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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

 

 

2.4 Le statut du corps au XIXème siècle et au XXème siècle

Le XIXème siècle s’inscrit dans un bouleversement total des idéologies et des valeurs traditionnelles.

Le corps-machine n’est plus l’automate ravissant des salons du XVIIIème ; il devient machine- corps humaine. La pensée scientifique se développe et triomphe. Les instruments deviennent de plus en plus performants. Les rayons X permettent de voir l’intérieur du corps, la photographie de capter l’image de l’instant, les gestes sont analysés par le cinématographe ; le microscope permet d’observer les cellules et l’électroencéphalographie rendent visible les ondes électriques du cerveau.

Darwin devient le scientifique absolu, dans le sens où il donne une place à l’homme dans l’évolution des espèces. La généalogie humaine est enfin expliquée.

Dès lors, la part artistique et créatrice appartenant à chaque homme disparaît. Ne restent plus désormais que quelques artistes décorporéisés, en marge du reste de la communauté humaine.

Ils épinglent, et mettent en représentation la violence, les forces obscures, la mort, dans une société porteuse d’une idéologie de connaissance et de progrès (Victor Hugo).

C’est le développement du romantisme, dans sa forme la plus mélancolique ; c’est le goût pour le surnaturel, le démoniaque, les songes, l’absolu, la mort.

Comme le montre Michel Foucault dans la Naissance de la Clinique, c’est la période où les plus grandes noirceurs humaines viennent au jour et s’expriment dans le langage et dans l’art (Goya, Sade, Victor Hugo, Kubin, Münch, Goethe, etc). Eros et Thanatos préoccupent l’ensemble des artistes.

Dans le Gai Savoir, Nietzsche pose la philosophie classique comme un vaste « malentendu du corps » ; il propose (Fragments Posthumes) de « prendre pour point de départ le corps et d’en faire un fil conducteur, voilà l’essentiel. Le corps est un phénomène beaucoup plus riche et qui autorise les observations plus claires... ». « Le corps est une pensée plus surprenante que jadis l’âme ».

En 1886, en opposition complète à Descartes, il confirme que : « Le phénomène corps, est un phénomène plus riche, plus explicite, plus saisissable que celui de l’esprit. Il faut le placer au premier rang, pour des raisons de méthode, sans rien préjuger de sa signification ultime » (Fragments Posthumes XVI). « En effet », ajoute-t-il, « la conscience n’est qu’un instrument ... ni le plus nécessaire, ni le plus admirable... il faut donc renverser la hiérarchie ... et conserver le spirituel comme langage chiffré du corps... » (1883 - F.P. XXIIème page 382).

En critiquant le dualisme, les philosophes du XIXème siècle cherchent une autre voie pour penser l’unité comme processus vivant lié à la perception et à la conscience ; ils cherchent à expliquer l’activité humaine prise dans une relation d’interdépendance.

En France, c’est Maine de Biran qui ouvre la voie (1823, Considération sur le principe d’une division des faits psychologiques et physiologiques). Il tente de concilier la psychologie et la physiologie du corps qui, dit-il, « sont faites pour s’entendre ». C’est l’acte volontaire (en tant qu’effet de la conscience) qui fait que « je coexiste, moi voulant, avec un corps sentant et mobile ». Mais, en même temps « je sens dans ces membres une loi qui n’est pas la mienne, et qui s’oppose à ma volonté ou à moi ».

Bergson (en 1896, dans Matière et Mémoire, ainsi que lors de sa conférence de 1912 sur l’âme et le corps) tente de résoudre le dualisme de la façon suivante :

« C’est en comprenant le mécanisme de la mémoire que l’on peut résoudre le problème de l’union de l’âme et du corps, car la mémoire pure (que Bergson nomme Elan vital dans l’évolution créatrice) étant la synthèse du passé et du présent en vue de l’avenir, se manifeste par ... des actions qui sont la raison d’être de son union avec le corps... ».

Mais malgré ses efforts, Bergson reste dualiste, dans le sens où il distingue corps et esprit, non plus en fonction de l’espace(comme Descartes) mais en fonction du Temps. C’est à la fois, une façon de s’opposer au matérialisme, et une façon de repenser le problème de l’union corps-esprit. Mais la question n’est pas résolue pour autant.

En Allemagne, c’est Husserl qui pose de façon radicale, la réalité comme immanence de la conscience (Ideen I). Cette conscience « phénomène » est alors notre façon d’être présent au monde. La conscience est toujours conscience de quelque chose. « La réalité de l’âme est fondée sur la matière corporelle et non pas celle-ci sur l’âme », écrit-il.

Cette nouvelle démarche va inspirer, en France et en Allemagne, une nouvelle manière de penser la corporéité.

En France, M. Merleau-Ponty (Phénoménologie de la Perception) s’interroge sur le corps en tant qu’énigme à déchiffrer, dans le sens ou, le corps donne à voir ce que moi-même je ne peux pas voir.

Le corps est le médiateur des affects et point de rencontre de toutes les expériences, de toutes les découvertes. Merleau-Ponty propose de retrouver l’expérience du « corps propre » en deçà du monde objectif. Il se propose de décrire l’expérience du corps sans référence à une causalité ni philosophique, ni historique, ni sociologique ; mais en se référant à une structure. Il intègre les données modernes de la neurophysiologie et de la psychanalyse. « Qu’il s’agisse du corps d’autrui ou de mon propre corps, je n’ai pas d’autre moyen de connaître le corps humain que de le vivre... Je suis donc mon corps... ».

Dans L’œil et L’Esprit (1960), à travers la question de la peinture, Merleau-Ponty pose le problème de l’art à partir de l’expérience du corps propre, dans le sens où, pour le peintre, la « vision est suspendue à son mouvement ... » « ... le mouvement est la suite naturelle et la maturation d’une vision ». « Visible et mobile, mon corps est au nombre des choses ... mais puisqu’il voit et se meut, il tient les choses en cercle autour de soi, elles sont une annexe et un prolongement de lui-même, elles sont incrustées dans sa chair... ».

Ainsi, comme le disait S. FREUD, en 1919 « le moi n’est plus maître dans sa propre maison ». La décentration de l’homme dans l’univers s’exprime à travers les sciences, les technologies, les médecines, les philosophies et les arts.

Au début du XXème siècle, le champ du savoir sur le corps et l’âme se disperse en trois modèles distincts :

La psycho-physique neurologique qui se consacre à l’étude du cerveau et de l’intelligence

La psychanalyse qui, du point de vue corporel, se consacre à l’étude de l’image du corps

La phénoménologie qui étudie le corps propre et les éprouvés corporels en relation avec autrui et le monde.

C’est de ces multiples façons de voir le corps que la psychomotricité est née. Située au carrefour des différents regards et des différents savoirs sur le corps et la corporéité, elle tente de rendre compte des multiples facettes identificatoires constituant l’unité de l’homme dans le monde. Elle s’intéresse à l’enfant comme corps à être et à construire, elle s’intéresse à l’adulte comme corps étant et s’interrogeant, elle s’intéresse au vieillard comme passé, mémoire et histoire.

A ce titre, la psychomotricité est ouverte au monde, engagée directement dans le processus évolutif de la vie de l’homme. Elle est action et passion, savoir et interrogation. Elle est vivante.

2.5 Bibliographie

« Le corps » sous la direction de J.C GODDARD et M. LABRUNE (Intégrale Van, Paris 1992)

« Le corps » dispersé de B.ANDRIEU (Editions L’HARMATTAN, Paris 1993)et tous les philosophes cités dans le corps du texte

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2.1 - Le corps dans la Grèce antique
2.2 - Vème siècle avant J-C.
2.3 - Le statut du corps de la renaissance à l’âge classique
2.4 - Le statut du corps au XIXème siècle et au XXème siècle
2.5 - Bibliographie