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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

 

 

3.5 Influence de la psychanalyse

Laissons là le devenir de l’éducation psychomotrice dans le cadre scolaire et sportif pour examiner de quelle façon les concepts théoriques de la psychanalyse vont, dès la création du diplôme, ouvrir un nouveau champ de réflexion et de pratique en psychomotricité.

Après « mai 1968 », la neurologie se sépare de la psychiatrie ; les jeunes psychiatres en formation s’intéressent exclusivement aux maladies mentales ; la répercussion corporelle des troubles devient une préoccupation secondaire puisque à la neurologie revient le corps et à la psychiatrie revient l’esprit.

Curieusement, les psychomotriciens, avec leurs techniques corporelles sont mis du coté de l’esprit ; c’est ainsi qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’aller « voir » du coté de l’esprit ce qui s’y passe. Le contexte théorique de l’époque est le suivant : la pédopsychiatrie est neuve, les psychiatres et les psychologues se forment dans leur majorité à la psychanalyse, la psychanalyse des enfants commence à se répandre ; par ailleurs, les grands courants d’idées tels que la linguistique, l’anthropologie, le structuralisme prennent un essor considérable.

LACAN relit FREUD en allemand, il relève dans les traductions des erreurs monumentales ; grand érudit, il s’intéresse aux travaux philosophiques de son temps (lecture de HEGEL, introduite récemment par KOJEVE à la SORBONNE, discussions avec LEVI-STRAUSS et FOUCAULT, et le linguiste MARTINET) ; il désire faire progresser la théorie psychanalytique à partir du point ou FREUD l’a laissée. Ce sont, en particulier les apports de la linguistique structurale qui l’influenceront le plus. Il crée de nouveaux concepts tels que le sujet de l’inconscient, les registres de l’imaginaire, du symbolique et du réel, le nœud borroméen, le grand Autre, etc... Comme FREUD en son temps, il désire que la psychanalyse soit un concept scientifique et accepté comme tel par les Sciences ; il y passera sa vie. Fils turbulent de la psychanalyse, il entraîne dans son sillage un nombre de plus en plus grand de pédopsychiatres, de psychologues, et quelques psychomotriciens interpellés eux aussi par ce grand courant de pensée.

Les psychomotriciens sont extrêmement interpellés dans la mesure ou ils se demandent de qu’ils font avec le corps au royaume de l’esprit, d’autant plus que l’enseignement officiel de la psychomotricité reste résolument attaché à la neurologie et aux pratiques réeducatives. C’est ainsi que deux courants naissent et s’affrontent dans la violence : d’une part, les partisans des pratiques réeducatives et, d’autre part, les partisans d’une prise en compte du désir de l’enfant dans une pratique qu’ils veulent thérapeutique.

La prise en compte de la notion du désir de l’enfant conduit les psychomotriciens à s’intéresser à la théorie psychanalytique ; de l’interrogation de la relation intersubjective on passe à la question du transfert. Mot « magique » sur lequel l’affrontement se fera le plus vif et le plus âpre.

Les psychomotriciens qui ont une formation psychanalytique peuvent-ils être encore psychomotriciens ou bien sont-ils des transfuges abâtardis de cette pratique ? comme ils se l’entendent quelquefois dire...

En ce qui concerne les techniques de relaxation, les données sont plus simples : ou bien on a une expérience psychanalytique et on fait de la relaxation analytique, ou bien on ne l’a pas, et on fait une relaxation psychomotrice, se réduisant, à l’époque à l’évaluation tonique du corps.

Si nous savons désormais que le corps est pris dans le réseau signifiant de la langue, en psychomotricité, il est invité à se taire.

Or, les psychomotriciens ont bien repéré que le corps n’est pas muet et que l’enfant exprime avec son corps ce qu’il ne peut dire par la parole.

En ce qui concerne la technique de jeu avec l’enfant, c’est sur la primauté de l’expression que se construit désormais la nouvelle psychomotricité. Cette technique, élaborée par F. DESOBEAU sera reprise ensuite par F. GIROMINI, puis A. LAURAS et F. JOLY entre autres.

LAPIERRE ET AUCOUTURIER, dans les années 1975, influencés par la théorie psychanalytique, démontrent que si la structuration temporo-spatiale est nécessaire aux apprentissages, elle ne peut s’apprendre de façon rationnelle. Le psychomotricien doit favoriser l’expression du corps vécu de l’enfant en lui laissant la liberté de ses actes ; il est à l’écoute de l’enfant. Si l’enfant échoue, ce n’est plus par défaut d’apprentissage mais par défaut de faculté créatrice. C’est cette faculté créatrice que désormais la psychomotricité doit apporter à l’enfant. Nous retrouvons ici en filigrane les apports théoriques du dernier MERLEAU-PONTY ; en effet, dans son dernier ouvrage L’œil et l’Esprit (1964), il nous dit que « toute technique est technique du corps, elle figure et amplifie la structure métaphysique de notre chair ».

Ceci revient à dire que, en psychomotricité, le dire est contenu dans le faire : en retrouvant sa dynamique expressive, l’enfant met à jour, traduit ses fantasmes.

On retrouve ici l’expérience de la catharsis et ses effets bénéfiques décrits de façon prise, jadis, par ARISTOTE.

Le vécu corporel de l’enfant se conjoint à une histoire mise en scène où la vérité se donne masquée.

C’est ainsi que nous pouvons dire que l’enjeu théorique de la psychomotricité est la vérité du sujet de la même façon qu’en psychanalyse.

Alors, où est la différence ?

Elle réside dans la technique car il y plusieurs façons de travailler la question de la vérité du sujet, comme il y a différents moyens d’accès pour pénétrer dans une ville.

En psychomotricité, la voie d’accès est l’imaginaire,

En psychanalyse, la voie d’accès est le symbolique.

C’est exact à condition que l’enfant soit « dans le langage », mais s’il ne l’est pas ?

C’est l’énigme posée par la psychose qui conduit les psychomotriciens à s’interroger sur les techniques à utiliser dans ce cas précis et sur quel support théorique elles doivent de construire.

Ici, la théorie psychanalytique et la théorie phénoménologique croisent la pratique psychomotrice :

  1. en ce qui concerne la théorie psychanalytique se rapportant au corps, ce sont les concepts
    • d’identification, d’image du corps, et de « moi-peau » qui seront travaillés. Les auteurs principaux sont G.HAAG, D.ANZIEU, R. ROUSSILLON, E. ALLOUCH, P. AULAGNIER...
  2. en ce qui concerne la théorie phénoménologique ce sont les concepts de
    • vécu corporel, dialogue tonico-émotionnel, expressivité du corps par l’intermédiaire du toucher thérapeutique, des enveloppements humides ou secs, du regard, de la voix etc... qui seront travaillés ainsi que le rapport à autrui. Les auteurs principaux sont : P.DELION, A.GILLIS, A. LAURAS-PETIT, C. POTEL, G. POUS...
  3. le courant de recherche actuel des neuro-sciences, que nous n’avons pas évoqué ici en constitue une troisième voie d’accès. C’est un chapitre suffisamment important pour faire l’objet d’un développement spécifique ultérieur.
  4. Sur le plan de la psychomotricité, citons les travaux essentiels de A. BULLINGER et de B. LESAGE qui constituent tant sur le plan de la recherche, que sur le plan clinique un apport majeur à la thérapie psychomotrice aujourd’hui.

3.6 Conclusion

La psychomotricité est marquée dans sa chair du sceau de la pluralité dont elle est constituée :

il n’y a donc pas d’unité conceptuelle de la psychomotricité ; son identité se construit au regard des trois concepts du corps issus de la pensée du 20ème siècle : la psychanalyse, la phénoménologie et les neuro-sciences.

Située au lieu d’articulation de l’imaginaire, du symbolique et du réel, elle a pour fonction l’émergence du désir humain ; c’est peut-être un art.

3.7 Bibliographie

S. FAUCHE Du corps au psychisme    
  Histoire et épistémologie de la psychomotricité, Paris, PUF 1993    

Et les philosophes cités dans le texte.

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3.1 - Introduction
3.2 - Eléments d’une théorie psychomotrice
3.3 - Emergence des pratiques psychomotrices
3.4 - La psychomotricité relationnelle
3.5 - Influence de la psychanalyse
3.6 - Conclusion
3.7 - Bibliographie