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Dialogue corporel et danse-thérapie

Sommaire

Avant-propos

Introduction : construire le corps

1 - Structuration psychocorporelle / dialogue corporel

2 - La danse-thérapie : le mouvement et la danse

3 - Le corps-conscience, ce que savent les danseurs

4 - Sensation, analyse et intuition : les techniques de conscience du corps

5 - Danse-thérapie et dialogue corporel : expériences avec des personnes polyhandicapées

Bibliographie de base


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 1 - Structuration psychocorporelle / dialogue corporel

 

 

1.5 Sortir de l’enveloppe

Le travail de rassemblement n’a pas pour but un confinement narcissique. Il faut induire le jaillissement, les aller-retours entre dedans et dehors, entre ouvertures et fermetures.

Dans le travail du cercle, cela se joue sur la base d’alternances : dilatation / rétractations, endroit / envers, désordre-nœuds / ordre... sans parler des passages au milieu ou à l’extérieur du cercle qui permettent à chacun de vivre différentes position par rapport au groupe : dedans, dehors, enveloppé, contre...

Les repoussés abordés plus haut sont bien sur aussi un travail de jaillissement. Physiquement, on aborde également ce jaillissement dans des jeux de sauter, en particulier sauter en prenant appui sur les deux pieds.

Enfin, le travail du rythme est ici capital. Il y a dans le rythme un véritable cycle tonique avec alternance entre tension, rétention et détente. Et le rythme lorsqu’il est juste induit une densification axiale dynamique. Le travail des rétentions est important. Les premiers rythmes sont sans rétention. Judith KESTENBERG parle de rythme oral de type sinusoïdal comme celui de la succion ou de la caresse. Les temps forts vont avec le travail de rétention et correspondent à la problématique anale. Au niveau postural, c’est la construction de la tonicité du complexe abdominaux profonds (transverse de l’abdomen) / psoas / diaphragme et chaîne musculaire axiale profonde, ce qui permet en fait l’axialité et la verticalité. France SCHOTT-BILLAMNN analyse le rythme comme matrice qui permet de jouer la problématique fusion/défusion et individuation, ce qui est une autre façon de décrire ce processus.

1.6 Les systèmes : matière première du corps

Lorsque nous travaillons sur le corps, nous visons une intégration globale somatopsychique. La question essentielle est : « quelle expérience supporte ce système ou cette structure » ?

Par systèmes, j’entends les grandes organisations du corps prises par catégorie : l’os et le squelette, la peau, le muscle, l’organique, les ligaments, les liquides, le tissu nerveux, les glandes...

J’ai déjà beaucoup parlé de l’os. A partir de là, on peut poser la question : si je travaille l’os et le squelette chez quelqu’un, qu’est-ce que cela va lui permettre de vivre et d’intégrer ?

Avec l’os, j’aborde en fait les notions de densification axiale, de consistance nucléaire, de cohérence vibratoire. Je nourris une expérience du solide en soi, sur quoi on peut s’appuyer et qui permet le relâchement d’autres systèmes, en particulier le jeu tonique (musculaire et organique).

Avec la peau, j’aborde bien sûr le système d’enveloppe et de limitation, mais aussi d’échanges. La peau est un organe hautement relationnel, lieu de fonctions immunitaires, c’est-à-dire de différenciation soi/non-soi.

L’organique soutient un travail pulsionnel. C’est le fonctionnement souterrain...

Chaque système peut être exploré, investi, visité et devient support à une expérience de soi et de la relation spécifique. C’est aussi support à une certaine qualité de mouvement. J’insiste généralement au début sur l’os parce que cela met des repères, crée des garde-fou. Entrer dans l’exploration des systèmes en général est en soi un chapitre immense. L’essentiel est déjà de réaliser que c’est possible, qu’il y a là quelque chose à chercher, ce qui est loin d’être évident.

1.7 Les jeux moteurs

Le dialogue corporel se fait aussi par le mouvement. Nous cherchons à « provoquer » du mouvement, et surtout à sortir nos partenaires de schémas restreints qui les confinent toujours dans le même registre. Ce paragraphe aurait tout aussi bien pu être dans la 2° partie qui aborde la danse. Je parle ici des jeux moteurs qui ont pour visée de développer le schéma corporel et les coordinations. Il s’agit de situations ludiques qui amènent les participants à explorer des catégories de mouvement inhabituels.

Par exemple les torsions. Lorsque le mouvement s’appauvrit, on note que les torsions disparaissent. Or dans le mouvement « spiroïde », c’est à dire avec des vrilles, des spirales, des torsions, il y a une harmonisation. Tous les groupes musculaires sont en effet mis en jeu, et mis en relation les uns par rapport aux autres.

Autre exemple : la notion de point fixe. Je peux bouger ma main sans bouger le buste, c’est alors le buste qui est point fixe. Les mêmes muscles peuvent travailler tout différemment si j’inverse le point fixe, si par exemple je bouge le buste en laissant la main point fixe.

Une situation typique pour aborder ces deux points est le « jeu des deux mains au sol » : tout est permis, à condition que les deux mains restent en contact avec le sol, quelle que soit la partie de la main. Cela amène l’élève à beaucoup de contorsions. Cela se complique et devient plus drôle lorsqu’on se met à deux, pour créer trois points de contact.. On peut essayer à quatre, cinq ou plus. Il y a alors différentes possibilités (à chercher...). Dans ce travail, on voit apparaître les torsions et les mains étant relativement limitées, le reste du corps bouge beaucoup autour d’elles.

D’autre jeux sont proches ; il suffit de se donner des contraintes généralement simples :

  • Transposer à d’autres parties du corps : au lieu des deux mains au sol, mettre un pied et la main opposée...
  • Saisir sa cheville (avec la main opposée et bouger comme on peut. Demander de voyager dans la pièce.

Cela peut aussi se faire à deux ou à trois.

  • avec un partenaire, mettre les deux têtes en contact et ne pas se quitter
  • les deux pieds se touchent. Explorer comment bouger, se déplacer en laissant les deux pieds toujours en contact : Un pied se déplace autour de l’autre...
    Pour se déplacer dans la pièce : observer comment le poids du corps se transfère d’un pied à l’autre (attention à laisser les bras tranquilles, le long du corps un pied peut très bien quitter le sol s’il reste en contact avec l’autre pied
  • Transférer ce principe au sol avec les mains, puis élargir aux avant-bras et à tout le corps. On peut chercher la formule à deux...
  • Se donner trois points d’appui au sol. Dès qu’on en enlève un, un autre vient le remplacer. Avancer ainsi.
  • Marcher... avec autre chose que les pieds : genoux, mains, ischions, couché sur le côté...
  • Bouger en ne voyant jamais ses mains / bouger en regardant toujours au moins une main.
  • Déposer au sol successivement le bassin, la tête, le thorax... Déposer dans des ordres différents, et des configurations différentes.
  • Rouleaux : un partenaire se couche perpendiculairement sur un autre qui roule. Celui du dessus se trouve comme sur un tapis roulant. S’il y a plusieurs personnes en dessous, côte à côte à rouler, cela fait un petit voyage qui demande pas mal d’ajustement tonique.
  • Etc...

D’une façon générale, chaque situation peut être développée : on peut reprendre à deux ou plusieurs, transposer (à d’autres parties du corps, d’autres espaces, par exemple faire quelque chose debout puis couché, faire changer les niveaux).

Faire faire parfois les yeux fermés permet d’intérioriser, d’être plus dans sa kinesthésie. Demander de temps à autres de suspensions, qui permettent de repartir avec davantage de conscience.

Souvent très instructif : demander aux participants de trouver un développement à une situation.

Un aspect important de ces situations est l’interaction entre partenaires. C’est une façon d’apprendre à fonctionner avec d’autres, d’entrer dans le corps-à-corps, c’est à dire dans le dialogue tonique et postural.

La plupart de ces situations peuvent évoluer vers la danse. On peut y adjoindre des consignes musicales (de rythme, d’amplitude, de « stops »...).

Je recours souvent à ce genre de travail lorsqu’il faut introduire une rupture dans un travail un peu trop intense. C’est aussi souvent un bon moyen dans un groupe où les gens ne se connaissent pas.

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1.1 - Fonction tonique
1.2 - Quelques clés de travail
1.3 - Construction identitaire et corps
1.4 - Construction corporelle et construction identitaire
1.5 - Sortir de l’enveloppe
1.6 - Les systèmes : matière première du corps
1.7 - Les jeux moteurs