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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

 

 

Nous allons parcourir ensemble les grands moments qui ont marqué l’histoire de la pensée occidentale autour de ces concepts.

Pour cela, nous avons repris les grands textes des penseurs et des philosophes. Nous vous convions à suivre avec nous le chemin de l’évolution de la pensée du corps, depuis Homère jusqu’au monde contemporain. Mais avant d’entrer dans l’histoire, il faut savoir que la notion de corps est extrêmement difficile à définir dans la mesure où elle appartient à un univers sémantique polysémique.

Le corps, du latin « corpus », désigne la partie matérielle d’un être animé, doté de mouvements, assurant les fonctions nécessaires à la vie, ce qui le distingue, ipso facto, de l’âme ou de l’esprit. Il signifie également la chair ou le cadavre.

Il renvoie également aux objets matériels et aux éléments de la matière.

En outre, le corps est un système organisé qui, institutionnellement renvoie à la médecine, la justice, l’Etat, les métiers...

L’étude du corps humain concerne la physique, la biologie, la métaphysique, la spiritualité, l’éthique et la morale.

Le corps est également présent à travers toutes ses représentations culturelles et esthétiques : arts plastiques, danse, cinéma, littérature, théâtre.

2.1 Le corps dans la Grèce antique

Il est tout à fait remarquable de constater que le mot « corps », tel que nous l’entendons, n’existe pas dans le vocabulaire de la Grèce antique ; en effet, Sôma veut dire « cadavre », par opposition à Psukhé ou Psyché qui veut dire « âme ». C’est ainsi que le Sôma, manifeste par sa présence même, l’absence fondamentale de vie. Quant à la Psukhé, elle a tous les traits du corps(vêtements compris), sauf son épaisseur. C’est en quelque sorte, la doublure extérieure et invisible du corps.

2.1.1 De l’épopée Homérique à Platon (13ème siècle avant J-C.)

Dans l’épopée homérique reprise par les grands tragiques grecs (Eschylle et Sophocle), il est absolument nécessaire d’enterrer le cadavre, pour que l’âme puisse se séparer du corps pour rejoindre l’Hadès(le royaume des ombres) et se régénérer afin de renaître dans un autre corps.

Ce qui explique l’acharnement d’Achille à ne pas vouloir enterrer Hector et l’acharnement d’Antigone à vouloir enterrer son frère Polynice, car c’est la pire tragédie qui puisse arriver à l’homme.

Nous voyons donc qu’à cette époque, Psukhé et Sôma ne s’opposent pas entre eux comme ce sera le cas plus tard. C’est une totalité visible et vivante. Traversée par des forces organiques, psychiques et divines, le héros grec peut être aveuglé ou frappé d’amnésie brutalement par la divinité (c’est le cas d’Ajax, par exemple). Les sentiments et les émotions se confondent avec les organes.

On pense qu’il y a plutôt une « énergie vitale » qui doit se régénérer par le repos et dans le sommeil, car le corps vivant est fragile et voué à la disparition définitive. C’est pourquoi l’homme grec porte une extrême attention à son corps, et qu’il le « cultive » par la gymnastique, l’alimentation et l’exercice.

C’est un moyen de lutter contre sa décrépitude, mais c’est également un moyen d’embellir son âme.

La beauté, la force, la jeunesse sont les témoins visibles de la beauté de l’âme et de la noblesse. Il y a une harmonie (qui veut dire jointure) au sens profond du terme, entre Sôma et Psukhé, qui sont à la fois distincts et unis pendant la vie ; l’âme est clouée au corps dira Platon plus tard. Cette harmonie confère à l’âme son identité et permet la représentation du corps (sculptures, peintures, fresques). Il y a, dès lors, une idéalité du corps qui devient mesurable et exemplaire : c’est la beauté-canon de Polyclète qui exprime en même temps la perfection et l’identité. Dans l’identité se trouve la notion de stabilité et dans la perfection du corps, se trouve la notion de mouvement. Ainsi pour les Grecs, le stable se trouve dans l’instable, et l’instable dans le stable. C’est la psukhé qui maintient la permanence de l’identité ; et c’est le corps qui exprime le mouvement et le changement.

Ce corps vivant est nommé : Démos (proche de demo = construire ; qui donnera domus en latin qui veut dire construction, maison) ; il désigne la stature et l’allure du corps.

Ainsi, le corps visible et soumis au changement est, pour l’homme grec, trompeur et désordonné, par opposition à l’âme qui, invisible et invariante représente l’identité du sujet.

D’autre part, il y a bien une expressivité du corps qui témoigne, dans le visible, de la qualité de l’âme.

Cette expressivité, à la fois physique et morale, doit être déployée de telle façon qu’elle exprime au mieux ses qualités ; c’est pourquoi les exercices physiques sont particulièrement recommandés.

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2.1 - Le corps dans la Grèce antique
2.2 - Vème siècle avant J-C.
2.3 - Le statut du corps de la renaissance à l’âge classique
2.4 - Le statut du corps au XIXème siècle et au XXème siècle
2.5 - Bibliographie
2.1.1 - De l’épopée Homérique à Platon (13ème siècle avant J-C.)