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Modalités d’observation et d’évaluation des fonctions psychomotrices aux différents âges de la vie

Sommaire

1 - Les interactions précoces entre le bébé et ses partenaires

2 - Les compétences du bébé


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 1 - Les interactions précoces entre le bébé et ses partenaires

 

 

Pendant longtemps, le bébé a été souvent considéré comme un être passif, subissant les influences de son environnement et, en premier lieu, de sa mère.

Seule Mélanie KLEIN, dans les années 1930, à partir des psychanalyses effectuées avec les jeunes enfants, avait proposé une conception du développement qui considérait que le nourrisson et le jeune enfant avaient une vie psychique et relationnelle propre.

Actuellement, la relation entre le bébé et son entourage est envisagée comme un ensemble de processus bidirectionnels, où le bébé n’est pas seulement soumis aux influences de cet entourage mais est encore à l’origine de modifications tout à fait considérables de celui-ci.

Le modèle théorique correspond à une spirale transactionnelle (ESCALONA, 1968) ou interactionnelle. L’enchaînement complexe de processus bidirectionnels ne se développent pas en cercle fermé mais plutôt en spirale.

Définition dico, interaction : influence réciproque de deux phénomènes, de deux personnes è notion de réciprocité et d’interdépendance.

Les interactions se définissent en général comme l’ensemble des phénomènes dynamiques qui se déroulent dans le temps entre un nourrisson et ses différents partenaires.

La conception de la relation mère-bébé s’est modifiée. Il ne s’agit plus de concevoir la relation sur un mode d’une causalité linéaire ou d’une addition de facteurs maternels et de facteurs liés au nourrisson.

Maintenant, on parle de théorie transactionnelle qui s’énonce ainsi :

L’environnement (mère ou père) et le nourrisson s’influencent l’un l’autre dans un processus continu de développement et de changement.

Le couple mère-enfant vit pendant quelques mois en état de symbiose. L’un et l’autre sont indissociables, ainsi tout comportement de l’un des partenaires provoque une modification chez l’autre, et ainsi de suite. L’interaction s’envisage dans un continuum d’échanges où chacun agit et réagit.

1.1 Les trois niveaux de l’interaction

LEBOVICI, MAZET, VISIER en 1989, à partir de leurs nombreux travaux sur les interactions précoces, ont définit 3 niveaux d’interactions : comportementales, affectives et fantasmatiques.

1.1.1 Les interactions comportementales

Encore appelées interactions réelles concernent la manière dont le comportement de l’enfant et celui de la mère s’agencent l’un par rapport à l’autre.

Ces interactions directement observables entre la mère et son bébé se situent dans différents registres, dont trois principaux : corporel, visuel, vocal.

Les interactions corporelles
Elles concernent la façon dont le bébé est tenu, porté, manipulé et touché. WINNICOTT (1975) parle de holding physique et de holding psychique, c’est-à-dire comme la mère porte son bébé dans sa tête au niveau de ses représentations psychiques. Il décrit aussi le handling, la manière dont l’enfant est traité, manipulé par la mère.
Un ensemble de jeux corporels va s’organiser. AJURIAGUERRA (1970) parle de « dialogue tonique » permettant des ajustements corporels interactifs entre l’enfant et sa mère. Il y a ainsi une véritable interaction entre les postures des partenaires et donc entre le tonus musculaire de chacun d’eux. Détente corporelle globale ou partielle, raidissement localisé ou généralisé peuvent affecter l’un et/ou l’autre partenaire. Les contacts peau à peau constituent une modalité interactive souvent intimement liée au dialogue tonique.
Dès les minutes suivant l’accouchement, on observe fréquemment la mère toucher le corps de son nouveau-né, d’abord du bout des doigts, puis, après quelques minutes, le caresser avec l’ensemble de la main. Quelques semaines plus tard, les contacts peau à peau s’enrichissent, à certains moments, d’un caractère ludique.
Les interactions visuelles
Elles concernent le dialogue œil à œil, appelé également la rencontre des regards ou regard mutuel qui représente l’un des modes privilégiés de communication entre l’enfant et la mère induisant des affects chez cette dernière.
WINNICOTT a introduit la notion de « miroir » : « la mère regarde le bébé et ce que son visage exprime est en relation directe avec ce qu’elle voit ». Le regard est un organisateur qui fonde la première relation d’objet.
Au cours de l’alimentation, au sein ou au biberon, les nourrissons, dès la deuxième semaine, fixent le visage de leur mère pendant une fraction significative de la tétées. Le regard de la mère vers le bébé semble encore augmenter sa tendance à la regarder.
Les interactions vocales
Elles sont un mode privilégié de communication qui traduit des besoins et des affects chez le bébé permettant d’exprimer ses désirs. Les cris et les pleurs sont le premier langage du nourrisson. La voix donne un tempo à l’interaction qui va permettre à l’enfant d’anticiper et de s’organiser. Les interactions vocales sont importantes pour l’harmonisation de la relation. Pour BOWLBY, les interactions vocales jouent un rôle important dans l’attachement, comme une sorte de « cordon ombilical acoustique » (Sander et Julia).
La parole est utilisée par les mères souvent dès les premiers instants de leur relation avec leur bébé. A cette période néonatale, la motricité des bébés paraît parfois entraînée par la parole de la mère et synchronisée avec elle.
Le « baby-talk » (parler-bébé) revient souvent dans les interactions de jeu banale avec les bébés surtout d’environ 6 mois.
La conception de l’acquisition du langage a été profondément modifiée par la prise en compte des processus d’interaction parents-nourrisson. Aujourd’hui, l’apprentissage du langage est considéré comme étant en partie celui du dialogue.
Pour BRUNER, l’acquisition du langage est fondamentalement basée sur les processus d’interaction mère-nourrisson. Selon cet auteur, la mère et le bébé sont dès la naissance engagés dans des « tâches réalisées conjointement » : allaitement, jeu, exploration d’un objet, etc. Avec le temps, la structure de ces tâches s’enrichit d’une série de conventions qui impliquent les deux partenaires et qui pourrait modeler celle de la grammaire initiale.

La qualité des échanges mère-bébé (pauvreté ou richesse) apparaissent dans les activités de la vie quotidienne qui rythment la journée du bébé : les soins, les repas, les temps de jeux.

En fonction de l’ajustement entre la mère et le bébé, l’interaction sera harmonieuse ou dysharmonieuse. Les ajustements se situent au niveau de la perception des signaux, leur déchiffrage et l’adéquation de la réponse de chacun des partenaires.

1.1.2 Les interactions affectives

Elles concernent le climat émotionnel ou affectif des interactions, le vécu agréable ou déplaisant de la communication. Il s’agit des influences réciproques de la vie émotionnelle du bébé et de celle de sa mère. STERN (1989) parle d’accordage affectif ou harmonisation affective entre la mère et l’enfant. Les affects constituent l’objet même de la communication dans le « jeu mère-nourrisson », surtout pendant les premières semaines et premiers mois. La tonalité affective globale des échanges entre les partenaires de l’interaction permet de dégager des sentiments de plaisir, bien-être, tristesse, ennui, indifférence, insécurité, excitation, voire de la haine…

STERN donne un exemple :

un nourrisson de 9 mois frappe de la main un jouet de consistance douce, d’abord avec une colère, puis, progressivement, avec plaisir, exubérance, et humour. Il adopte un rythme régulier. La mère adopte ce même rythme et dit « kaaaaaaa-bam, kaaaaaaa-bam », « bam » coïncidant avec le coup sur le jouet, et le « kaaaaaaa » accompagnant le moment où le bras du bébé s’élève et reste suspendu en l’air, moment plein de suspense, avant de frapper le jouet. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’une simple imitation du comportement du bébé par la mère. Celle-ci utilise une autre modalité (la voix, dans cet exemple) que celle par laquelle le nourrisson s’exprime (le geste). L’« appariement » mère-nourrisson est intermodal ou transmodal.

Selon STERN, les conduites d’accordage peuvent être observées dès les premières interactions mère-nourrisson. Mais c’est vers 9 mois environ que l’accordage affectif est pleinement développé, car c’est vers cet âge que les bébés « découvrent qu’ils ont une psyché et que d’autres personnes ont des psychés séparées ».

1.1.3 Les interactions fantasmatiques

La notion d’interaction fantasmatique a été étudie par KREISLER, CRAMER et LEBOVICI. Ils prennent en compte l’influence réciproque du déroulement de la vie psychique de la mère et de celle de son bébé, aussi bien dans leurs aspects imaginaires, conscients, que fantasmatiques, inconscients. L’interaction fantasmatique va donner sens à l’interaction comportementale.

Les fantasmes rendent compte des modalités d’investissement des objets par les pulsions ou les désirs. Ils sous-tendent toutes les relations.

Chez les adultes, la proximité d’un bébé, sa présence dans les bras par exemple, semble réactiver la vie imaginaire et fantasmatique ; la mère parle aisément de son enfant imaginaire. Le bébé, à peine conçu, est l’objet d’un « mandat familial qui peut confirmer les vertus ou réparer les drames » LEBOVICI. Les confrontations entre ce bébé des rêveries et celui de la réalité sont l’occasion d’un deuil.

On peut hésiter à parler de vie fantasmatique chez le très jeune enfant et pourtant il dispose très tôt d’un système de représentations mentales. Grâce à l’excitation des zones érogènes le bébé peut « halluciner » la satisfaction et imaginer le plaisir qui vient de l’objet qu’il se représente. « Les soins maternels et leurs vicissitudes sont pourvoyeurs de fantasmes chez le bébé » LEBOVICI.

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1.1 - Les trois niveaux de l’interaction
1.2 - Les interactions père-nourisson
1.3 - Les troubles des interactions
1.4 - Bibliographie
1.1.1 - Les interactions comportementales
1.1.2 - Les interactions affectives
1.1.3 - Les interactions fantasmatiques