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Dialogue corporel et danse-thérapie

Sommaire

Avant-propos

Introduction : construire le corps

1 - Structuration psychocorporelle / dialogue corporel

2 - La danse-thérapie : le mouvement et la danse

3 - Le corps-conscience, ce que savent les danseurs

4 - Sensation, analyse et intuition : les techniques de conscience du corps

5 - Danse-thérapie et dialogue corporel : expériences avec des personnes polyhandicapées

Bibliographie de base


Tous droits de reproduction réservés aux auteurs


traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 4 - Sensation, analyse et intuition : les techniques de conscience du corps

 

 

Le danseur ne peut se satisfaire d’un corps ordinaire... Parvenir à un niveau professionnel suppose un travail de longue haleine qui n’est pas plus physique que mental. Car il s’agit de travailler dans une optique psychosomatique au sens large du terme. Il n’y a pas d’esprit qui domine la matière mais un ensemble complexe qui articule différents niveaux en interaction. La pensée, l’imagination, l’émotion sont également musculaires, et pour les étudier, le danseur affine sa perception des mécanismes en jeu.

Ce type de travail est très net chez les danseurs contemporains. Rappelons que la modern’dance est née à partir des travaux de Delsarte, Dalcroze et Laban, réalisés à la fin du XIXème siècle et au début du XXème. Ces trois théoriciens étaient avant tout des praticiens et des observateurs exceptionnels. Tous trois s’inscrivaient en faux contre le geste symbolique qui régnait dans la danse d’alors et affirmaient la nécessaire adéquation entre un état imaginaire et/ou émotionnel et un mouvement ou une posture. En d’autres termes, pour exprimer l’élévation, il existe d’autres moyens que de lever les yeux au ciel ou de monter en arabesque sur pointe. Tous les pionniers de la modern’dance ont été à l’école de ces précurseurs. La danse moderne est donc ancrée dans une recherche psychosomatique.

Alors que dans les années 80 les post-modernes semblaient avoir quelque peu abandonné la recherche de nouveaux modèles du corps, on assiste depuis peu à un engouement pour diverses techniques qui sortent de la pratique spécifique de la danse et visent une optimalisation en faisant appel à divers procédés. Le champ exploré est vaste : eutonie, méthode Feldenkrais, Barthenieff, technique Mathias Alexander, idéokinésis (visualisation), yoga, tai-chi-chuan, kinomichi, kinésiologie... Le terme commode de release-technique regroupe ce type de pratiques qui visent la prise de conscience de certains mécanismes corporels pour obtenir une mobilité physiologique optimale, c’est-à-dire avec un minimum de tensions1.

4.1 L’intérêt des danseurs

A un niveau pratique, si tant de danseurs se tournent vers les release techniques, c’est parce qu’elles valorisent le travail traditionnel et permettent de dépasser plus facilement certains problèmes techniques. D’autre part, elles permettent un travail sur la qualité du mouvement en affinant l’adéquation entre imagination et réalisation motrice (imagination étant ici pris au sens large de capacité de créer des images ou de se représenter mentalement quelque chose). Le sentiment le plus évident et qui fonde pour le danseur la légitimité de ces pratiques est celui d’une aisance. Dans ce domaine, éprouver c’est prouver.

A un niveau théorique implicite, les release-techniques valorisent un modèle du corps globalisant qui trouve écho dans la pratique des danseurs (le concept de modèle est ici pris au sens épistémologique, à savoir une construction simplifiée et simplificatrice de la réalité qui se construit selon différentes logiques - inférentielle, déductive, anticipatoire - et qui peut être ou non scientifique). Cette globalité est affirmée à deux niveaux, locomoteur et psychosomatique.

  • Sur le plan locomoteur, la globalité est la pierre d’angle du travail technique en danse, quelle que soit la discipline. Un bon travail de jambe ou de coup de pied ne peut être segmentaire, mais toujours relié à la totalité du corps. Ainsi, le tonus de la main ou des lèvres, la mobilité oculaire, sont liées à la tenue du dos. La position des doigts en classique ou le fameux sourire peuvent donc se comprendre dans une logique musculaire et articulaire globale. C’est encore beaucoup plus évident dans le travail en danse moderne qui définit des trajets d’énergie. On peut comprendre ici la réticence des danseurs vis-à-vis de l’anatomie, la biomécanique ou la kinésithérapie classiques qui parlent d’un corps segmenté, c’est-à-dire morcelé. Sur le plan thérapeutique, beaucoup se tournent vers des approches globales telles que la méthode Mézières ou le travail sur les chaînes musculaires. Il ne s’agit pas là de concepts parallèles. La notion de solidarité articulaire et musculaire est maintenant bien établie grâce aux travaux de pionniers tels que Kabat, Mézières, Bourdiol, Rowlf, G.D. Struyl..., et se trouve de plus en plus intégrée aux programmes d’enseignement officiels. On pourrait également citer l’ostéopathie, qui elle prête davantage à discussion.
  • Nous avons déjà évoqué la globalité psychosomatique. Les release techniques font appel à l’imagination, l’analyse, l’observation, les perceptions internes ou externes. Il s’agit de connaître son corps, de le sentir, mais aussi de connaître et sentir corporellement. Il n’y a pas ici dualisme comme on peut le déceler dans une conception hiérarchique qui asservirait le somatique au psychique. En revanche, le danseur doit assumer la dualité entre esprit et matière. Celle-ci se fait lourde et opaque dans la maladie, la douleur, la fatigue, la dépression... Dans la danse, et particulièrement dans les états de grâce, elle s’allège. Les release-techniques permettent au danseur de réaliser son rêve de transparence du corps.



1. Rouquet O., Les techniques d’analyse du nwvement et le danseur, Paris, diffusion Fédération française de Danse (1985)

 

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4.1 - L’intérêt des danseurs
4.2 - Vers une systématique des techniques de conscience du corps
4.3 - Conscience, volonté et volontarisme