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Anatomie fonctionnelle

Sommaire

1 - Introduction et généralités

2 - Fonction musculaire et mouvement

3 - Tonus et posture

4 - Axe vertébral et verticalité

5 - Membre inférieur - Appuis

6 - Ceinture scapulaire - Membre supérieur

7 - Thorax

8 - Physiologie de la respiration

Bibliographie


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 2 - Fonction musculaire et mouvement

 

2.3 - Organisations de la musculature

2.3.4 - Chaînes musculaires

 

Un muscle ne travaille jamais seul : outre son association locale avec d’autres muscles ayant un même paramètre de mouvement (ses agonistes) ou avec ses antagonistes, il participe d’un « enchaînement », d’une communauté d’action dans la mise en place de grands schémas d’action et de coordinations essentielles.

[ La mise en évidence de ce principe de chaînes musculaires vient essentiellement

  • des travaux de Mr Kabat (qui utilise en rééducation fonctionnelle l’interdépendance des muscles)
  • des travaux de Piret et Béziers (notamment sur les mouvements spiroïdes)
  • et de ceux de Mme Mézières (étirement du plan postérieur en kinésithérapie).]

Ces recherches ont été développées ensuite dans la systématisation de ces chaînes musculaires, notamment par Godelieve Struyf Denys et Léopold Busquet, dont les principes respectifs, d’orientations différentes, sont présentés ici dans leurs grandes lignes (pour plus de précisions, se référer à leurs ouvrages mentionnés en bibliographie du cours ; la description donnée ici reste succincte et incomplète, ne reprenant que les muscles principaux et les données générales).

2.3.4.1 Principe de chaînes de Godelieve Stuyf-Denys (dit « GDS »)

  1. Intérêts :
    • décrit de façon précise et à partir d’observations cliniques, les différentes chaînes musculaires et articulaires du corps ;
    • insiste sur les rapports entre tonicités et « formes » corporelles (attitudes), et propose une étude associée de craniométrie ;
    • fait le lien entre les « dominances » de chaîne et les pulsions psycho-comportementales ;
    • élabore une démarche pédagogique préventive ainsi que thérapeutique à partir de ces données

    Toutefois, la pertinence de ces mises en lien entre posture et comportement ne doit pas faire considérer cette lecture en « chaînes musculaires » comme une grille définitive d’interprétation, mais plutôt comme une orientation de l’observation…]
  2. Principe :
    5 chaînes musculaires (« et articulaires », par voie d’influence…) réparties dans l’ensemble du corps (en fait, 5 D et 5 G) et unifiant, de la tête aux mains et aux pieds, toutes les parties du corps, avec des relais importants au niveau du bassin.
    Les premières descriptions de GDS se basent sur ces 5 chaînes dont l’une d’elles est décrite comme double…
    les travaux actuels font plutôt d’emblée à 6 chaînes, en désolidarisant les deux parties de la chaîne double…]
    Ces 5 chaînes se répartissent en :
    • 3 chaînes fondamentales, verticales (dont une double), concernant surtout le tronc comme axe corporel, et faisant référence à la structure personnelle
    • 2 chaînes complémentaires, horizontales (ou « latérales ») concernant surtout les membres et faisant référence à l’axe relationnel, dynamique, expression de la structure.

    Chez une même personne, l’activité de ces 5 chaînes est rarement tout à fait harmonieuse et il existe le plus souvent une « dominance » de l’une d’entre elles (sur totalité ou partie), caractérisée par une activité plus importante. Le tonus de cette chaîne devient alors plus élevé, avec une tendance au raccourcissement et induisant, en cas d’excès, des « déformations » dans la morphologie, la posture et le mouvement, par perte progressive de souplesse et de liberté.
    Ces dominances représentent la marque spécifique de l’expression, au niveau du corps, de la structure psychique de l’individu et àde ses tendances comportementales. Si elles deviennent excessives, elles manifestent alors la rigidification de ces mêmes caractères.
  3. Description :
    Chaînes verticales
    Antéro-Médiane (« AM »)
    • située sur le plan antérieur et médian du tronc pour sa portion principale :
      • muscles du plancher pelvien
      • grands droits de l’abdomen (droit de l’abdomen)
      • grand pectoral inf. et moyen
      • triangulaire du sternum (transverse du thorax) et intercostaux moyens
      • scalène ant., sterno-cléïdo-mastoïdien et hyoïdiens ant
      • muscles de la structure buccale
    • trajet : du coccyx à la mâchoire inférieure
    • se prolonge dans les membres sup. et inf. …
    • si dominance : posture d’enroulement, de type « statique » (cf. atelier)
    • correspondance à une sensibilité végétative et affective, à des caractères de stabilité, d’intériorisation, de réceptivité…
    Postéro-Médiane (« PM »)
    • située sur le plan postérieur et médian du tronc pour portion principale :
      • para-vertébraux « longs »
        long dorsal (longissimus), sacro-lombaire (partie caudale des muscles érecteurs du rachis), épi-épineux (épineux)]
      • grand et petit complexus (semi-épineux et longissimus de la tête)
      • muscles peauciers de la voûte crânienne
    • trajet : du sacrum au frontal (région orbitaire)
    • se prolonge dans les membres sup. et inf. …
    • si dominance : posture de redressement, de type « dynamique »
      (cf. pratique)
    • correspondance à une sensibilité intellectuelle, à des attitudes exploratoires et volontaires, à des caractères d’extériorisation, de curiosité…
    Postéro-Antérieure / Antéro-Postérieure (« PA-AP »)
    • située en profondeur du tronc pour portion principale ;
    • se décompose en deux groupes selon leurs fonctions :
      • PA pour l’allongement vertical de la colonne :
        para-vertébraux « courts » (transversaire-épineux (épineux) etc…)
        long du cou et muscles sous-occipitaux
        diaphragme, transverse et carré des lombes
        si dominance : effacement des courbures de la colonne, rectitude (voire rigidité…),
      • AP pour la rythmicité et la coordination des autres chaînes
        scalènes et petit pectoral
        psoas / iliaque et quadriceps (le diaphragme y donnant une participation dynamique)
        si dominance : accentuation des courbures de la CV, mobilité, adaptabilité.
    • Correspondance de typologie globale dite « émotive / impulsive ».
    Chaînes latérales
    Elles sont dites « de relation », d’expression vers l’extérieur de la structure verticale, dans les dynamiques de refermeture vers soi ou d’ouverture vers l’extérieur
    Antéro-Latérale (« AL »)
    • située en partie antérieure et plutôt latérale des membres (plus prolongement au niveau du tronc)
    • constituée de muscles surtout adducteurs et/ou rotateurs internes (médiaux)
    • si dominance : fermeture au niveau des ceintures en RI (RM)
    • correspondance à une attitude de repli, de retour vers soi, d’« introversion ».
    Postéro-Latérale (« PL »)
    • située en partie postérieure et plutôt latérale des membres (plus prolongement au niveau du tronc)
    • constituée de muscles surtout abducteurs et/ou rotateurs externes (latéraux)
    • si dominance : ouverture au niveau des ceintures en RE (RL)
    • correspondance à attitude d’« aller vers », de sociabilité, d’extraversion.

    La « dominance » de chaîne ne donne jamais une typologie « pure » ; ces dominances, dans leurs rapports entre axe vertical et axe horizontal et dans la façon dont elles occupent les différentes zones du corps, peuvent se renforcer mutuellement mais peuvent aussi se « compenser » et s’équilibrer pour donner toutes les nuances et variétés d’organisations toniques de la musculature, de morphologies, de postures et de typologies de mouvement, autant qu’il peut y avoir d’orientations psychiques susceptibles de déterminer ces mêmes dominances.

2.3.4.2 Principe de chaînes de Léopold Busquet

  1. Intérêts :
    • conception basée sur la dynamique (posture, équilibre, mouvement) du fonctionnement des chaînes musculaires
    • mise en évidence de l’organisation précise et lisible des « enchaînements » de muscles, selon leur continuité d’orientation. Cette systématisation s’avère plus claire et plus facile d’application dans une analyse stricte du mouvement et du rapport des différents segments.
    • observation et analyse de leur interdépendance avec le viscéral… (et si les aspects psycho-comportementaux n’y sont pas développés, les liens que l’on connaît entre viscéralité et affectivité pourraient permettre, en psychomotricité, la réintroduction de cette dernière dimension dans les rapports décrits ici entre contenant et contenu).

    Cette systématisation des chaînes s’avère plus claire et plus facile d’application dans une analyse stricte du mouvement mais peut rester relativement instrumentale.
  2. Principe :
    Le fonctionnement corporel doit pouvoir répondre aux trois lois fondamentales qui le régissent : équilibre, économie et confort. Tout désordre, même et surtout d’origine interne viscérale, engendrera des compensations au niveau musculaire afin de permettre le rétablissement de l’équilibre, du confort, puis de l’économie.
    Dans cette perspective générale, la statique posturale est assurée par une chaîne postérieure, fasciale (ainsi que par le jeu des pressions intra abdominales et intra thoraciques) ; l’équilibration, elle, est assurée par les muscles des plans profonds (para vertébraux) et la fonction dynamique par lesdites chaînes musculaires.
    Ces chaînes, dites, donc, « de mouvement », et au nombre de 4 (en fait, 4 à D. et 4 à G.), sont envisagées ici au niveau du tronc, avec des muscles-relais vers les ceintures, les membres, les cervicales et la tête (le prolongement de ces chaînes dans les membres réaliseront des chaînes « de flexion » ou « d’extension », à trajet sinusoïde).
    Elles se composent de
    2 chaînes droites (en fait, 2 ant. et 2 post.)
    2 chaînes croisées (en fait, 2 ant. et 2 post.)
  3. Description :
    • Chaînes droites, qui ont un trajet vertical et médian :
      Chaînes droites antérieures
      au niveau du tronc
      intercostaux moyens (internes)
      grands droits de l’abdomen (droits de l’abdomen)
      muscles du périnée
      relais
      ceinture scapulaire : petit pectoral / triangulaire sternum (transverse du thorax)
      membre sup. : grand pectoral / grand rond
      cervicales / tête : scalènes et sterno-cleïdo-mastoïdien
      membre inf. : psoas-iliaque
      rôles
      enroulement (flexion globale de la CV) en dynamique
      participation à la stabilité du tronc en association avec les postérieures
      Chaînes droites postérieures
      au niveau du tronc
      para-vertébraux
      petits dentelés postéro-sup. et postéro-inf. (dentelés post-sup. et post-inf.)
      relais
      ceinture scapulaire : trapèze
      membre sup. : grand dorsal et grand rond
      cervicales / tête : splénius et trapèze sup.
      membre inf. : grand fessier
      rôles
      déroulement (extension globale CV) en dynamique
      participation à stabilité du tronc en association avec les antérieures.
      l’action coordonnée des chaînes ant. et post. permet l’équilibre entre flexion et extension, avec redressement des courbures et autograndissement (l’excès de tonus dans les deux ensemble donne un tassement des courbures) …]
    • Chaînes croisées, qui ont un trajet oblique sur le tronc, de l’iliaque à l’épaule opposée, et nommées « droite » ou « gauche » selon qu’elles partent de l’iliaque droit ou gauche…
      Chaînes croisées antérieures
      sur la face antérieure du tronc ;
      exemple / description ici de la « croisée antérieure gauche » :
      trajet : de l’iliaque (os coxal) gauche à l’épaule droite.
      au niveau du tronc
      petit oblique G (oblique interne G)
      grand oblique D (oblique externe D
      intercostaux int. G et ext. D (intercostaux intime G et ext. D)
      relais
      ceinture scapulaire : petit pectoral D / grand dentelé D. (dentelé antérieur)
      membre supérieur : grand pectoral D
      cervicales / tête : scalènes D / SCM D.
      membre inférieur : pyramidal de l’abdomen G (pyramidal G)
      rôles
      torsion antérieure du tronc en dynamique avec rapprochement de l’épaule D et de la hanche G vers l’ombilic (détermine une attitude de fermeture avec flexion et RI (RM) si elle est utilisée en statique).
      Chaînes croisées postérieures
      sur la face postérieure du tronc ;
      exemple / description ici de la « croisée postérieure gauche » :
      trajet : de l’iliaque (os coxal) gauche à l’épaule droite.
      au niveau du tronc
      carrés des lombes D et G, fibres ilio-lomb.G et costo-lomb.D
      petit dentelé postéro-inf. D (dentelé post-inf. D)
      (intercostaux ext. G et int. D) (intercostaux ext. G et intimes D)
      relais
      ceinture scapulaire : trapèze inf. D
      membre sup. : grand dorsal D
      cervicales et tête : splénius du cou et de la tête D
      membre inf. : grand fessier G
      rôles
      torsion postérieure du tronc en dynamique avec rapprochement de l’épaule D et de la hanche G vers L3 (donne une attitude d’ouverture avec extension et RE (RL) si elle est utilisée en statique).
      remarque : les muscles relais sont presque les mêmes :
      droites et croisées ant. : ceinture scap : petit pectoral, membre sup : grand pectoral, cervicales / tête : scalènes et SCM, membre inf : psoas
      droites et croisées post. : ceinture scap : trapèze, membre sup : grand dorsal, cervicales / tête : splénius, membre inf : grand fessier…]

    L’activité des différentes chaînes musculaires permet de réaliser tous les mouvements du corps, dans les infinies variations des composantes de base (flexion, extension, torsion), à condition que ces chaînes soient libres de toute influence viscérale.
    La distance entre ces deux principes de base, GDS et Busquet, des chaînes musculaires a pour intérêt de mettre en relief des aspects nuancés d’une même réalité.
    En dehors de la grande similitude entre les chaînes « droites » de L. Busquet et les chaînes « médianes » de G. Struyf-Denys, il est à noter que toutes les chaînes musculaires sont décrites comme reliées au diaphragme… qui devient carrefour essentiel de la posture et du mouvement…
    Cependant, il est à noter que toutes les chaînes musculaires sont décrites comme reliées au diaphragme….. qui devient carrefour essentiel de la posture et du mouvement…..

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2.1 - Rappels de références anatomo-physiologiques
2.2 - Constitution du système locomoteur
2.3 - Organisations de la musculature
2.4 - Mouvement et coordination
2.3.1 - Musculatures « posturale » / « dynamique »
2.3.2 - Musculatures « centrale » / « périphérique »
2.3.3 - Groupes « de fermeture » / « d’ouverture »
2.3.4 - Chaînes musculaires
2.3.4.1 - Principe de chaînes de Godelieve Stuyf-Denys (dit « GDS »)
2.3.4.2 - Principe de chaînes de Léopold Busquet