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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 5 - Les théories du corps au XXème siècle : apports de la psychanalyse, l’image du corps

 

 

5.1 Introduction

Il peut paraître curieux d’introduire ce cours par le commentaire de Bergson sur l’image du corps mais c’est un précurseur dans le sens où, dès 1896, dans Matière et Mémoire, essai sur la relation du corps et de l’esprit, il évoque les trois modèles du corps tels qu’ils vont se développer au XXème siècle.

Dans cet ouvrage il nous dit que l’image du corps est la manière dont le sujet perçoit son propre corps car celui-ci ne peut jamais être appréhendé en lui-même, soit dans son contenu matériel : il est une image. Bergson donne au corps le statut de miroir, qui modifie ses perceptions au fur et à mesure de sa position dans l’espace. Par la perception, un lien s’établit entre l’univers et le corps qui n’est qu’une image privilégiée de l’univers. Donc, pour Bergson, l’univers et mon corps ne peuvent être connus qu’à travers des représentations et des images qu’en donnent mon corps. Hors du corps, l’univers est inconnaissable, d’où le rôle d’intermédiaire du corps entre le moi et le monde. L’image n’est donc pas une copie du réel.

Bergson compare le corps à un miroir car l’image est produite par le corps lui-même : c’est-à-dire que le corps est perception comme sa manière d’être au monde (c’est le vécu corporel) alors que l’image du corps est la représentation (et non pas l’auto-perception) que le sujet à de son corps.

Il va nommer image de corps la perception immédiate du monde à travers soi, tandis que l’image du corps est la manière du corps dont le sujet est affecté par cette perception. Bergson établit donc une différence entre perception et affection.

La différence entre image de corps et image du corps se retrouve dans le rapport du passé au présent.

L’image du corps est aussi dans le champ de la perception mais elle procède également de la mémoire. Il y a donc une mémoire du corps et l’image du corps assure une continuité entre une quantité de souvenirs accumulés. L’image du corps se remplit de la mémoire du corps. L’image de corps est pour Bergson la perception actuelle que l’on a de son corps puisant dans l’image du corps sa mémoire. On comprend aisément alors que l’image de corps est de l’ordre de la conscience alors que l’image du corps et de l’ordre de l’inconscient.

5.2 Le modèle psychanalytique

La notion d’image du corps appartient donc au champ conceptuel de la psychanalyse.

Freud relie l’image du corps à l’investissement libidinal du Moi. Par conséquent, l’image du corps est le moyen de découvrir la dimension de l’imaginaire.

Le projet de la psychanalyse étant de caractériser l’activité imaginaire du corps humain, l’image du corps sera donc définie comme instance psychologique du sujet, le Moi.

Pour Freud
L’image du corps est libidinale car elle permet au Moi de se constituer dans le narcissisme. L’étayage des pulsions utilise l’image du corps comme catalyseur et unificateur afin de renforcer les instances du Moi.
Pour Wallon et Lacan
L’image du corps est mentale, elle a un pouvoir structurant, car l’aliénation du Moi dans une forme virtuelle développe un Imaginaire spécifique à l’organisation du corps humain.

Pour Freud, l’image libidinale conserve un présupposé psychophysiologique.

La filiation est Freud, Abraham, Schilder, Dolto, et Anzieu.

Pour Lacan, à l’inverse, l’image mentale refuse toute référence à l’organique. L’image du corps jette le moi dans l’Imaginaire et dans le Symbolique.

La filiation est Rank, Wallon, Lacan.

5.2.1 Freud

En 1923, Freud cherche à rendre compte du rôle du corps dans la relation moi-objet et de sa constitution par le jeu des perceptions internes et externes. « Le propre de l’individu dit-il, est avant tout sa surface qui constitue une source d’où peuvent émaner les perceptions internes et externes ». Le corps est objet étranger jusqu’au moment où l’organisation psycho-physiologique du moi aura permis qu’il y ait une représentation en général.

Freud en reste là : l’imaginaire repose sur l’unité du corps propre.

5.2.2 Lacan

En 1939, Lacan tente de résoudre le problème de l’image du corps en créant la notion de stade du miroir.

Dès 1936, Lacan avait pris conscience de la nécessité d’abandonner la théorie freudienne, trop pulsionnelle, afin de remettre l’accent sur le pouvoir de l’image mentale du corps propre.

Dans ce sens, il souhaite montrer une structure mentale de l’image du corps :

Trois influences se font sentir : la gestalt (Théorie de la forme) de Merleau-Ponty, le cours de Kojève sur Hegel qu’il suit à la Sorbonne et l’œuvre d’Henri Wallon. C’est en 1949, qu’il formule la synthèse la plus connue du stade du miroir. Il y découvre l’ambiguïté de l’image mentale du corps : l’image de soi aperçue dans le miroir est une aliénation nécessaire à la formation de l’unité du corps humain. Mais cette unité est un leurre dont la puissance mentale va conduire le sujet à confier son destin aux formes symboliques de la représentation.

C’est ce passage de la perception de la forme à la représentation mentale qui occupe Lacan de 49 à 51.

L’influence de C. Levi-Strauss est alors prévalante car il trouve dans son œuvre sa première définition de l’activité symbolique.

C'est seulement en 1951 qu'il entreprend de définir l'Imaginaire et le Symbolique à travers une réflexion sur le langage et sur le corps (les thèmes freudiens de l'homme au loup et de l'homme aux rats serviront d'illustration au problème de relation entre Imaginaire et Symbolique).

Dès lors, Lacan délaisse la structure mentale de l’image du corps au profit de l’analyse des structures du sujet et de sa parole.

En définissant le stade du miroir, Lacan cherche à renouveler la théorie des stades freudiens du développement de l’enfant en proposant une nouvelle approche synthétique et dynamique.

Le premier postulat est le suivant : l’image informe autrement le sujet que l’induction nerveuse et physiologique. L’assimilation de l’information n’est pas réelle mais virtuelle et imaginaire. L’image a comme telle une puissance de représentation. Donc l’imitation est insuffisante pour rendre compte de l’identification. L’imitation est une image approximative du modèle alors que l’identification par l’image est l’assimilation.

C’est en cela que l’imitation se sépare de l’identification, car l’imitation exige la présence de son modèle alors que l’identification nécessite son absence.

« Le stade du miroir » permet la représentation de l’unité du corps humain : c’est un processus qui se construit entre le 6ème mois et le 18ème mois de la vie.

Pourquoi y-a-t-il nécessité de cette unité ?

L’idée est la suivante : c’est dans les 6 mois de prématuration biologique (les six premiers mois de la vie) que vient se fixer l’angoisse : Lacan suppose donc l’existence d’une chaîne représentative qui viendrait suppléer à la sensation physique d’un manque dans le développement organique.

L’unité est donc une conséquence de la représentation mentale et de l’enchaînement mental effectué par le moi entre le complexe et l’angoisse.

Ici Lacan diffère du modèle freudien en disant que la perception de l’angoisse n’a pas sa source dans les cellules du corps mais dans un travail mental dont le stade du miroir est le phénomène psychique de base.

Il y a donc pour Lacan une indépendance de la représentation par rapport à la sensation

La menace de morcellement sera donc, elle aussi comprise comme donnée Imaginaire.

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5.1 - Introduction
5.2 - Le modèle psychanalytique
5.3 - Les structures de l’imaginaire
5.4 - En conclusion
5.5 - Références bibliographiques
5.2.1 - Freud
5.2.2 - Lacan