temps n’est pas l’image mobile de l’éternité, le Temps n’est pas le Mouvement mais il se situe par rapport au mouvement ; se pose alors une question supplémentaire : celle de l’instant. L’instant fait-il ou non-partie du temps ?, délimite-t-il le passé du futur ?

Pour démontrer que le temps n’est pas le mouvement mais qu’il ne peut exister sans lui, Aristote donne un exemple demeuré célèbre : celui des Dormeurs de Sardaigne :

Des guerriers fatigués, au terme d’une bataille, s’endorment d’un sommeil profond sur une plage en Sardaigne. A leur réveil, ils n’ont pas conscience du temps qui s’est écoulé pendant leur sommeil. De leur point de vue il ne s’est écoulé aucun temps entre le moment de leur endormissement et celui de leur réveil.

Le problème que soulève Aristote est la différence entre le Temps physique et le Temps psychologique

Le Temps psychologique n’existe donc que par la conscience que l’on en a, il n’est pas mesurable.

Le Temps physique est continu et divisible : ce sont les attributs du temps. La longueur du temps est faite de succession d’instants, il est donc mesurable.

C’est l’instant qui permet d’envisager un temps passé et un temps futur et c’est à cause de l’instant que le mouvement peut de définir, mais il reste insaisissable. Par conséquent, l’instant est toujours identique et toujours autre : c’est ce qui définit l’identité du sujet.

Dans ces conditions, comment l’homme perçoit-il le temps ?

  • par la succession, la durée, la simultanéité
  • par la mémoire
  • par le projet du futur.

D’autre part, si le Temps est perçu comme objet en mouvement, il reçoit une orientation : le passé, le présent et le futur, c’est la flèche du temps

Ces conceptions du Temps et de l’Espace restent inchangées jusqu’au au IVème siècle où St Augustin dans les Confessions montre que le passé et le futur sont pensés par nous en même temps que le présent.

Il existe donc un Temps du passé, un Temps du présent et un Temps de l’avenir co-présents dans notre conscience. Cette notion est liée à l’expérience psychologique du Temps, notion que reprendra Bergson au XXème siècle dans Matière et Mémoire

6.3 L’espace et le temps à la renaissance

C’est au XVIème siècle avec Copernic et Galilée que ces notions deviennent des concepts scientifiques. Ils reçoivent alors une formulation mathématique. Désormais, les concepts d’espace et de temps ne sont plus liés à la cosmogonie générale, réglés sur la grande horloge de l’univers c’est à dire sur le mouvement apparent des planètes.

C’est Copernic en 1543 qui met le soleil en position de centre de l’univers et non plus la terre. Il démontre que les planètes sont rondes et mobiles et que l’univers n’est ni clos ni limité. Cette révolution copernicienne, au sens plein du terme, marque une rupture dans la pensée européenne. Rupture qui ne se fait pas sans mal car les scientifiques se heurtent à la pensée religieuse de façon extrêmement violente (G. Bruno sera condamné au Bûcher en 1600 et Galilée ne devra son salut qu’à sa célèbre rétractation au moment de son procès).

Cette nouvelle façon de percevoir le Temps et l’Espace est correlative à une nouvelle manière de penser l’Homme dans son rapport à l’univers. L’Homme devient un Sujet et c’est l’Esprit humain qui est désormais à l’origine de toute activité créatrice. L’homme devient ainsi maître de son destin.

(Cette nouvelle façon de penser à été préparée au Quattrocento par Nicolas de Cues, dit Le Cusain dans son Traité de la Docte Ignorance).

Les conséquences sont les suivantes :

  • Naissance du Sujet par décentration de l’univers : c’est l’Humanisme
  • Nouveaux modèles d’urbanisation
  • Circulation des hommes et conquête de la Terre : ce sont les grandes découvertes.
  • Mise en place de la Cartographie
  • Découverte de la Perspective.
  • Le terrain est prêt pour l’évolution de la cosmologie de l’astronomie et de la mécanique (la machine volante de Léonard de Vinci préfigure ce que sera l’avion au XXème siècle)
  • La médecine fait d’énormes progrès car on commence (en grand secret) à disséquer les cadavres (plus de cinquante pour Léonard de Vinci)
  • Galilée étudie le mouvement uniforme et établit un rapport géométrique entre l’espace et le temps ce qui permet la construction des horloges et des instruments de mesure.

     Page précédentePage suivanteSommaireVersion imprimable
   
 
6.1 - Introduction
6.2 - L’espace et le temps en Grèce ancienne
6.3 - L’espace et le temps à la renaissance
6.4 - L’espace et le temps au 17 ème siècle
6.5 - L’espace et le temps au 18ème siècle
6.6 - L’espace et le temps au 19ème siècle
6.7 - L’espace-temps au 20ème siècle
6.8 - Bibliographie