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Psychomotricité : Les concepts fondamentaux

Sommaire

1 - Introduction générale

2 - Histoire de la notion de corps et des thérapeutiques corporelles

3 - Les fondements théoriques de la psychomotricité

4 - Les théories du corps au XXème siècle : phénoménologie, corps propre, schéma corporel

5 - Les théories du corps au XXème siècle : psychanalyse, image du corps

6 - Les concepts d’espace et de temps

7 - L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

8 - Ethique et responsabilité en psychomotricité


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 1 - Introduction générale : délimitation du champ théorique de la psychomotricité

 

 

On peut dire que le champ conceptuel de la psychomotricité recouvre les notions fondamentales suivantes : le corps, la psyché, l’espace, le temps et la mémoire. Ces notions ont, dans l’histoire du monde occidental, intéressé tous les penseurs, qu’ils soient philosophes, médecins, physiciens, mathématiciens historiens ou sociologues.

Comment étudier ces concepts ? et comment les lier entre eux ?

Pour les étudier, il est nécessaire d’en revenir à l’histoire pour s’engager ensuite dans des voies particulières : c’est la voie de la connaissance (que puis-je connaître ?)

Pour les lier entre eux, il est nécessaire d’en passer par la pratique (que puis-je faire ?)

Mais auparavant nous devons nous poser la question de savoir ce qu’on entend par approche théorique en psychomotricité.

1.1 Qu’est ce qu’une théorie ?

Le mot théorie vient du mot grec théorein qui veut dire voir : c’est une façon de voir.

C’est à partir de ce regard théorique que l’on peut séparer le contenu d’une pensée de sa forme.

La pensée nait toujours d’un contexte particulier, un contexte spatio-temporel déterminé : en d’autre termes, elle est circonstancielle. Or, la question de la psychomotricité est la question du faire : « que faire ? », « comment faire ? »

En abordant la théorie de la psychomotricité, nous n’engagerons pas un pur jeu avec les idées mais nous nous donnerons les moyens de réfléchir sur notre pratique. Dans ce sens il faudra considérer les textes comme une « nourriture » pour ensuite pouvoir penser par soi-même.

Penser et agir supposent une prise de position par rapport au monde ; ils supposent une dialectique, c’est à dire s’opposer des arguments à travers des discours et des actes. Le dialogue verbal est donc un rassemblement de la pensée de même que le dialogue tonico-émotionnel est un rassemblement d’actes.

1.2 Que peut-on savoir ? Qu’est-ce qu’une science ?

Une science est un ensemble de connaissances et de recherches ayant un degré suffisant d’unité, de généralités et susceptibles d’amener les hommes qui s’y consacrent à des conclusions concordantes et que l’on confirme par des méthodes de vérification définies.

Une science a un objet théorique déterminé : c’est un savoir spécialisé, une EPISTEME (qui, en grec veut dire : se tenir à côté, au dessus de...). C’est un domaine de compétence.

Le système de pensée du monde occidental a pris sa source chez les penseurs grecs qui, eux-mêmes ont été influencés à l’origine par certains systèmes de pensée orientaux.

Retrouvons les origines :Dans la grèce ancienne pré-platonicienne, les penseurs (ils ne s’appellent pas encore philosophes) pensent la totalité de ce qui est, sans distinguer une théorie d’une pratique. La théorie est un moyen de la pratique. Il y a une harmonie entre la théorie et la pratique (harmonie, en grec, veut dire alliance des contraires, ajointement.) et celui qui voit l’harmonie, l’ajointement des contraires, est émerveillé, étonné, en quelque sorte, frappé par quelque chose. Or, voir l’alliance des contraires est voir également l’harmonie entre le corps et l’esprit, voir le tout de la personne. Pour donner un exemple, les penseurs voient la nuit dans le jour, c’est à dire l’invisible dans le visible. Ils voient l’universel, en quelque sorte, et sont en accord avec ce savoir (Héraclite). Nous avons perdu aujourd’hui cette « façon de voir » et pourtant, pour faire notre métier, il faut être ouvert à la dimension de l’émerveillement, de l’harmonie (du Thaumazein), et refuser d’une certaine manière, la séparation totale entre l’homme et l’univers, entre la matière et l’esprit. Ce que nous retrouvons dans certains systèmes de pensée orientaux.

Pour construire une théorie de la psychomotricité, il faut se situer non pas au niveau de la connaissance pure (le savoir des sophistes) mais au contraire, il faut se situer au niveau de l’interrogation. S’interroger c’est créer une tension entre le savoir-faire et le savoir, c’est créer une dynamique entre le logos (le discours, la parole) et la praxis (la pratique).

C’est ce que nous pouvons retenir de la pensée pré-socratique.

Platon rompt avec ce système de pensée en mettant le logos au centre du dispositif du savoir.

S’il fonde l’Académie, il n’y fait pas de cours car la philosophie est pour lui dialectique. C’est un rassemblement de la pensée où les interlocuteurs expriment des opinions diverses et opposées.Aristote pense, au contraire, que la philosophie est enseignable, c’est pourquoi il fonde le lycée qui sera à l’origine des premiers cours qui enseignent la pensée à visée universelle : l’université.

Il divise la philosophie scolaire en trois disciplines :

  • La logique qui est la science de la forme, c’est la mathématique comme instrument de la pensée ; son objet est l’universel
  • La physique qui est la science de la vie, c’est la biologie en tant que puissance de nature et de reproduction ; son objet est d’étudier la totalité de ce qui est, dont l’homme est une partie.
  • L’éthique qui est la science de l’homme singulier en tant qu’il agit ; son objet est le jugement d’appréciation ou de valeur entre ce qui est bien ou mal.
L’éthique est une certaine façon de réfléchir sur la pratique.

Cette pratique se réalise selon deux modalités :

  • Soit sous forme d’art (c’est la poiesis : l’art produit un objet réalisé en dehors du sujet)
  • Soit sous forme d’action (c’est la praxis : ce qui se réalise en dedans du sujet avec l’idée qu’il y a quelque chose en dedans de nous sur laquelle nous pouvons agir, dans ce sens, la pensée est une praxis)

PRAXIS = action ces deux manifestations de la pratique portent sur un domaine    
POIESIS = production susceptible de changement (cela peut ou ne peut pas se faire)    

et sont en opposition avec EPISTEME qui est le savoir théorique.

1.3 Qu’est-ce qu’un concept ?

C’est une idée, en tant qu’abstraite et générale ou susceptible de généralisation.

Abstrait renvoie à séparation : c’est une opération qui se fait dans l’esprit et qui appartient à la représentation.

Géneral renvoie à l’idée de classification : est général ce qui appartient à plusieurs individus.

Dans cette perspective, le concept se situe à la fois du côté du sujet de la connaissance (représentation) et du côté des catégories d’objet (classification)

Le concept scientifique désigne la théorie de la connaissance.

Dans le premier temps de cet enseignement, nous aborderons les concepts de corps, d’espace, de temps, de mémoire et d’éthique : nous ferons de l’épistémologie.

Dans un second temps nous interrogerons, nous mettrons en tension ce savoir au regard de la clinique et de la pratique psychomotrice.

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1.1 - Qu’est ce qu’une théorie ?
1.2 - Que peut-on savoir ? Qu’est-ce qu’une science ?
1.3 - Qu’est-ce qu’un concept ?