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Psychomotricité : Expressivité du corps

Sommaire

L’expressivité du corps en psychomotricité

1 - Introduction

2 - Perspective théorique

3 - Pratique

4 - Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Pratique

 

3.3 - La représentation

 

La fonction de représentation inclut la mémoire et le temps.

Elle est subordonnée à la relation. En effet, toute représentation suppose au moins, un acteur et un spectateur. Or la dialectique du voir/être vu constitue à la fois un plaisir et une inhibition de l’expressivité du corps. Ce travail sur la représentation va permettre au patient, de confronter son moi au regard de l’autre. Ce que le patient éprouver dans ce travail, c’est sa facilité ou sa difficulté à être sous le regard de l’autre.

3.3.1 La mémoire

  1. la mémoire sensorielle
    L’imagination agit en fonction de trois facteurs qui s’interpénètrent et qui éveillent des réactions : sensorielles, émotionnelles, et motrices.
    Une manière de mettre à distance ces réactions est de travailler sur une grande concentration. Dans un premier temps, celle-ci sera engendrée par des exercices sur des objets se rapportant à la mémoire des sens. Ces objets peuvent être matériels ou imaginaires, ou bien encore, empruntés à la mémoire sensorielle.
    Exemple :
    • Travail sur le souvenir : sensations du corps au froid, au chaud, à la douleur, au goût, etc...
    • Travail sur les habitudes : maquillage, rasage, habillage, déshabillage, etc...
    • Travail sur le miroir : jeux avec sa propre image et son double, etc...
    • Travail sur les vêtements : accumulations « styles marchand-d’eau », ou détournements de leur utilisation originelle, etc...
    • Travail sur les contraires : la traversée des âges de la vie, etc...
    • Travail sur le plaisir ou le déplaisir, etc...
  2. la mémoire affective
    La mémoire affective engage le patient personnellement à travers le souvenir de l’émotion et de la sensation.
    Exemples :
    « la boîte de Pandora »
    Dans cette boîte ont été placés des objets divers appartenant à des registres très différents les uns des autres.
    A la suite d’une série de consignes particulières, il s’agit de commenter, objet par objet, et de manière réelle ou imaginaire, la sortie du contenu, et d’inventer dans un jeu-sur-le-jeu une histoire qui devra se développer jusqu’au retour de l’ultime objet dans la boîte.
    « l’objet intime »
    A l’issue d’une série de consignes particulières, il est proposé, à partir d’un objet intime, c’est-à-dire que l’on porte sur soi, de développer une histoire. Cette dernière peut tout aussi bien être réelle qu’imaginaire et s’en tenir soit à l’objet lui-même soit à une dérive, explicite ou non.

3.3.2 L’écoute

L’écoute de l’autre est essentielle pour l’écoute de soi-même.

Outre un travail sur la mémoire et la concentration, c’est un travail sur l’attention qui s’élabore ici.

Exemple :

La chaise
Mise ne situation corporelle avec un objet
Un objet fixe, ce peut être une chaise par exemple, se trouve de ma manière extrêmement précise dans un espace rigoureusement délimité.
Il s’agira d’entrer en relation avec cet objet en explorant du simple au plus complexe, l’ensemble des degrés possible qui régissent toute relation. C’est également une recherche de l’économie de, l’observation, et sur le « sens » des origines de l’objet.
Développement
Dans un savant tricotage impliquant chacun des participants dans un ordre défini, il s’agira d’avoir face à cet objet et avec lui, une relation simple, relation tantôt reproduite en calque, tantôt inspirée et prolongée.
Le tout impliquant dans une succession ininterrompue d’intervenants, d’être à l’écoute profonde des autres, d’en devenir l’interprète et, dans le prolongement d’accepter l’idée que « ce que j’ai à dire peut tout autant être écouté et entendu par les autres ».
Dans cette perspective, voici une dernière série d’exercices favorisant la rencontre, le dialogue et l’échange.
  1. Aspect formel
    (Ce travail se conduit en 4 temps)
    1. la recherche de la forme
      Je demande d’expérimenter toutes les possibilités qu’à le corps de traduire les mots : « ouvert et fermé », « grand et petit », « long et large », etc...
      C’est une situation d’improvisation corporelle réalisée à partir d’une idée élémentaire se réduisant à un couple de mots.
    2. la réduction de la production
      Je demande ensuite, de ne garder qu’une seule production, celle qui semble la plus adéquate - pour chacun - à l’idée du couple de mots.
      C’est un véritable travail d’épuration qui permet de passer de l’improvisation à la création.
    3. la répétition
      Il s’agit de répéter cette unique production de façon à ce qu’elle se mémorise dans le corps
    4. l’ornementation
      A l’intérieur de cette production, on peut introduire ce qu’on appelle des ornementations (comme par exemple en musique).
  2. Aspect émotionnel
    Mais l’acte créateur ainsi réalisé et mémorisé se trouve sur son versant formel. Il est donc indispensable dès lors, de le reprendre sous son aspect « émotionnel ».
    Le mot « fermé », par exemple, peut évoquer le repli sur soi, la difficulté de communication, etc... ; tandis que le mot « ouvert » peut évoquer la rencontre, l’échange possible, etc...
    C’est ainsi que nous allons travailler sur l’interprétation personnelle, sur la tonalité et sur la couleur affective.
    Nous remplissons la forme. Le geste se personnalise et devient ainsi une expression singulière.
    Paradoxalement, il s’agit moins de confrontation que de perte de sa mémoire dans celle des autres afin de laisser émerger la sienne propre.
    Néanmoins on retrouve souvent la sensation de n’avoir pu réaliser ce qu’on aurait voulu faire et d’avoir été détourné de son projet initial par le regard des autres.

3.3.3 L’énergie

Liée à l’écoute, elle oblige l’engagement physique des patients et prend en compte la dimension de l’espace.

Exemples :

« Seul contre tous »
Placés dans la plus grande diagonale possible, le groupe face à un seul participant. Individuellement chacun des membres du groupe, dans un déplacement rapide, viendra proposer au solitaire une très brève action, sorte de question qui appelle une réponse. En réponse le provoqué s’inclut dans la question qui appelle une réponse. En réponse le provoqué s’inclut dans la question, en devient le complément et toujours corporellement, propose rapidement une solution aussi claire et simple que possible. Ici chacun sera reçu comme il inspire.
« Le radeau »
Au sol est inscrit un espace tout juste assez grand pour contenir l’ensemble des participants très serrés les uns contre les autres.
Après une série de consignes bien particulières, chacun aboutira, en fin de parcours, dans l’espace (qui peut alors représenter le seul lien de « sauvetage », après un naufrage par exemple) qui par suite du nombre, est de plus en plus difficile d’accès. Etc...
Il est intéressant d’observer la façon dont l’écoute de l’autre disparaît au fur et à mesure du resserrement de l’espace et les réactions que cela suscite.

3.3.4 la communication

Il s’agit de tenter de se comprendre au-delà de la langue.

Exemples :

« le sac de voyage »
Il est demandé à chacun d’utiliser sa langue maternelle pour raconter une histoire, réelle ou imaginaire, qui s’élabore en fonction de la sortie du sac des divers objets et vêtements que celui-ci renferme. Il y a là inspiration puis détournement à son profit du hasard, ce dernier structurant de fait le déroulement du récit. La fin est déterminée par le « retour » du dernier objet à l’intérieur du « sac de voyage ».
« le langage inventé »
A partir d’une série d’exercices sur la respiration, la voix les onomatopées, le chant, etc..., il s’agit d’élaborer un langage inventé, « compréhensible » et appartenant à tout le groupe, à travers lequel la communication devient réelle et intense.
Parce que l’imagination utilise à la fois, la mémoire émotionnelle et le corps, cette communication peut devenir source de plaisir, puisqu’elle est, au même instant, l’expression d’un autre et de soi-même. Parce qu’enfin elle fait reculer ses propres limites en donnant une conscience objective au phénomène.

3.3.5 Le personnage

Endosser « un personnage » peut curieusement permettre de se trouver soi-même.

C’est la partie la plus élaborée de ce travail sur la représentation car il suscite, dans sa prise de rôle, la distanciation du sujet par rapport à lui-même.

Exemple :

« Le tableau »
sera présenté au groupe une série de reproductions de tableaux de peintres anciens ou contemporains, figuratifs ou abstraits. La scène représentée ou l’assemblage des couleurs, en totalité ou par fragments, sera envisagée comme la dernière image d’un film, dont il sera proposé aux participants, en groupes ou individuellement, de représenter, en séquence jouée, parlée, chantée, dansée, etc..., la reconstitution des instants qui ont précédé l’histoire dont le tableau n’est qu’une « image arrêtée ».
Ce travail permet un développement global des facultés créatrices et expressives des patients, dans le sens où il met « en jeu », à la fois, la mémoire sensorielle et affective, l’écoute, l’énergie et enfin, la communication dans le respect de soi et de l’autre.

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3.1 - Le dialogue tonico-émotionnel
3.2 - L’acte créateur
3.3 - La représentation
3.4 - Le cadre de travail
3.3.1 - La mémoire
3.3.2 - L’écoute
3.3.3 - L’énergie
3.3.4 - la communication
3.3.5 - Le personnage