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12.4 - En guise de conclusion au cours de virologie médicale
Ce dernier chapitre confirme que les capacités de nuisance des virus sont largement imprévisibles, les virus dits émergents les plus « frappants » ayant d’ailleurs été vus déjà lors de chapitres précédents. Ainsi les HIV-1 et 2 venus de singes (qui ont bien d’autres rétrovirus en réserve), le prochain sous-type de grippe A (en attente), le nouveau variant de la maladie de Creutzfedt-Jakob, le SRAS-CoV (qui prouve qu’aucune famille virale, celle des Coronaviridae, en l’occurrence, n’est « négligeable »).
A cet égard, la famille des Paramyxoviridae, à côté de membres historiques tels que virus de la rougeole et virus des oreillons (désormais sous contrôle, dans nos pays), vient de se signaler par la mise en circulation du virus Nipah : venu de chauves-souris frugivores répandues dans le Sud Est asiatique, il a, en Malaisie, été transmis au porc et a tué environ 100 éleveurs de porc, par encéphalite ou pneumopathie. On constate aussi, à côté d’émergences, des extensions de virus connus : le virus de la dengue partout dans le monde, le virus West Nile et le Monkey pox découvrant l’Amérique du Nord, le virus de la fièvre de la vallée du Rift traversant la Mer Rouge, et récemment le chikungunya. On assiste à des reprises d’infections virales : le retour de la fièvre jaune et de la fièvre Ebola en Afrique rappelle que guerres et épidémies ont toujours fait bon ménage. Même motif à la réapparition en Afrique de paralysies poliomyélitiques en zones libres de polio après le lancement de la campagne de vaccination généralisée (10 pays concernés en 2004). La virologie médicale - et d’une façon générale, la co-évolution entre les virus et leurs hôtes, animaux et homme - n’est pas un long fleuve tranquille. Ces perturbations ont, à la base, une origine virale, la plasticité remarquable des génomes viraux (des virus à ARN, notamment) et, partant, le caractère non absolu de bien des « barrières d’espèce » entre homme et animaux. Jouent aussi des changements affectant les vecteurs : l’expansion récente d’Aedes albopictus - plus dynamique que le classique Aedes aegypti - explique l’expansion du virus West Nile en Amérique du nord, et du Chikungunya à la Réunion. Ce moustique « d’avenir » s’est implanté dans le sud-est de la métropole. A cela s’ajoutent toute une série de facteurs liés à notre mode de vie dans le monde moderne. Ce sont ainsi la croissance de la population et l’urbanisation ; le développement des transports internationaux, des échanges commerciaux ; les modifications dans les modes d’élevage des animaux et de préparation des aliments ; les modifications des comportements humains ; les changements du climat, de l’écologie ; les progrès de la médecine (geste invasifs, traitements immunodépresseurs, greffes) ; les troubles politiques avec la dégradation, voire l’anéantissement des structures sanitaires. Sans parler de la tentation du bioterrorisme individuel (cf la dispersion du virus du bacille du charbon par un microbiologiste dévoyé) ou collectif (conflit nucléaire privant des populations entières de toute défense immunitaire). Vis-à-vis de ce risque viral, que faire ? Une fois admis qu’on ne peut attendre des virus eux-mêmes un comportement raisonnable, il nous faudrait, d’après ce qui précède, vivre dans des pays en paix civile depuis quelques décennies, pays pourvus de dirigeants honnêtes œuvrant sur le long terme, avec des conseillers capables d’une vision globale des problèmes de santé, une population éduquée et raisonnablement confiante, où les illuminés ne trouvent ni complice ni souche de variole à mettre sous enveloppe, enfin des pays où chacun admettrait l’intérêt de participer substantiellement à l’amélioration des conditions de santé dans les secteurs déshérités de la planète. Rien qui s’obtienne par un claquement de doigt. Cependant, les signes encourageants ne manquent pas : on a vu notamment l’éradication en marche du virus de l’hépatite B par ce qui s’avère le 1er vaccin contre le cancer ; la mise au point d’un autre vaccin - anti-papillomavirus - contre le 2e cancer de la femme ; la disparition de la rage du renard en Europe par un vaccin aussi astucieux que l’animal en question ; la régression de l’incidence de l’infection à HIV dans des pays du Tiers Monde, comme la Thaïlande, l’Ouganda, le Sénégal, cela par la volonté politique des dirigeants et le dynamisme des associations de malades, de femmes tout particulièrement. Et puis, un magnifique encouragement ne nous vient-il pas de Sophocle qui, sans exclure la fatalité, faisait dire en pleine guerre du Péloponnèse - marquée par la peste d’Athènes, 430 av. JC -, par le coryphée d’une de ses plus belles tragédies, Antigone : « Il est bien des merveilles en ce monde ; il n’en est pas de plus grande que l’homme » ? Trivialement, pensez à remplir la fiche d’évaluation située en fin de polycopié, pour la remettre entre les mains de vos enseignants de TP-ED, lors de l’examen qu’ils vous feront passer |