Site FMPMC
     Page précédentePage suivanteSommaireVersion imprimable
   
 

Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


Tous droits de reproduction réservés aux auteurs


traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 4 - Les théories du corps au XXème siècle : apports de la phénoménologie, constitution du corps propre et du schéma corporel

 

4.2 - Le corps vécu : le modèle phénoménologique

 

La phénoménologie a son origine dans l’œuvre de Hussserl au moment où Freud fonde la psychanalyse. Elle étudie la manière dont le sujet vit son corps en lui-même.

M.Merleau-Ponty, J.P.Sartre, M Henry et M.Richir, en France, s’inspireront de son œuvre.

De quoi s’agit-il ?

Husserl refuse le modèle de la psychologie descriptive et passe à une phénoménologie transcendantale, ce que donne à la chair un rôle constituant de corps vécu, une incarnation.

Qu’est ce que cette incarnation ?

Pour comprendre cette notion, il faut penser que la perception des états psychiques ne dépend pas seulement comme en psychanalyse de l’étayage des pulsions ou bien comme en psycho-génétique de la réduction des perceptions internes et externes à une localisation dans le corps. Pourquoi ? parce que ces méthodes placent le sujet en position extérieure par rapport aux phénomènes psychiques (je ne peux pas être observateur objectif de moi-même) ce qui est une perception dualiste.

Husserl veut appréhender le vécu corporel dans la pureté de sa manifestation.

Vous vous souvenez que pour Kant toute connaissance du corps commence avec l’expérience. C’est une théorie empirique.

Pour Husserl le corps est ce qui appartient à la présence la plus immédiate du monde y compris dans l’espace-temps ; il est ce qui fournit à la pensée ce qu’il nomme les data de la représentation (qui sont les contenus sensitifs, sensibles du corps comme le toucher, le regard, la voix, la kinesthésie).

On voit déjà là que le vécu corporel appartient au monde de la sensation alors que l’image du corps appartient au monde de la perception.

Donc Husserl n’explique pas, n’interprète pas les contenus psychiques. Il détermine la forme de la présence du sujet dans le vécu corporel grâce à l’intentionnalité. Le corps devient ainsi présence au monde de la vie psychique d’un sujet intentionnel.

Le corps phénoménologique n’est donc pas un corps psychique ni un corps physiologique : c’est un corps de chair et, pour que le vécu soit appréhendé dans sa pureté, l’attitude phénoménologique doit inhiber toute position transcendante (se mettre hors de pour observer) afin d’établir une connaissance objective. Il n’y a donc plus d’enchaînement causal, donc plus de logique cognitive dans laquelle toute connaissance du corps commence avec l’expérience, il n’y a plus de jugement de valeur en quelque sorte.

4.2.1 Le vécu corporel

La sphère de l’immanence (cette sensation que j’ai de la présence immédiate de mon corps dans le monde) se réduit après l’époché (appelée la réduction phénoménologique) à la présence de la chose même, car l’attitude naturelle fait que l’on n’a pas conscience de la perception, car celle-ci n’observe pas le phénomène de la présence en chair et en os de la chose. Par exemple, je perçois et j’ai conscience de l’existence de la table (système perception - conscience) mais je n’ai pas conscience de la perception elle-même, au moment où je perçois et pourtant, la perception remplit mon regard de telle manière que je suis immédiatement en rapport avec elle. C’est cela le vécu corporel. Ce n’est ni imaginé, ni pensé de façon symbolique ou conceptuelle, mais se tient là sous nos yeux comme quelque chose de donné à soi-même et en acte.

Le vécu corporel se situe donc en dehors des activités rationnelles qui gèrent les sciences de la nature. Pas d’induction, pas de déduction, pas de comparaison pour retrouver les différences qualitatives du corps : le primat de la perception assure au vécu une authenticité qui permet de montrer la liaison essentielle entre la chose même et l’espace par le moyen du corps.

4.2.2 Perception de l’unité du corps propre

Husserl est un philosophe qui écrit dans la langue allemande, or, dans cette langue il y a deux mots différents pour signifier le corps : Körper qui signifie le corps anatomo-physiologique et Leib, qui signifie le corps vivant, lieu des sensations et des émotions alors que la langue française ne dispose que d’un seul mot pour signifier ces différents corps ; c’est pourquoi, en Français, on utilise le mot corps (Körper) pour désigner le corps anatomo-physiologique et le mot corps-propre (Leib) (propre, proprio, de propriétaire, celui qui m’appartient) pour désigner le corps sensible.

Classiquement, la définition du corps biologique (Körper) précède celle du corps propre (Leib).

Ce corps propre peut être défini comme une chose occupant une certaine figure dans l’espace suscitant une certaine organisation de la perception.

Husserl montre que l’unité du corps n’est pas seulement une perception externe mais est déterminée par une aperception (appréhension, prise de conscience) des sensations tactiles et visuelles avec les sensations kinesthésiques. C’est de cette façon qu’Husserl montre la construction systématique de l’espace corporel.

En effet, le corps est une étendue qui n’est pas neutre comme le montrait Descartes, car il est pris lui-même dans le mouvement qui l’anime. Donc les sens tactiles et visuels permettent de saisir la chose non pas en elle-même (par exemple le son d’un piano) mais ce qu’elle est pour la conscience qui perçoit (le son dans la perception). C’est comme cela que l’espace corporel acquiert son identité au regard de l’étendue générale. Il n’y a donc pas de corps spatial a priori. L’unité du corps propre se construit en même temps que son espace.

Examinons comment :

La perception est toujours incomplète : si je perçois un cube, je ne vois que quelques surfaces, je ne vois jamais le cube dans sa spatialité totale (objet mathématique). Je le perçois comme objet géométrique. C’est par un mouvement d’abstraction que je passe de l’objet géométrique à l’objet mathématique. Cela révèle le caractère incomplet de la perception.

Il faut donc qu’il y ait un mouvement progressif de la perception vers la prise de conscience du corps et c’est grâce à la multiplication des modes d’apparition par lesquels le corps tombe dans le champ perceptif que se crée le souvenir de sa présence. Il y a alors synthèse de la perception, unité du corps propre. Dans ce sens le modèle de la géométrie euclidienne n’est pas adapté à la perception de la réalité du corps propre, car il ne propose que des représentations de la chose sous les figures d’une géométrie de surface (le cube ne peut se donner à la perception avec ses 6 faces en même temps, de même que notre propre corps).

Or Husserl nous dit que la perception humaine prend en compte une dimension supplémentaire qui est celle de l’infini, incluant le Temps dans la perception de l’espace (espace de Riemann) ce qui fait que la dynamique d’un corps spatial est intégrée à la perception même. Donc il y a création d’une image dynamique car elle ajoute toujours les variations kinesthésiques du corps de la chose à celle de notre propre mouvement dans la rencontre spatiale. Ex : si je marche vers un arbre qui est dans mon champ spatial, au fur et à mesure l’arbre se présente face à moi, avance vers moi, au rythme de mon déplacement. Ce phénomène est appelé image Riemannienne que l’on peut opposer à la perception euclidienne. Cette image est dynamique car elle ajoute toujours les variations kinesthésiques du corps de la chose à celle de notre propre corps dans le moment de la rencontre spatiale. En effet, la géométrie plane interdit la mise en relief, ce que permet la kinesthésie du corps.

Donc, le corps spatial échappe à la perception. D’où la question fondamentale : comment le sujet, ne voyant que des faces, peut-il reconnaître la totalité d’un corps ? Il faut alors faire le tour de nous-même ! Mais cet impossible embrassement constitue en soi notre finitude donc ce n’est pas la perception qui est limitée mais notre corps qui est fini.

Alors comment fournir une synthèse de l’objet ? Husserl introduit alors la notion de Ich-Leib - corps propre lié au moi - et englobe l’espace corporel subjectif dans la perception de l’espace global.

L’expression corps propre engage la notion de réflexivité, de miroir, de dédoublement et d’identification.

C’est une perspective unitaire du sujet avec lui-même, du corps avec le je, avec les corps perçus des choses du monde. Ainsi le corps propre s’intègre à l’espace global, plus ample, qui comprend, en soi tous les corps. Il est le point de relation permanent par rapport auxquels tous les espaces apparaissent, il détermine également la gauche et la droite.

     Page précédentePage suivanteSommaireVersion imprimable
   
 
4.1 - Introduction
4.2 - Le corps vécu : le modèle phénoménologique
4.2.1 - Le vécu corporel
4.2.2 - Perception de l’unité du corps propre
4.2.3 - Signification du corps propre
4.2.4 - Signification du schéma corporel
4.2.5 - Le concept d’expression
4.2.6 - Le phénomène de corporéisation
4.2.7 - La Phénoménologie de la Perception
4.2.8 - L’expérience du corps
4.2.9 - En résumé
4.2.10 - Bibliographie