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Psychomotricité : Expressivité du corps

Sommaire

L’expressivité du corps en psychomotricité

1 - Introduction

2 - Perspective théorique

3 - Pratique

4 - Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 2 - Perspective théorique

 

 

2.1 Généralités

L’expressivité du corps rend compte de la capacité qu’à l’homme à exprimer à un autre homme (un alter ego), ses sentiments, ses émotions, ses affections, ses passions et ses pensées.

Ainsi posée, elle est incontournable de nos préoccupations puisque, spécialistes « du corps » c’est avec lui que, non seulement nous entrons en relation (ce qui est commun à tous), mais aussi, c’est avec lui, par lui et pour lui, que nous travaillons en psychomotricité.

Le corps est la médiation absolue de l’homme. C’est plus qu’un corps vivant, c’est un corps signifiant qui exprime le rapport immédiat que j’ai au monde.

Le corps est ce par quoi j’ai accès aux choses et ce par quoi il y a des objets. Il est l’unité de toutes mes orientations et de toutes mes représentations. C’est une ouverture primordiale à l’être qui permet d’être en contact avec le monde. Le corps propre se caractérise par un entrelacement, du senti et du sentir.

Le corps est un espace expressif d’un type particulier puisqu’il est à l’origine de toutes les autres formes d’espaces expressifs.

Cette façon de penser le corps comme propre de l’être humain, le distingue radicalement du corps biologique.

Il s’agit donc, ici, de poser le corps comme expérience originale et non comme instrument plus ou moins bien adapté aux nécessités de l’existence.

Nous allons donc essayer de penser le corps en terme de « corps vécu », non pas du dehors, mais du dedans, en nous efforçant (et il y a bien là un effort à faire) de penser le corps sans référence à une psyché (à un cogite lieu de la pensée, par opposition à un corps étendus). En d’autres termes, c’est du dualisme cartésien : pensée/sujet et corps/objet, que nous allons nous efforcer de sortir. Pour cela, nous allons nous installer dans ce que nous appelons le pré-objectif, c’est-à-dire dans l’analyse du vécu corporel et dans le rapport immédiat de la conscience avec les choses.

2.2 Le vécu corporel

Dans cette perspective, qu’est-ce qu’un vécu corporel ?

On peut dire que c’est ce qui a un sens pour moi.

Il se situe dans le champ de la perception. Car, percevoir c’est avoir un corps en rapport avec autrui.

Il se situe dans le champ de la perception. Car, percevoir c’est avoir un corps en rapport avec autrui. Sentir, dans cette perspective, n’est ni un état de conscience, ni un fait intellectuel, ni une intuition (car la conscience est toujours « conscience de quelque chose »). C’est une expérience, dans le sens où tout mouvement est conscience de mouvement, de sorte qu’on peut dire, que toute perception est motrice, et que la motricité est synonyme « d’intentionnalité corporelle ». M. Merleau Ponty, posant le corps comme « véhicule de l’être au monde », nous dit en effet ceci : (in phénoménologie de la perception, p 402) : « l’expérience motrice de notre corps nous fournit la manière d’accéder au monde et à l’objet, une praktognosie qui doit être reconnue comme originale et peut-être originaire ».

Dans ce sens, la conscience existe par la motricité du corps. Mais c’est une motricité « ambiguë », car elle se comprend comme « puissance de signification ». Cette motricité ambiguë, Merleau-Ponty la nomme : « parole ou spontanéité » (in prose du monde, p.203).

Ainsi, l’opération expressive de la parole ou et du corps, prise à l’état naissant, établit non seulement une communauté de faire ; et se faire ; n’est pas défini par une intentionnalité d’actes (actes d’une conscience thétique1), mais par une intentionalité opérante, située du côté du corps en tant que motricité.

Mais alors, si la parole, comme le geste, est insaisissable, notre réflexion devra se contenter de « laisser être » le corps ; c’est à dire, de le raconter selon un mode primordial d’expression, de telle façon que soient possibles une communication intercorporelle et une circulation de significations intelligibles.

Ce mode primordial d’expression n’est pas celui d’une terminologie du corps, marquée par la tradition, mais celui d’un rapport « charnel » au monde et à autrui. C’est cette notion qui désigne le rapport inédit de la parole au silence originaire du monde. C’est le « corps-en-situation » (comme le dit J.P Sartre - l’être et le néant) qui est la relation première de l’être au monde.

2.3 L’expérience du corps propre

Le point de départ se situe dans l’expérience du touchant-touché, où le corps, par une sorte de « réflexion » se rapporte à lui-même (Husserl, in Méditations cartésiennes, p 81).

Que veut dire le corps « se réfléchit » ?

Cela veut dire qu’il y a un « touché du touché » : quand ma main droite touche ma main gauche en train de toucher autre chose, la sensation est localisée, elle n’est pas constituée comme objet par une conscience de soi ; elle est une « esquisse », une « intériorité », c’est pourquoi la réversibilité du sentir est toujours immanente (vécue en moi), et ne peut se constituer en corps-objet, car le sentir s’incarne en tant qu’expérience au monde et ne peut s’accomplir que comme différence, sous la forme de sentir une différence, un écart, entre la main qui touche et la main touchée ; ce moment de la différence désigne la possibilité d’échanger les rôles de celui qui touche et de celui qui est touché.

Cette expérience du corps n’est, ni pure intériorité, ni une pure extériorité.

Cette expérience du toucher vaut pour le regard en vertu de l’unité du corps propre ; en effet, nous retrouvons le tactile sous le visible (en tant que nous concevons une unité des sens).

La vision, pas plus que le toucher, n’est pas un passage d’un dedans dans un dehors, ou d’un dehors dans un dedans. C’est une présence objective du corps « dans » le monde ; c’est du voyant-visible et du sentant sensible.

Cette notion de réversibilité du sentir et du visible signifie que « je suis visible parce que je suis voyant, et voyant parce que je suis visible ». « Voir, ce n’est pas voir le dehors, le contour d’un «  corps-forme » habité, mais c’est d’être vu par lui de telle sorte qu’on ne sait plus qui est vu et qui voit ». (Merleau-Ponty in Le Visible et L’Invisible, p 183, 204).

C’est parce que je suis voyant-visible et parce qu’il y a une réflexibilité du sensible (que le miroir traduit et redouble), que ce phénomène renvoie au miroir et devient une ouverture immédiate au monde.

Ainsi, le corps pensé à partir de la praxis est ressaisie comme identité de la perception et de la motricité. Ce déplacement de l’agir à la motricité montre le corps comme principe unitaire de l’expérience et comme condition de possibilité d’une perception évidente du monde, en deçà de la pensée.

Dans ce sens, l’expressivité du corps renvoie au rapport direct à l’autre, dans la mesure où l’expérience d’autrui est aussi importante que l’expérience du corps propre. « Je vais avec autrui », dit Merleau-Ponty, et cet autrui, apparaît à travers mon prisme personnel comme ce qui me forme et ce qui me transforme. Il y a aussi dans le sens où je m’exprime avec l’autre, pour l’autre et par l’autre.

2.4 Genèse et développement de l’expressivité du corps

Les données de la maturation et de la fonction tonique, ainsi que les niveaux sensoriels et affectifs, sont des moyens de percevoir, mais ne sont pas la perception elle-même.

L’expressivité est toujours une façon pour le corps de produire des ouvertures et des ruptures.

Dans cette perspective, nous pouvons dire que la perception fait surgir en elle une expressivité qui se substitue à une présence manquante : cela pourrait être l’origine même de la symbolisation.

Au moment de l’édification de l’identité il y a une transformation radicale de l’expressivité du corps de l’enfant qui s’enrichit de nouvelles possibilités. Dès la deuxième année, au cours de l’acquisition de la maîtrise qui, dès lors, se réfère ipso facto à son image spéculaire.

Il peut alors y avoir une sorte de « trucage » lié à la pulsion scopique qui va provoquer une théâtralité de comportement (qui peut être excessive). Néanmoins, cette expressivité se fait création de fiction, et crée une double polarité, impressive et expressive, déterminée par autrui. Dès lors, l’expressivité du corps devient signe de communication interhumaine.

Cette perspective ontogénétique de l’expressivité humaine se situe au cœur de la pratique psychomotrice. C’est ce que nous allons montrer maintenant en décrivant quelques exercices pratiques de mises en situation de l’expressivité du corps.



1. Thétique de soi : la conscience se pose elle-même. Elle est conscience de soi.
Non thétique de soi : la conscience ne pose pas elle-même, elle n’est pas cause de soi, mais conscience de quelque chose.

 

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2.1 - Généralités
2.2 - Le vécu corporel
2.3 - L’expérience du corps propre
2.4 - Genèse et développement de l’expressivité du corps