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Virologie

Sommaire

Introduction

1 - Structure des virus, cycle viral, physiopathologie des infections virales

2 - Les Herpesviridae - 1ère partie (HSV et VZV)

3 - Les Herpesviridae - 2ème partie (CMV, EBV, HHV-6, HHV-7, HHV-8 et virus B du singe)

4 - Rétrovirus humains - 1ère partie (le VIH ou HIV)

5 - Rétrovirus humains - 2ème partie (HTLV) et virus des hépatites - 1ère partie (hépatite A - VHA ou HAV, hépatite B - VHB ou HBV)

6 - Virus des hépatites - 2ème partie

7 - Les virus respiratoires - 1ère partie

8 - Les virus respiratoires - 2ème partie. Les virus des oreillons, de la rougeole, de la rubéole

9 - Entérovirus et virus des gastroentérites

10 - « Autres virus à ADN » : adénovirus, polyomavirus, papillomavirus, parvovirus, poxvirus

11 - Agents des encéphalopathies spongiformes ou ATNC (agents transmissibles non conventionnels)

12 - Virus de la rage, arbovirus, autres virus dits émergents

A - Calendrier des vaccinations 2005 - Tableau synoptique

B - Calendrier vaccinal 2005

C - Récapitulatif : diagnostic, prévention, traitement

D - Aide-mémoire de chimiothérapie antivirale

E - Les examens virologiques en pratique médicale

F - Recommandations de traitement pour hépatite chronique

G - Vingt ans après

H - Évaluation de l’enseignement de la virologie. Année 2007

I - Remerciements


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 9 - Entérovirus et virus des gastroentérites

 

 

Ce chapitre rassemble les virus nus à ARN ; on y trouve aussi, comme virus à ADN, les adénovirus de gastroentérites. Tous ces virus sont des virus nus, éliminés dans les selles.

Notons d’emblée que les entérovirus et les virus des gastroentérites sont deux entités distinctes : les entérovirus, en dépit de leur nom, ne donnent pas de gastroentérites.

9.1 Entérovirus

9.1.1 Généralités sur les entérovirus

9.1.1.1 Définition

Poliovirus, coxsackievirus, échovirus, rhinovirus et virus de l’hépatite A (vu plus haut) font partie de la famille des Picornaviridae, petits (« pico » en grec) virus à ARN, monobrin, en un seul segment. Les rotavirus, plus gros virus à ARN à deux brins en plusieurs segments, sont en dehors de cette famille.

Les entérovirus (poliovirus, coxsackievirus et échovirus) ont des propriétés communes. Ce sont, dans les conditions naturelles, des virus strictement humains. Petits virus à ARN, sans péplos, ils ont la même morphologie en microscopie électronique : virus icosaédriques nus (de 27 nm de diamètre).

Comme tous les virus nus, ce sont des virus résistants. Une nouvelle classification divise ce ensemble de virus en entérovirus A, B, C, D et poliovirus.

A titre indicatif, les entérovirus persistent de quelques jours à 5 mois dans l’eau du robinet, la mer ou le sol, 2 à 3 mois dans les huîtres. Ils résistent mieux à la chloration et aux autres traitements des eaux que les bactéries.

9.1.1.2 Structure et implications épidémiologiques

Ces virus sans péplos sont stables, dans le milieu extérieur et le tube digestif. Ils résistent aux pH acides, à l’acidité gastrique. Ils sont capables de se multiplier sur toute la hauteur de la muqueuse du tube digestif, de la gorge à l’intestin. Ils sont donc éliminés dans les selles. Ces virus, qui se multiplient dans la gorge, peuvent être projetés par la toux et donner lieu à une contamination respiratoire directe en face du sujet infecté. Mais l’élimination fécale favorise une contamination fécale-orale indirecte par l’intermédiaire d’aliments souillés par de l’eau infectée, et cette contamination est plus fréquente l’été et dans les pays surpeuplés à mauvaises conditions d’hygiène. C’est là que la circulation des entérovirus est la plus dense. C’est essentiellement par contamination fécale-orale que se propagent les entérovirus. L’épidémiologie des entérovirus partage évidemment beaucoup de caractères avec celle des entérobactéries. Leur diffusion se trouve limitée par les mesures d’hygiène collectives et individuelles, mise à disposition d’eau propre et lavage des mains.

Dans l’immense majorité des cas, les entérovirus donnent des infections inapparentes, asymptomatiques, qui ne dépassent guère le tube digestif. Les infections à expression clinique sont l’exception, et résultent pour la plupart d’une diffusion du virus dans l’organisme, d’une maladie généralisée avec virémie.

9.1.1.3 Multiplication

La plupart des entérovirus se multiplient en culture de cellules : les trois poliovirus, certains coxsackie A, les six coxsackie B et la trentaine d’échovirus. La multiplication de ces virus à ARN est intra-cytoplasmique. Elle donne un effet cytopathique (ECP) qui est le même pour tous les entérovirus : une vaste inclusion cytoplasmique éosinophile repousse et aplatit le noyau contre le bord de la cellule (Cf annexe E).

Du point de vue moléculaire, l’ARN viral est « positif » c’est à dire immédiatement traduit sur les ribosomes en protéines virales. Cet ARN est donc à la fois génome et messager. D’autre part, il est traduit d’un coup en une polyprotéine géante secondairement clivée en une protéase virale (qui va devoir s’autocliver), en une ARN réplicase ARN-dépendante (indispensable à la réplication du génome viral car il n’existe pas d’enzyme ayant cette fonction dans la cellule) et en protéines structurales constituant la capside.

9.1.1.4 Caractères antigéniques

Tous ces virus sont antigéniquement distincts. Il n’y a pas de réaction de groupe, ni pour l’ensemble des entérovirus, ni pour les poliovirus, ni pour les coxsackievirus, ni pour les échovirus. Aucune réaction de groupe, contrairement aux adénovirus.

Cela a des conséquences pratiques pour le typage, le sérodiagnostic et les possibilités de vaccination.

  1. Il n’existe pas un sérodiagnostic de groupe entérovirus, ni un sérodiagnostic de groupe poliovirus, mais trois sérodiagnostics poliovirus sspécifiques, un pour chacun des trois types de poliovirus.
  2. En ce qui concerne l’identification des entérovirus, il n’y a pas de réaction immunologique de groupage pour l’ensemble des entérovirus, ni même de réaction de groupage pour l’ensemble des poliovirus.
    Il n’existe pas une réaction permettant de dire d’un entérovirus que c’est un poliovirus, mais il existe trois réactions de typage permettant de dire qu’un entérovirus est ou bien un polio de type 1, ou bien un polio de type 2, ou bien un polio de type 3, ou bien qu’il n’est pas un poliovirus.
    Toutefois, par PCR, il est possible de dépister des séquences nucléotidiques « conservées » c’est à dire communes à tous les entérovirus. Cela a transformé le diagnostic des infections à entérovirus, grâce à une PCR entérovirus « consensus ».
  3. Il n’y a pas un vaccin polio, mais trois vaccins polio associés en un vaccin trivalent.

Les quelques 60 entérovirus existants sont tous antigéniquement distincts, et leur regroupement en poliovirus, coxsackievirus et échovirus, ne repose pas sur des communautés antigéniques, mais essentiellement sur leur pouvoir pathogène. La nouvelle classification repose sur des critères génétiques.

9.1.1.5 Pouvoir pathogène

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Les poliovirus sont les plus neurotropes des entérovirus : ils donnent des paralysies chez les primates, l’homme et les singes supérieurs, mais en revanche ils ne sont pas pathogènes pour les souriceaux nouveau-nés.

Les coxsackievirus ne sont pas pathogènes pour le singe. En revanche ils sont pathogènes pour le souriceau nouveau-né.

Les coxsackie A donnent des « paralysies » flasques avec myosite diffuse et les coxsackie B donnent des paralysies spasmodiques par nécrose cérébrale, cela chez les souriceaux inoculés à la naissance. Certains coxsackie A ne se multiplient que chez le souriceau nouveau-né et pas en culture de cellules, en particulier le coxsackie A1. Tous les coxsackie B se multiplient en culture de cellules. Le nom de coxsackie vient de la ville des USA où l’on a isolé le premier d’entre eux.

Les échovirus se multiplient uniquement en culture de cellules, où ils donnent l’effet cytopathique des entérovirus. Ils n’ont aucun pouvoir pathogène chez le souriceau nouveau-né.

Ce sont les moins neurotropes des entérovirus. Echo est un sigle, E pour entérique, C pour cytopathique, H pour Humain et O pour orphelins, « orphelins » de maladie : à l’époque de leur découverte on ne leur connaissait aucune maladie associée, ce qui n’est plus vrai maintenant.

On a eu des difficultés pour classer certaines souches d’entérovirus comme coxsackie ou comme échovirus. Aussi, les derniers entérovirus découverts, qui ne sont pas des poliovirus, ont été simplement étiquetés entérovirus (EV). C’est le cas de l’EV 70 responsable d’une épidémie mondiale (pandémie) de conjonctivite hémorragique ; il a été appelé à l’époque virus Apollo, car il s’est manifesté pour la première fois en même temps que l’alunissage d’Apollo 11 (sic !). Ces difficultés de classification ont été en partie résolues par la définition des nouveaux groupes (espèces) d’entérovirus.

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9.1 - Entérovirus
9.2 - Virus des gastroentérites
9.3 - Points importants
9.1.1 - Généralités sur les entérovirus
9.1.2 - Poliomyélite et poliovirus
9.1.3 - Échovirus et coxsackievirus
9.1.1.1 - Définition
9.1.1.2 - Structure et implications épidémiologiques
9.1.1.3 - Multiplication
9.1.1.4 - Caractères antigéniques
9.1.1.5 - Pouvoir pathogène