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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 4 - Les théories du corps au XXème siècle : apports de la phénoménologie, constitution du corps propre et du schéma corporel

 

4.2 - Le corps vécu : le modèle phénoménologique

 

4.2.3 Signification du corps propre

Il désigne à la fois le corps dans sa stature, dans sa forme spatiale organique et l’intime du rapport au vivre. Il est le lieu d’inscription du sensible, un sentant sensible. La notation propre tente de rendre compte en français, de l’intime du vivre. Le corps propre, c’est ce que l’on sent du dedans. On peut le traduire par chair (mais le mot chair rend compte plutôt de l’aspect sensible).

Ce corps propre doit être appréhendé sur un mode double : comme chose physique, matière d’une part et, d’autre part, comme ce que je ressens en lui et sur lui. Ce dédoublement est structurel. Il appartient à l’expérience humaine du corps, seul susceptible de vivre le corps à la fois comme forme extérieure et comme lieu intérieur : lieu intérieur veut dire qu’il y a un lien essentiel entre la forme corporelle et l’espace. La forme corporelle, le corps spatial est une unité synthétique de l’expérience. Dans ce sens, il exige un travail d’élaboration permanent et incessant. Les apparences sensibles se succèdent, mais le corps spatial unifie les informations à propos du même objet.

4.2.4 Signification du schéma corporel

Le schéma corporel est ainsi pure forme corporelle. Il trouve son unité dans la synthèse de la perception, au-delà de la confusion multiple des sens. Il se situe dans la relation de la perception et des sensations et la perception ne doit pas êtes confondue avec la vision, car la vue condamne le sujet à ne pas voir tout son corps. Le corps propre ne peut s’originer que dans le toucher, par la localisation des sensations comme telles. Le toucher est l’organe constituant du corps propre.

En ce qui concerne le toucher, Diderot avait démontré dans sa lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient que celui ci est une perception qui peut suppléer entièrement à la vision. Car le toucher rend possible la constitution du corps propre. Le toucher insère les sensations dans le tissu du corps le rendant propre à un je, dans la mesure où la singularité de chaque perception me différencie du corps d’autrui.

Le toucher est le mode originaire de constitution du corps propre. Le toucher est le modèle de relation-affection au monde, une disponibilité qui se transforme en détermination. Ces groupes de sensations sont insérés dans la sphère de l’affect et participent à l’activité relationnelle avec le monde. Tous ces groupes de sensation ont, en tant qu’impressions sensibles, une localisation somatique immédiate. Cette couche de sensations forme le tissu du corps propre à tel point qu’ils permettent de découvrir de façon évidente la chair, c’est-à-dire la relation de soi-même à soi-même.

4.2.5 Le concept d’expression

Mais, comme nous l’avons déjà démontré plus haut, il n’y a pas de connaissance absolue de soi-même, et ces perceptions demeurent insuffisantes pour décrire le corps propre car elles se confondent avec lui. D’où l’exigence du passage du perceptif au cognitif. Donc le corps propre possède un mode de connaissance possible qui ne le condamne pas à l’ineffable. Nous avons besoin de saisir l’interaction de l’ego subjectif avec le monde objectif, car le monde matériel reste soumis à l’expérience. Mais il y a un engagement du corps dans l’expérience de son environnement sensible. Le corps s’incarne dans le monde et la chose devient ma chose. Lorsque la main gauche est touchée par la main droite, mon corps est un touchant- touché, il est pris dans le devenir d’une transformation. Il est à la fois Körper - Leib.

C’est ainsi que la main gauche devient Leib par l’intermédiaire de la main droite. Le corps possède donc une capacité de réversibilité. Il a une double détermination sans laquelle il n’y aurait aucune subjectivité. Ceci témoigne de l’historicité du corps propre et définit la connaissance intime. Celle-ci se constitue à travers l’expérience des limites.

Il y a donc nécessité de rencontrer autrui pour constituer sa limite et définir son corps propre.

L’homme affirme les propriétés psychiques de son corps lorsqu’il crée une sorte de dépendance psychophysique entre son affectivité et l’état de son corps (psychosomatique). Le corps incarne donc le vécu de l’ego. Le corps de chair est ainsi expression de la vie de l’esprit : c’est l’essence même de l’expressivité du corps.

Ainsi pour s’extérioriser, le corps doit s’exprimer mais il y a un décalage entre la manifestation extérieure et ce qui est en moi. Mon expressivité ne m’est pas perceptible, ni visible. Donc le passage du monde intérieur (incarnation) à l’extériorisation passe par le concept d’expression.

L’expression est imparfaite, comme la perception mais elle est le seul moyen pour connaître l’incarnation et elle passe nécessairement par l’expérience d’autrui (ou plutôt des autres) qui se donne comme expérience par la perception des corps externes (des corps physiologiques).

4.2.6 Le phénomène de corporéisation

La différence entre le corps naturel et le corps humain réside dans la sensibilité qui fait partie du fonctionnement actif de la chair et des organes charnels, qui fait partie de toute expérience des corps. Le corps est présence au monde. Cela s’appelle la corporéisation.

La corporeisation est l’unification que l’on ressent lorsque l’on transforme la perception en mode d’action. La forme spatio-temporelle du toucher par exemple, est immédiatement corporéisée, donc unifiée. Il y a alors adéquation entre le corps de chair (Leib) et le corps-objet (Körper).

C’est par ce moyen que l’on peut coordonner le temps corporel et le temps psychique.

Donc sans le corps propre, le monde ne serait pas connu de l’âme.

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4.1 - Introduction
4.2 - Le corps vécu : le modèle phénoménologique
4.2.1 - Le vécu corporel
4.2.2 - Perception de l’unité du corps propre
4.2.3 - Signification du corps propre
4.2.4 - Signification du schéma corporel
4.2.5 - Le concept d’expression
4.2.6 - Le phénomène de corporéisation
4.2.7 - La Phénoménologie de la Perception
4.2.8 - L’expérience du corps
4.2.9 - En résumé
4.2.10 - Bibliographie