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Psychomotricité : Expressivité du corps

Sommaire

L’expressivité du corps en psychomotricité

1 - Introduction

2 - Perspective théorique

3 - Pratique

4 - Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 3 - Pratique

 

3.2 - L’acte créateur

 

Qu’est-ce qu’un acte ?

Ce n’est pas seulement un mouvement intentionnel adapté à un but.

C’est plus que cela. Par sa mise en action, il est le résultat tangible du mouvement de la pensée. Son instrument est encore le corps.

L’acte créateur se nomme : poésie, danse, musique, peinture, sculpture, théâtre... Il n’imite rien, ne reproduit rien. Il est unique. Il exprime les idées, les images de la pensée, en les structurant, en les organisant dans un espace et un temps particulier. Il est inhérent à la condition humaine. Nous avons dit que l’instrument de la création est le corps.

Et comme avec tout instrument, nous allons apprendre quelles sont ses ressources afin de l’apprivoiser, afin de déployer ses possibilités créatrices, et « l’exploiter » de telle façon que l’on puisse « en jouer ».

Un premier temps passe donc par l’apprentissage technique. Un second temps est consacré à l’acte créateur lui-même.

  1. la technique
    Il y a 8 mouvements fondamentaux qui régissent l’ensemble de toutes les possibilités expressives du corps. Ils constituent « l’alphabet du corps ». Ils sont répartis en deux groupes de quatre mouvements. Les deux groupes sont divisés de la façon suivante :
    LIEU
    • Les mouvements « centraux » ont leur point de départ au niveau du « centre » du corps ; (bassin, colonne vertébrale, ventre)
    • Les mouvements « périphériques » qui ont leur point de départ au niveau de la tête, des bras ou des jambes.

    INTENSITE
    Ces mouvements peuvent avoir une qualité tonique variable ; ils peuvent être « forts » ou « faibles » dans leur intensité.
    DUREE
    D’autre part, ils peuvent être « longs » ou « brefs ». C’est la relation du corps au « temps ».

    La combinaison de ces différentes possibilités donne le tableau suivant :
    Image graphique11.trsp.gif



    C’est à partir de la connaissance de cet « alphabet » que toute création corporelle devient possible ; En effet, il suffit ensuite d’inventer, de créer différentes combinaisons en utilisant les contrastes, les variables et les nuances.
    Mais un corps purement technique est un corps vide. C’est l’acte créateur qui le remplit, et qui lui donne son sens.
  2. l’Acte créateur
    Sur le fond « technique » vient se mettre « la couleur ».
    Ici, la couleur, c’est l’expressivité corporelle elle-même. C’est à dire, le sens qui se révèle lors de la création.
    Il y a alors adéquation entre l’instrument (et la connaissance que l’on en a) et la façon dont nous allons l’utiliser pour dire quelque chose à quelqu’un.
    La différence, ici, est que l’on s’adresse à un autre, avec une intention et un but : l’acte créateur dit toujours quelque chose.
    C’est une interprétation du mouvement de la pensée.
    Il est extrêmement important de développer et de favoriser par tous les moyens possibles l’expression créatrice des patients.
    En effet, ce qui risque d’être « bloqué » au niveau de la parole, peut se dire avec le corps, dans une dynamique de création ; car, exprimer corporellement est une autre façon de parler ; plus métaphorique, plus polysémique, plus difficilement interprétable, mais tout aussi riche et féconde que la parole. Toutefois, la création n’est pas improvisation. Elle sort de soi, puis prend une forme particulière, et c’est sa rencontre avec la technique qui en fait une création.
    La création est donc bien un acte de représentation symbolique des idées, des images, des fantaisies... ; et à ce titre elle n’échappe pas aux règles qui la régissent.
    Ainsi, on peut dire que l’acte créateur est le résultat :
    • d’une élaboration
    • d’une mise en forme ou construction
    • d’une représentation

    Et qu’il possède deux facettes indissociables : un aspect formel, un aspect relationnel
    Exemple : « jeux de mains »
    • Aspect formel du mouvement
      C’est un jeu de mains à plusieurs ; il s’agit d’exploiter toutes les possibilités de jeu avec les mains, dans les trois dimensions de l’espace, par rapport aux axes, aux jeux de miroir, etc...
    • Aspect relationnel du mouvement
      Il s’agit là d’exploiter toutes les possibilités de rencontre (ou de non-rencontre) avec l’autre.

    Si nous réunissons ces deux séries d’exercices, nous obtenons un acte créateur global, où le patient peut exprimer ses émotions et ses idées par l’intermédiaire d’une forme. Cette forme permet aux émotions de se donner corps.
    Ainsi, symbolisées, distanciées, elles peuvent se dire sans se détruire ; et la rencontre avec l’autre devient possible. Ainsi médiatisée, cette forme ne présente aucun danger. De plus, elle peut dès lors s’inscrire dans un récit, elle peut s’historiciser.
    Il est possible d’utiliser d’autres médiateurs que le corps pour développer les capacités expressives des patients (comme la musique ou la peinture), puis de les inviter à passer d’un registre expressif à un autre. En fait, il s’agit de leur proposer de produire des signes, soit avec les mouvements du corps, la voix, les instruments de musique, ou la peinture.
    Exemple :
    C’est un travail de groupe.
    Assis en cercle, je propose à chacun de faire, sans réfléchir, un geste, en laissant « parler le corps ».
    Le groupe, ensuite, est amené à reproduire les gestes de chaque participant, dans un ordre défini.
    En fonction du désir exprimé par le groupe, cet exercice peut avoir comme point de départ, encore une fois et indifféremment, la musique, la voix ou la peinture.
    L’essentiel reste de construire une œuvre collective où chacun peut y reconnaître sa marque. En effet, les signes produits sont ceux d’une communication constituant un discours spécifique dans lequel il est possible de raconter sa souffrance corporelle, ses inhibitions, ses traumatismes, en utilisant, à chaque fois, « une parole » différente.
    En introduisant un ordre successif ces productions aléatoires s’organisent en suite ordonnée. Dès lors, celle ci appartient à l’ordre symbolique où chacun des participants est, à la fois, porteur du geste qu’il a crée et en même temps porteur de la mémoire collective.
    Ainsi, en partant d’un agi élémentaire on aboutit à une représentation en acte, rendue possible par l’introduction de l’ordonnancement.
    Par ailleurs, cette communication créatrice instaure la mise en place de la mémoire qui conduit à une expression structurée de l’imaginaire.

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3.1 - Le dialogue tonico-émotionnel
3.2 - L’acte créateur
3.3 - La représentation
3.4 - Le cadre de travail