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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

 

 

Epistémologie, perspectives actuelles

3.1 Introduction

La notion de soin par la médiation corporelle existe depuis l’antiquité avec Hippocrate. Elle ne pose aucun problème jusqu’au milieu du 19ème siècle. C’est le partage entre maladies nerveuses et mentales qui introduit le clivage des soins entre le corps et la psyché.

Celui-ci a été préparé deux siècles auparavant avec l’avènement du « cogito » dans la pensée philosophique.

C’est, en effet, à partir de Descartes qu’une opposition entre psyché et soma se trouve introduite. Dans cet ordre d’idée, le « cogito ergo sum » ne peut se poser comme tel que par l’exclusion de tout vécu sensitif, sensoriel...

De là, le thème célèbre du philosophe qui, au pied du précipice, est saisi de vertiges, victime de ses sens, que son raisonnement ne peut dominer ; Le traité des Passions de l’âme, écrit en 1649 à la demande de la Princesse Elisabeth est une vaste nomenclature pour dominer les sens.Deux ans auparavant, Descartes a publié les Méditations Métaphysiques à Paris, ouvrage fondamental où il démontre que : le « cogito » est de la pensée qui se pense dans l’instant même de son effet, comme pensée. Il institue ainsi la certitude fondamentale sur laquelle tout discours scientifique moderne doit se construire.

La réflexion philosophique imposée par Descartes écarte définitivement le courant de pensée issu du moyen-âge qui ne se posait pas la question d’une dualité corps-esprit dans le sens où tout sujet était celui de Dieu ou du diable dans une unité fondamentale.

En effet, au moyen-âge, toute modification corporelle était vécue comme effets de possession diabolique comme en témoignent les gargouilles des cathédrales gothiques.

La révolution cartésienne institue la certitude fondamentale de ce qui sera appelé au 19ème siècle la science positiviste ; posant une dualité fondamentale entre le corps et l’esprit, elle institue celui-ci comme maître absolu puisque seul, il peut amener le sujet à la certitude de son être.

Au 19ème siècle, les progrès de la science sont tels qu’en 1872, le physiologiste LANDOIS découvre des aires corticales dont la stimulation déclenchée à l’aide d’électrodes produit des décharges motrices : ces aires sont appelées « centres psychomoteurs » ; la neurologie est alors une science nouvelle, en plein essor.

Les neurologues pensent que l’on pourrait stimuler le psychisme d’un aliéné par une action du cerveau sur le muscle et vice-versa.

3.2 Eléments d’une théorie psychomotrice

Les premiers éléments d’une théorie psychomotrice apparaissent vers 1890 (avec VOISIN, SOLLIER, SEGUIN et ITARD) sous forme de l’idée d’un entrecroisement entre sensation, mouvement et volonté.

Pour certains, c’est le mouvement qui crée la volition, pour d’autres, c’est le contraire.

Pour CHARCOT, la fonction de la volition est abolie dans la maladie hystérique ; il commence ses recherches sur l’hypnose en 1878 et démontre la dialectique de la liaison entre le mouvement et l’idée.

C’est ainsi que pour l’école de la Salpêtrière, la suggestion faite au malade n’est pas seulement une affaire de langage mais aussi une affaire de mouvement qui renforce l’acte de volonté.

P. JANET et P. TISSIER s’inspirent des travaux de CHARCOT et ouvrent la voie de la rééducation psychomotrice autour de la question de « l’influence des exercices physiques sur le développement de l’attention ». Ils démontrent que les mouvements contrôlés par la volonté contribuent à rétablir le cours des idées normales, non seulement en ce qui concerne l’hystérie, mais aussi pour tout trouble mental.

L’efficacité de la gymnastique volontaire médico-psychologique est dès lors prouvée.

Les mots-clé sont : suggestion, persuasion, attention, et volition.

Dépassant le cadre de la maladie mentale, ce sont les pédagogues qui utilisent la gymnastique afin de prévenir les désordres psychiques et physiques : l’éducation psychomotrice naît d’une volonté politique de prévention de ces désordres.

D’ores et déjà est constitué le creuset d’ou sortira la psychomotricité et avec elle, toutes les techniques de soin à médiation corporelle. Au début nous avons une matrice commune avec le développement de la connaissance scientifique (surtout en ce qui concerne la neurobiologie et l’hygiène) qui influencent les soins du corps et de l’esprit puis, rapidement, deux tendances se dessinent :

  • les techniques ou l’esprit (et la parole) influencent le corps
  • les techniques ou le corps influence l’esprit.

Les premières donneront, à partir de l’hypnose, les techniques de relaxation y compris sa dissidente : la psychanalyse.

Les secondes donneront les techniques d’apprentissage : conditionnement, gymnastique, rythmique ou non, sports, danse, etc...

3.3 Emergence des pratiques psychomotrices

La pratique psychomotrice apparaît en 1930 sous forme de rééducation dans le cadre culture physique médicale : une société officielle de professeurs spécialistes de culture physique médicale de France a été agrée en 1933. Elle a pour devoir de « se dévouer à la récupération des illettrés physiques, des arriérés psychomoteurs et déficients de tout sorte… »

Par l'exercice psychomoteur, il faut affermir le corps afin d'affermir l'esprit - C'est dit !

En 1935, naissent les notions de « troubles psychomoteurs » et l'idée de « coordinations psycho-neuro-motrices ».

C'est ainsi que la psyché disparaît, subsumée par le cerveau ; on peut dire que la neuro-psycho-motricité représente alors le triomphe de la matière sur l'esprit.

D'autre part, pendant cette période, l'hypnose s'éteint doucement : elle est jugée dangereuse.

Parallèlement à la découverte du fonctionnement de l'inconscient par FREUD et à l'élaboration de sa métapsychologie, on assiste à l'éclosion de techniques qui ont toutes pour but de « fortifier la maîtrise du conscient sur l'inconscient » : ce sont des thérapies morales dont le point de départ est : la concentration, la volonté (méthodes du docteur DUROILLE en 1916, du docteur VITTOZ en 1921, la méthode COUE en 1922 et la méthode du docteur CARTON en 1937).

Toutes ces méthodes ont pour but la maîtrise et le contrôle de soi : par la détente du corps et de la respiration, on accède au calme de l'esprit.

D'un côté, il faut affermir le corps pour affermir l'esprit : c'est la gymnastique et, de l'autre, il faut calmer le corps pour calmer les esprits : c'est la relaxation.

Mais dans les deux cas, c'est la volonté et la morale qui dominent : « mens sana in corpore sano ». Le 20ème siècle rejoint ses ancêtres et, en particulier Platon (la République, les Lois).

A partir de 1935, GUILMAIN, directeur des classes de perfectionnement, élabore une série d'exercices psychomoteurs à partir de travaux d'H. WALLON (les origines du caractère chez l'enfant) et élabore une pratique qui pourrait modifier le caractère des enfants.

GUIMAIN publie en 1948 les « tests moteurs et psychomoteurs » qui permettent d'établir un type de comportement moteur lié au comportement psychologique. Il s'agit de lire le caractère de l'enfant à travers eux et non pas de dépister une quelconque maladie organique ; néanmoins, les sources théoriques de l'examen psychomoteur restent essentiellement neurologiques.

Grosso modo, le bilan psychomoteur, tel qu'il est pratiqué actuellement n'a pas beaucoup varié depuis cette époque. Très schématiquement, il consiste à étudier les conduites motrices de base (marche, course saut, équilibres, syncinésies, praxies, adresse et coordination gestuelles), le tonus, les rapports à la temporalité, aux rythmes et la spatialité ainsi que l'étude du schéma corporel et/ou de l'image du corps. Le psychomotricien doit, en outre, observer le rapport relationnel du patient par rapports aux épreuves et à autrui.

C'est à la fois un examen quantitatif et qualitatif du comportement relationnel.

Parallèlement aux travaux de GUILMAIN, D. LAGACHE, psychiatre et psychanalyste publie les premières nomenclatures des jeunes inadaptés en 1946.

Les désordres engendrés par la seconde guerre mondiale et, notamment la dissolution du tissu social ont invité ces chercheurs à classer de façon minutieuse les troubles mentaux : c'est un travail de réparation sur lequel se tisse le réseau de la rééducation. HEUYER montre que c'est le milieu familial perturbé qui est à l'origine des troubles caractériels. Dans la même période, la psychologie se construit aussi sur des données chiffrées et précises.

Si, traditionnellement, l'enfant turbulent renvoie à un schéma neurologique, la manifestation des troubles est psychologique.

Dès lors, les recherches sur les émotions s'orientent vers un travail sur le corps qui les expriment ; dès les années 1960, se trouve, en germe, tout le courant de l'expression corporelle et toutes les techniques du corps incluant de façon prévalante, la relation à l'autre.

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3.1 - Introduction
3.2 - Eléments d’une théorie psychomotrice
3.3 - Emergence des pratiques psychomotrices
3.4 - La psychomotricité relationnelle
3.5 - Influence de la psychanalyse
3.6 - Conclusion
3.7 - Bibliographie