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Psychomotricité : Expressivité du corps

Sommaire

L’expressivité du corps en psychomotricité

1 - Introduction

2 - Perspective théorique

3 - Pratique

4 - Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Pratique

 

 

Dans la pratique psychomotrice, l’expressivité du corps en tant que technique du soin en psychiatrie acquiert un sens, dans la mesure ou l’être humain, fragilisé par sa maladie, devient moins apte à vivre et à exprimer, avec son corps, les afférentes sensorielles de la vie quotidienne.

L’idée générale consiste donc à faire en sorte que les patients redécouvrent les potentialités imaginaires de leur corps afin de les transformer, au moyen de l’expressivité, en représentations symboliques.

Comment faire ?

Nous allons utiliser toutes les possibilités expressives que nous avons à disposition dans notre corps. Soit :

  • La voix et la musique ;
  • Le toucher ;
  • Le regard ;
  • Le mouvement.

Conviant, non seulement, à la découverte de la multiplicité du fonctionnement corporel, mais présidant aussi, à travers leurs articulations réciproques, à la mise en place d’actes créateurs qui comme tels, deviennent alors signifiants de la langue.

Ainsi, on peut dire que se sont véritablement des « paroles du corps » qui s’expriment au cours de ce travail.

Contenu des séances

Il porte sur trois axes :

  1. Le dialogue tonico-émotionnel
  2. L’acte créateur
  3. La représentation

Il y a une progression à la fois, dans le cadre de chaque séance et dans la succession des séances. Il est donc utile de respecter l’ordre des trois axes.

Néanmoins, il est possible, dans le cadre d’une même séance, de travailler successivement ces trois axes, en respectant la progression, naturellement.

3.1 Le dialogue tonico-émotionnel

Présidant au dialogue Tonico-Emotionnel, nous engageons les premières séances par une série d’exercices sur le toucher.

Le toucher
  1. les sensations corporelles - Exemple -
    Allongé au sol, dans la posture que l’on veut (sur le dos, sur le ventre, sur le côté, etc...). Il s’agit de sentir :
    • le sol qui vous porte
    • la peau, le vêtement
    • le froid ou la chaleur
    • la respiration
    • le lourd et le léger
    • etc...

    On est à l’écoute des sensations corporelles ; d’une certaine façon on essaye de sentir « vivre » son corps. Il s’agit, non seulement de percevoir les sensations corporelles, d’être à l’écoute de leur existence, mais il s’agit aussi de repérer les zones muettes du corps ; celles qu’on ne sent pas, ou mal. Ce qui est connu ou inconnu de son corps. Tout autant que ce qu’on aime ou ce qu’on déteste... Est-ce agréable, désagréable ? Non seulement, il s’agit d’éprouver les qualités perceptivo-sensorielles de son corps, mais il est demandé également, de mettre « en mémoire » le vécu corporel, car à la fin de chaque séance ces expériences se « mettront en mots ». Il s’agira alors de confronter l’éprouver du corps à sa mémoire.
    Parler de son corps n’est pas facile : c’est un premier pas vers la représentation symbolique.
    L’essentiel n’étant pas de « tout » sentir (car « tout » sentir équivaudrait à prendre son corps pour un ordinateur), l’essentiel est de « prendre conscience ».
    Nous pouvons dire ici : « prendre corps » ; de ses trous, de ses vides, de ses absences, de ses difficultés ; et d’accepter qu’il y ait dans les sensations corporelles des failles, identiques à celles qui émaillent le discours.
  2. L’enveloppe corporelle - Exemple -
    Il s’agit d’explorer son corps avec d’autres parties du corps, de telle façon que l’on puisse modifier les sensations qualitatives de l’enveloppe corporelle.
    Cet exercice inaugure la prise de conscience du mouvement. Il révèle la qualité tonique du corps propre et met en jeu le couple activo-passif : « toucher - être toucher ». Il délimite ainsi l’espace typologique du corps et nous invite à explorer son espace proche.
  3. Espace du corps par rapport à l’espace proche
    Il s’agit de sentir la circulation de l’air, sa fluidité et ses résistances sur la peau, afin d’arriver aux limites de l’exploration de l’espace sans déplacement du corps.
  4. L’espace environnant - Exemple
    Le corps se déplace et, petit à petit, explore l’ensemble de l’espace de la pièce, y compris les objets et les autres participants situés sur son trajet.
    Arrêt, retrait, départ, rencontre, évitement : il s’agit d’aller à la découverte de ses capacités à toucher, à être toucher, à se laisser ou non toucher, etc...
    Puis, progressivement, on revient à la sensation de son espace corporel personnel.
    Là, s’expérimente le premier rapport à l’autre, la découverte de sa singularité et de son altérité essentielle.
Le regard
C’est à travers le regard de l’autre que l’on se voit. C’est dans cet esprit que nous proposons une série d’exercices invitant à la découverte de son propre regard pris dans le regard de l’autre.
  1. La découverte du regard :
    • se regarder
    • regarder
    • être regardé

    Exemple : se regarder de près, de loin, s’inviter, s’éviter, s’approcher, se repousser,
    Ces exercices peuvent se réaliser, deux par deux, en groupe ou seul face au miroir ; le corps accompagne toujours l’expression du regard.
  2. La qualité du regard
    Exemple : les regards peuvent être fuyants, obscurs, séduisants, amusés, orageux, transparents, limpides...
    Il s’agit ici de découvrir toutes les possibilités expressives du regard.
    C’est au-delà du voir que se trouve le regard.
La voix
La voix ne sert pas seulement à parler, par sa modulation tonale elle exprime aussi bien, l’accord, le désaccord, l’impatience, la souffrance, la joie... Et si, souvent, le signifié de la langue vient à en masquer ses qualités expressives, les exercices proposés invitent à faire apparaître sa dimension cachée.
Il s’agit bien ici d’explorer le fait que la source de la voix soit le corps.
Nous travaillons successivement : le souffle, le son, l’harmonie
Le souffle
Exemple : allongé au sol, sur le dos, nous expérimentons les variations de la respiration dans son intensité et sa durée.
Le son
Exemple : assis, les yeux fermés, nous explorons le monde sonore, de façon forte ou faible, continue ou discontinue... Nous utilisons les voyelles, les consonnes, les onomatopées... Nous explorons le crescendo et le diminuendo de la voix, sa tessiture, son timbre...
L’harmonie
Exemple : debout, les yeux fermés, il s’agit de se déplacer dans l’espace en émettant, « mezzo-voce », un son continu. S’il advient que durant son parcours on rencontre « un autre son », après un arrêt probable, il sera nécessaire de se mettre à l’écoute de l’autre et de tenter de s’y accorder ; le tout en réciprocité, bien entendu.

De manière succincte et à titre indicatif, nous avons fait apparaître, à travers l’exposé de certains exercices, l’importance de la découverte des sensations corporelles.

Celles-ci instaurent la construction d’un dialogue tonico-émotionnel, qui, pour diverses raisons, a pu ou non s’inscrire, ou bien s’inscrire mal et douloureusement dans la vie des patients.

Exemple :

C’est ainsi, et dans cette direction, que nous sommes amenés à proposer un exercice qui engage un véritable dialogue tonico-émotionnel et où sont mis en jeu, simultanément, le toucher, le regard et la voix. Cet exercice se conduit à deux.

Un des deux participants se place dans une posture qui va évoquer pour lui, au plus près, une difficulté corporelle à communiquer avec l’autre. C’est une sorte de posture de « fermeture au monde ». Toutefois le participant est prêt à l’échange avec l’autre. Pour peu qu’il rencontre quelqu’un qui sache en trouver « la clef ».

Le partenaire doit d’abord observer la posture du premier sans le toucher ni lui parler. Il doit trouver corporellement le moyen d’entrer en communication avec lui, et, dans une attente essentielle, s’en inspirer pour lui-même. Ce temps d’attente est le plus important de l’exercice car il va déterminer la façon dont aura lieu la prise de contact avec l’autre.

Puis vient le début de la rencontre, dans un premier temps à l’aide du toucher, et ensuite si on le désire, avec la modulation vocale.

Petit à petit la rencontre pourra ainsi s’établir et le dialogue s’instaurer. (Quelquefois la rencontre « n’a pas lieu ») et cela permet au premier participant de « s’ouvrir » à l’autre, littéralement.

Ces engagements corporels serviront de support aux actes créateurs et à leurs représentations.

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3.1 - Le dialogue tonico-émotionnel
3.2 - L’acte créateur
3.3 - La représentation
3.4 - Le cadre de travail