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Anatomie fonctionnelle

Sommaire

1 - Introduction et généralités

2 - Fonction musculaire et mouvement

3 - Tonus et posture

4 - Axe vertébral et verticalité

5 - Membre inférieur - Appuis

6 - Ceinture scapulaire - Membre supérieur

7 - Thorax

8 - Physiologie de la respiration

Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 2 - Fonction musculaire et mouvement

 

2.4 - Mouvement et coordination

 

Le mouvement, mobilisation des segments corporels les uns par rapport aux autres, a pour fonctions d’assurer :

  • le déplacement et l’orientation du corps dans l’espace
  • les différentes actions sur l’environnement
  • la recherche d’informations vers l’extérieur
  • la satisfaction des besoins et l’évitement de la douleur (protection de l’intégrité)
  • la communication et l’expression…

Les fondamentaux de la mobilité humaine sont la marche, la préhension et la parole, mais au-delà du seul aspect instrumental, le mouvement est aussi « organe de perception »…, perception de l’espace, du temps, de soi et de l’autre… et la motivation ultime du mouvement se retrouve en permanence dans ces aspects de relation, d’expression, d’intention et d’émotion.

2.4.1 Structures de base du mouvement

La première condition du mouvement est l’inéluctable gravité, cette force extérieure orientée et constante ; le support du mouvement est la nécessaire tonicité musculaire et toutes les variations de cette activité ; et le point de départ du mouvement est la posture…

Le mouvement vient toujours comme une transformation de l’équilibre et implique des perpétuelles adaptations / évolutions de la posture de base. L’activité posturale devient une condition du mouvement (le tout petit ne peut, par exemple, disposer d’une vraie liberté gestuelle des bras que s’il est capable de soutenir la position de son dos…). Mais en deçà de cette nécessaire coordination des fonctions posturale et dynamique (axiale et périphérique), le mouvement commence à s’organiser au sein même de chacune de ces « unités fonctionnelles » (colonne vertébrale et membres), selon des schémas organiques spécifiques.

2.4.1.1 Aspects mécaniques

Sur le plan physiologique, cette organisation du mouvement suppose, bien sûr, l’intégrité des systèmes locomoteur et nerveux.

La mobilité corporelle, selon les travaux de S. Piret et MM. Béziers, est basée sur cette existence d’« unités motrices fonctionnelles » que sont les membres et le tronc, et dont la coordination globale se fait progressivement, à partir des mobilités spécifiques développées à l’intérieur de ces différentes unités.

Dans chacune de ces unités, la mise en tension de la structure, nécessaire pour la mise en mouvement, est soutenue par le principe d’opposition des rotations inverses de deux segments (torsion) d’une unité fonctionnelle ; cette double rotation se résolvant en une flexion de l’articulation intermédiaire (exemple : par l’action du biceps, les légères RM du bras et RL de l’avant-bras se résolvent en flexion du coude).

Pour la coordination des différentes unités entre elles, le point d’appui du mouvement peut se faire soit au tronc (avec mouvement de base d’enroulement / déroulement), soit aux extrémités (pieds avec appui au sol, ou mains avec « appui » sur l’objet…).

2.4.1.2 Principe du « mouvement spiralé »

Le mouvement « organique » (respectant au mieux la physiologie qui le sous-tend) s’inscrit dans un espace courbe, suit une trajectoire de spirale combinant les trois dimensions de l’espace, et se traduit par un mouvement de torsion, en enroulement ou en déroulement, selon que la rotation est associée à une flexion ou une extension.

Cette torsion (ou « mouvement spiralé ») :

  • est inscrite dans la structure même du système locomoteur, lisible à plusieurs niveaux :
    • la forme des os, « tordus » sur eux mêmes,
    • la conformation des différentes articulations,
    • la localisation des insertions musculaires (et parfois la torsion des tendons …),
    • le trajet même des muscles dans une orientation oblique leur permettant de combiner, le plus souvent, plusieurs paramètres de mouvement (donnant plus de liberté dans les trois plans de l’espace et une coordination plus fine) et induisant une composante rotatoire dans le mouvement de l’os…
  • est soutenue par le fonctionnement musculaire en « chaînes » : les muscles pluri-articulaires (ainsi que les fascias) font la transmission du tonus et de l’action en « chaînes cinétiques » permettant de développer des schémas de mouvement et des coordinations adéquats et permettant également de restituer un maximum d’énergie cinétique avec un minimum d’effort musculaire.

Ces différentes coordinations, intégrées au cours de l’évolution psychomotrice, vont être d’autant plus efficaces, économiques et harmonieuses, qu’elles respecteront ce principe organique du mouvement qu’est la spirale. Dans le principe G.D.S., le mouvement spiroïde est utilisé pour unifier les chaînes musculaires autour de la chaîne articulaire dans une action synchrone, au service de la précision et de l’équilibre du geste.

Notons que ce principe du mouvement spiralé n’est pas propre à l’organisation humaine mais concerne aussi les autres ordres de la nature, et inscrit notre corps dans une trame universelle...

2.4.2 Développement du mouvement

Le mouvement coordonné, adapté et efficace n’est pas une donnée (totalement) innée et doit suivre une certaine évolution, durant les premières années de la vie, avant d’atteindre son niveau d’adéquation optimal. Cependant, la motilité, elle, est inhérente à « l’animal humain » (qui fait partie des êtres « animés »…) et commence à se manifester dès le tout début de la vie, in-utéro encore ; et même s’il semble illusoire de déterminer quel serait ce premier moment du mouvement, une reconsidération du développement fœtal ne peut qu’apporter un certain éclairage sur la compréhension de la dynamique corporelle….

2.4.2.1 Embryologie

sous forme de rappel des seuls grands stades embryonnaires qui mettraient en lumière les « premiers mouvements » décelables chez l’individu

La première organisation cellulaire prend la forme, par accolement des deux couches cellulaires primaires, du « disque didermique » devenant ensuite tridermique et dont la destination des feuillets peut orienter partiellement certains liens ultérieurs entre les différentes structures de l’organisme :

  • l’ectoderme qui donnera la peau et le tissu nerveux
  • le mésoderme qui donnera les os, la musculature et les viscères
  • l’endoderme qui donnera les muqueuses digestives et respiratoires

Cette formation primitive va évoluer, avec prolifération et différenciation cellulaire, et va être l’objet de plusieurs remaniements de formes :

  • Mouvements de « plicature » de l’embryon :
    Le disque embryonnaire va passer (4ème semaine de gestation) de sa forme plate à celle d’un volume, avec un « mouvement » de double enroulement :
    • enroulement transversal :
      les parties latérales s’incurvent et se rejoignent sur la ligne médio-ventrale, ce qui a pour effet la refermeture, en profondeur, de l’entoblaste en tube intestinal (sauf au niveau de l’ombilic), transformant un espace initialement externe en espace interne, ouvert au transit d’objets externes... (les muqueuses sont de véritables « peaux internes »…)
      ce tube intestinal est d’abord fermé aux deux extrémités puis s’ouvre, en fin de 4ème semaine pour l’extrémité céphalique, fin de 7ème semaine pour l’extrémité caudale, et devient fonctionnel en 8ème semaine avec la déglutition…]
    • enroulement longitudinal :
      les extrémités céphalique et caudale se replient vers la face ventrale et se rapprochent l’une de l’autre, donnant la forme enroulée caractéristique qui sera conservée pendant tout le reste de la gestation (et laissera son empreinte jusque bien plus tard encore…).
  • Mouvements de rotation des membres
    Les bourgeons des membres supérieur et inférieur poussent d’abord latéralement (dans un plan frontal) puis modifient leur positionnement, (environ 7ème semaine) avec :
    • un déplacement, vers l’avant, de ce plan frontal vers le plan sagittal
    • une rotation sur leur axe long :
      rotation médiale pour l’ensemble du membre inférieur (90°)
      rotation latérale du bras (90°) et rotation médiale de l’avant-bras (180°)

    entraînant une dynamique en spirale dans l’ensemble de la structure (os, muscles, dermatomes…)
  • Mouvements globaux
    A partir de la 8ème semaine, le fœtus va être animé de certains mouvements, encore peu amples, tels que des ondulations de l’axe vertébral (enroulements / déroulements), des déglutitions (accompagnées de flexions de la tête) ; mouvements qui vont ensuite diffuser vers les membres et devenir perceptibles vers la 16ème semaine.
    Dès in-utéro, le mouvement axial d’enroulement sera au service de la relation main / tête (et plus spécifiquement main / bouche), alors que le mouvement axial de déroulement sera au service de la relation pied / tête (action de repousser, réflexe tonique postural engageant la CV.)
    Dans la suite du développement ex-utéro, l’enroulement de l’axe vertébral sera encore initié / soutenu par la fonction digestive elle-même (enroulement de la tête par la déglutition, enroulement du bassin par la retenue anale) ; le déroulement sera, quant à lui, initié / soutenu par la fonction posturale / dynamique (redressement et marche) et l’activité sensorielle… ; progressivement, ces différentes fonctions viscérales et motrices trouveront leur autonomie (relative…, puisqu’il restera trace de ces étroites relations). Se retrouvent ici deux des « structurants de base » du développement individuel, soutenus par le tonus et le mouvement, et que sont
    • le tube digestif (axe d’espace / volume, affectif)
    • la colonne vertébrale (axe spatial d’orientation et d’autonomie)
    • la peau (surface d’unification, relation dedans / dehors)
      in-utéro, la sensation de contact est intimement associée à la celle du mouvement ; sera liée ultérieurement au tonus...]

2.4.2.2 Evolution du mouvement ex-utéro

Ce cheminement se fait à partir des réflexes de base, vers une motricité volontaire, consciente et coordonnée, en passant par les divers automatismes et mouvements involontaires. Les schèmes de mouvements / réflexes sont nombreux, des plus simples aux plus complexes ; certains d’entre eux, archaïques, s’effacent plus ou moins tôt, d’autres persistent comme toile de fond de toute la motricité ultérieure tels que, par exemple, le réflexe tonique postural, le réflexe labyrinthique de redressement de la tête etc…etc…

La progression de la motricité n’est possible que grâce aux différents contrôles sensoriels et sensitifs (extéroception, proprioception, intéroception).

Le parcours global de cette évolution se fait, en suivant la maturation neurologique, dans les orientations :

  • céphalique / caudale :
    bouche succion axe digestif / satisfaction
    yeux regard axe CV. / relation
    main contact préhension / objet
    pied appui redressement / environnement

  • proximo / distale :
    avec la diffusion des premières mobilités axiales vers la périphérie et à la faveur du processus d’équilibration de la bipolarité hypotonie / hypertonie.

Les schèmes de base du mouvement « réflexe / coordonné » sont donc d’abord des « schèmes spinaux », avec les mouvements d’enroulement / déroulement puis de torsion de la colonne vertébrale ; ils se développent ensuite au niveau des membres,

  • selon les trois grands stades :
    stade « homologue » : mouvements associés / symétriques du haut ou du bas du corps (deux bras ensemble / deux jambes ensemble)
    âge nourrisson à préhension main - bouche…]
    stade « homolatéral » : mouvements associés / symétriques côtés droit ou gauche (bras droit et jambe droite ou id. à gauche)
    jusqu’à début retournement / ramper…]
    stade « controlatéral » : mouvements associés / symétriques haut du corps (bras) d’un côté avec bas du corps (jambe) côté opposé (fonctionnement croisé)
    période ramper / 4 pattes…]
  • pour chacun de ces stades le mouvement peut être soit
    • de se repousser, favorisé, chez le tout petit, par le couché ventral pour la mobilité du tronc par rapport au support et le début du déplacement…
    • d’aller vers, favorisé par le coucher dorsal pour la libération des membres supérieurs et des mains vers la préhension et la manipulation…

L’empreinte de ces trois stades d’évolution pourra, plus tard, rester plus ou moins marquée dans la typologie du mouvement, quant à son déploiement dans les différents plans de l’espace.

homologue : mvts. prédominants en plan sagittal

 homolatéral : mvts. prédominants en plan frontal

 controlatéral : mvts prédominants dans le plan transversal

 de torsion ; ce dernier stade d’élaboration amenant aux mouvements organiques « spiralés »…]

Par ailleurs, un travail de « ré information sensorielle » et de prise de conscience des différentes mobilités corporelles (actives par le patient lui-même ou passives dans les mobilisations par le thérapeute), pourra être d’autant plus structurant et organisateur qu’il respectera l’évolution selon ces différents stades. Il pourrait donc être judicieux de proposer d’abord les mouvements de flexion / extension, qui renvoient au mouvement fondamental d’enroulement / déroulement (et permettent de conserver une perception de l’axe), puis les mouvements d’inclinaisons / abd.-add. (perception de la symétrie droite / gauche), puis enfin les rotations et torsions, mouvements « latéralisés » et plus complexes dans les coordinations (et faisant entrer dans un espace tridimensionnel).

Ces différents types de mouvement « semi-coordonnés » ainsi que les divers réflexes persistants se combinent à l’infini pour la construction de schèmes plus complexes, vers les réactions de redressement et d’équilibration, au service de la posture et du mouvement et autorisant l’accomplissement des fondamentaux du mouvement : marche, préhension et parole.

Bien évidemment, le thème « d’analyse physiologique et fonctionnelle » du mouvement oriente le propos de façon sélective, mais il n’est sans doute pas superflu de rappeler que le système locomoteur considéré ici est indissociable de l’ensemble du système viscéral, les organes ayant une motilité propre qui peut, mécaniquement, influer sur leur contenant ostéo-articulaire. Cette influence de la viscéralité, par ailleurs, se fait aussi par d’autres voies qui sont celles, plus générales, des représentations mentales, des affects, de l’imaginaire et de la parole, liés à la globalité ou aux différentes parties du corps et qui sous-tendent tout son fonctionnement.

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2.1 - Rappels de références anatomo-physiologiques
2.2 - Constitution du système locomoteur
2.3 - Organisations de la musculature
2.4 - Mouvement et coordination
2.4.1 - Structures de base du mouvement
2.4.2 - Développement du mouvement
2.4.1.1 - Aspects mécaniques
2.4.1.2 - Principe du « mouvement spiralé »
2.4.2.1 - Embryologie
2.4.2.2 - Evolution du mouvement ex-utéro