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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 6 - Les concepts d’espace et de temps

 

 

6.4 L’espace et le temps au 17 ème siècle

Descartes invente vers 1640 la géométrie analytique et l’élévation au carré.

Newton en 1687 franchit une nouvelle étape conceptuelle. En publiant, en 1687, les Principes mathématiques de la philosophie naturelle Newton définit le mouvement à partir du concept de quantité de mouvement

Il distingue un concept de temps et d’espace absolu d’un concept relatif :

  • Le temps absolu, vrai et mathématique, sans relation a rien d’extérieur, coule uniformément et s’appelle Durée
  • Le temps relatif est variable.
  • L’espace absolu, sans relation aux choses externes demeure toujours similaire et immobile.
  • L’espace relatif est mobile

Ce sont les cadres invariants dans lesquels se situe la matière, dans lesquels se déroule le mouvement.

Leibniz, contrairement à Newton, considère que l’espace est un système de relation entre les corps : s’il n’y avait pas de corps, la notion d’espace perdrait son sens.

Il fait observer que :

La notion d’espace est issue de la perception du mouvement.
C’est parce que nous observons que les choses changent leur rapport de situation les unes par rapport aux autres que nous en venons à considérer la notion d’espace. Ce qui est originaire est la perception d’objets physiques qui ont un certain rapport de situation (haut, bas, devant, derrière) entre eux ; nous observons que les choses perçues changent de distance et de situation les unes par rapport aux autres ; c’est ce changement que nous appelons le mouvement et ce mouvement nous amène à former la notion de l’espace.

Pour Leibniz, on ne peut donc pas rencontrer d’espace vide dans notre perception. Il y a toujours un corps qui occupe la place d’un autre.

Donc l’espace est ce qui résulte de l’ensemble des places prises ensembles. Il va définir ensuite être à la même place que dans un rapport de coexistence (distance plus situation).

De ce qui conduit au rapport métrique et topologique de l’espace.

Donc l’espace ainsi défini est un système de relation qui ne désigne pas un être absolu. L’absolu est uniquement un terme conçu par l’esprit lorsque nous cherchons à conceptualiser notre expérience du changement.

Cela implique une réflexion sur la notion même de relation.

C’est l’esprit qui cherche une identité et, en cherchant cette identité, il crée l’idée que les choses sont dans l’espace, mais ce n’est qu’une illusion (qu’il puisse exister un espace réel indépendant des choses) alors, qu’en réalité, nous n’avons crée que des équivalences.

Ce que Leibniz met en place ici est le principe d’abstraction qui sera énoncé par B. Russel en 1903, deux ans avant le mémoire d’Einstein sur la relativité.

Donc pour Leibniz, la notion d’espace est une donnée physique alors que pour Newton c’est une donnée mathématique qui est seconde et vérifiée par abstraction et idéalisation à partir de l’espace primordial qui est l’existence du mouvement.

6.5 L’espace et le temps au 18ème siècle

Nous n’évoquerons qu’Emmanuel Kant qui est un des premiers philosophe qui ait cherché à rassembler dans une unité cohérente les concepts d’espace, de temps et de sujet-pensant.

Pour Kant, Espace et Temps sont des données incontournables de mon expérience. Reste à déterminer leur nature : l’espace, par exemple, est-il une chose étendue, a-t-il une réalité objective ou bien est-il une chose idéale ? sert-il à construire une relation logique des choses entre elles ?

Toute expérience suppose comme condition première de se rapporter à des objets. Elle rend donc possible une connaissance, bien que certaines connaissances ne dérivent pas de l’expérience : « que toute notre connaissance commence avec l’expérience cela ne soulève aucun doute. En effet par quoi notre pouvoir de connaître pourrait-il être éveillé et mis en action si ce n’est par des objets qui frappent nos sens » écrit KANT dans la Critique de la Raison Pure (1781). Toute connaissance suppose que l’objet nous soit d’abord donné dans une intuition. Cette intuition ne peut être que sensible : l’une des conditions de la connaissance, c’est d’être affecté par un objet.

La connaissance a pour point de départ une sensation et cette capacité de former des représentations grâce à la manière dont nous sommes affectés par les objets se nomme sensibilité.

Remarquons que ce rapport immédiat à l’objet qui se donne dans une intuition sensible ne saurait suffire à fonder une connaissance de cet objet ; pour qu’il y ait connaissance, il faut qu’intervienne l’activité de l’entendement qui organise les impressions sensibles selon des rapports universels et nécessaires. Par la sensibilité un objet nous est donné ; par l’entendement il est pensé. Ce composé de ce que nous recevons par des impressions et de ce que notre propre faculté de connaître tire d’elle-même, Kant le nomme phénomène. Dans le phénomène, Kant distingue la matière et la forme et, plus précisément encore, des formes de la sensibilité et des formes de l’entendement.

Ces formes de la sensibilité sont une première coordination du divers, et les conditions en dehors desquelles nous ne pourrions recevoir aucune impression sensible. Ce sont des formes a priori, c’est à dire qui ne découlent pas de l’expérience mais la conditionnent et la rendent sensible. Aucun objet d’expérience ne pourrait nous être donné en dehors de ces formes a priori de la sensibilité que sont l’espace et le temps : en dehors de l’espace rien ne pourrait affecter notre sens externe ; et rien en dehors du temps ne pourrait affecter notre sens interne. L’espace et le temps ne tiennent « qu’à la forme de l’intuition et par conséquent à la constitution subjective de notre esprit ».

6.5.1 L’espace

  1. L’espace n’est pas déduit de l’expérience, mais il en est le fondement : il est la condition de possibilité des phénomènes.
  2. Il est donc la forme a priori (Kant emploie également le mot principe ou le mot représentation) qui sert de fondement aux phénomènes extérieurs et s’impose comme condition formelle à toutes les intuitions du sens externe. A priori est employé ici au sens rigoureux de condition de l’expérience et est défini comme une antériorité logique.
  3. La priorité de l’espace fonde la possibilité des principes géométriques. En effet les principes mathématiques (définitions et postulats) doivent être nécessaires et ne peuvent donc être tirés des perceptions, lesquelles ne sont que des partielles et contingentes car ce qui est dérivé de l’expérience n’a qu’une généralité relative.
  4. L’espace n’est pas non plus un pur concept. Un concept s’applique à une diversité d’objets qui lui préexistent mais « quand on parle de plusieurs espaces, on n’entend par-là que les parties d’un seul et même espace ». Considérons, d’autre part, ce qu’on nomme avec Kant le paradoxe des objets symétriques : deux objets parfaitement semblables comme la main droite et la main gauche, que l’on peut subsumer (penser un objet individuel comme compris dans un ensemble) sous un même concept, ne sont pourtant pas substituables puisque la translation d’une main sur l’autre fait bien apparaître qu’il n’y a pas recouvrement de l’une par l’autre. Il y a là quelque chose qui résiste à l’identité du concept.
    L’espace est donc une forme pure de l’intuition.

6.5.2 Le temps

  1. Le temps n’est pas un concept empirique. Il ne dérive pas de l’expérience mais, au contraire, la rend possible : nous ne percevons les rapports de simultanéité ou de succession que parce que nous avons d’abord la représentation du temps.
  2. Il en résulte que le temps est donné a priori.
  3. Sur cette nécessité a priori se fonde aussi la possibilité de principes apodictiques (nécessairement vrais) concernant les rapports du temps. Le temps n’a qu’une dimension : des temps différents ne sont pas simultanés mais successifs. Des parties du temps ne peuvent être perçues que successivement : nous avons là une affirmation de caractère nécessaire et universel qui, à ce titre, ne saurait être tirée de l’expérience.
  4. Le temps n’est pas un concept discursif mais une forme pure de l’intuition.

Le temps n’est pas le résultat d’une impression reçue des sens, ni le produit d’une activité intellectuelle d’abstraction.

Entre l’espace et le temps, la forme du sens externe et celle du sens interne, il nous faut reconnaître une disparité : dans la mesure où le temps est la condition de l’intuition des phénomènes internes, il est immédiatement la condition d’intuition de tous les phénomènes : cette forme a priori détermine le rapport de nos représentations et leur ordre.

Malgré ce que nous venons de voir, Kant affirme la réalité et la valeur objective de l’espace et du temps. Il faut entendre qu’espace et temps sont les conditions de toute intuition, ce sont des réalités par rapport à tout ce qui peut nous être présenté extérieurement comme objet. Il est important de ne pas comprendre ici réalité et objectivité comme propriétés des choses en soi, indépendamment de notre pouvoir de les connaître. Réalité et objectivité signifient ici qu’un objet en tant qu’il est connu ne peut l’être qu’à condition d’être appréhendé dans l’espace et dans le temps.

Kant a démontré qu’on ne peut pas connaître en dehors des formes à priori de la sensibilité que sont l’espace et le temps.

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6.1 - Introduction
6.2 - L’espace et le temps en Grèce ancienne
6.3 - L’espace et le temps à la renaissance
6.4 - L’espace et le temps au 17 ème siècle
6.5 - L’espace et le temps au 18ème siècle
6.6 - L’espace et le temps au 19ème siècle
6.7 - L’espace-temps au 20ème siècle
6.8 - Bibliographie
6.5.1 - L’espace
6.5.2 - Le temps