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Virologie

Sommaire

Introduction

1 - Structure des virus, cycle viral, physiopathologie des infections virales

2 - Les Herpesviridae - 1ère partie (HSV et VZV)

3 - Les Herpesviridae - 2ème partie (CMV, EBV, HHV-6, HHV-7, HHV-8 et virus B du singe)

4 - Rétrovirus humains - 1ère partie (le VIH ou HIV)

5 - Rétrovirus humains - 2ème partie (HTLV) et virus des hépatites - 1ère partie (hépatite A - VHA ou HAV, hépatite B - VHB ou HBV)

6 - Virus des hépatites - 2ème partie

7 - Les virus respiratoires - 1ère partie

8 - Les virus respiratoires - 2ème partie. Les virus des oreillons, de la rougeole, de la rubéole

9 - Entérovirus et virus des gastroentérites

10 - « Autres virus à ADN » : adénovirus, polyomavirus, papillomavirus, parvovirus, poxvirus

11 - Agents des encéphalopathies spongiformes ou ATNC (agents transmissibles non conventionnels)

12 - Virus de la rage, arbovirus, autres virus dits émergents

A - Calendrier des vaccinations 2005 - Tableau synoptique

B - Calendrier vaccinal 2005

C - Récapitulatif : diagnostic, prévention, traitement

D - Aide-mémoire de chimiothérapie antivirale

E - Les examens virologiques en pratique médicale

F - Recommandations de traitement pour hépatite chronique

G - Vingt ans après

H - Évaluation de l’enseignement de la virologie. Année 2007

I - Remerciements


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 12 - Virus de la rage, arbovirus, autres virus dits émergents

 

12.2 - Arbovirus

 

12.2.1 Définition

Il en existe plusieurs centaines dont une cinquantaine intéressent l’homme. Le modèle de ces virus est le virus de la fièvre jaune ou virus amaril.

Le terme arbovirus signifie arthropod-borne virus = qui est porté par les arthropodes.

De fait, les arbovirus se multiplient à la fois chez les vertébrés (éventuellement l’homme) et chez des arthropodes. Il s’agit d’insectes piqueurs, moustiques ou anophèles ou bien tiques. L’insecte s’infecte en aspirant le sang de ces vertébrés. Le virus se multiplie dans le tube digestif de l’insecte puis diffuse et gagne les glandes salivaires. À ce niveau la multiplication virale donne des concentrations de virus très élevées. Ainsi, l’insecte, qui ne souffre aucunement de cette infection, transmettra le virus par sa salive au prochain vertébré qu’il va piquer. L’insecte est un vecteur, vecteur actif dans lequel se multiplie le virus, et non une « seringue volante »

Quant aux vertébrés, ils constituent le réservoir du virus et ce sont presque toujours des animaux sauvages. Dans la plupart des cas, l’infection de l’homme piqué par le vecteur n’est qu’un phénomène accidentel, en impasse, l’homme ne perpétuant pas, habituellement, l’infection.

La plupart des arboviroses sont des maladies animales, des zoonoses.

Les arboviroses exigent donc la coexistence du réservoir et du vecteur, d’où une distribution géographique très précise, la plupart des arboviroses étant des maladies tropicales. Cependant, il en existe jusque dans le Grand Nord et, en France métropolitaine, on isole des arbovirus en Languedoc et en Camargue d’une part, en Alsace d’autre part. Par ailleurs les variations climatiques ou les mouvements de populations animales ou humaines modifient l’épidémiologie des arboviroses ; le réchauffement de la planète est bon pour les arbovirus !

La définition des arbovirus est donc écologique et ne repose pas sur la structure des virus. Pourtant la plupart des arbovirus intéressant l’homme sont répartis dans trois familles - Togaviridae, Flaviridae et Bunyaviridae - et ont des caractères structuraux communs : virus à ARN et à péplos dérivé de la membrane cytoplasmique et portant des spicules de glycoprotéines. Ces virus se multiplient au laboratoire chez le souriceau nouveau-né inoculé par voie intra-cérébrale. C’est ainsi qu’on les isolait classiquement en partant de prélèvement de sang des malades ou des animaux, ou en partant d’insectes broyés.

Ils se multiplient également en culture de cellules variées, ce qui facilite leur étude au laboratoire une fois qu’on les a isolés.

Il y a des parentés antigéniques entre certains virus. A l’intérieur d’une même famille ou d’un même groupe (à l’intérieur des Togaviridae, par exemple), il y a un certain degré de protection croisée et des réactions croisées en sérodiagnostic.

Il faut retenir que les Arbovirus sont des virus à péplos, la transmission par piqûre représentant probablement pour ces virus le moyen de remédier à leur fragilité dans le milieu extérieur.

Actuellement, il n’existe pas d’antiviral validé ; on dispose heureusement de vaccins efficaces vis-à-vis de certains d’entre eux.

12.2.2 Parcours habituel du virus dans l’organisme

  1. À leur phase initiale, toutes les arboviroses humaines se ressemblent : le virus est injecté dans le sang par l’insecte piqueur, puis capté dans les monocytes-macrophages (système réticulo-endothélial) où il se multiplie. Il se multiplie ainsi dans la rate et les ganglions lymphatiques, ce qui donne une virémie. C’est la phase systémique de la maladie.
    Très souvent, l’infection en reste là et la plupart des arboviroses humaines sont asymptomatiques ou se résument à un simple syndrome fébrile avec des douleurs diffuses. On parle de syndrome grippal bénin. C’est vrai même pour le virus de la fièvre jaune.
  2. Dans une deuxième phase, éventuellement, l’infection gagne divers organes cibles et donne, selon les virus, une encéphalite, une hépatonéphrite, une fièvre hémorragique.

12.2.3 Fièvre jaune (virus amaril)

12.2.3.1 Historique

L’HISTOIRE de la fièvre jaune est très instructive. C’est une hépatonéphrite connue depuis le 17e siècle pour donner des grandes épidémies urbaines de part et d’autre de l’Atlantique, principalement en Afrique et en Amérique. Mais de temps en temps, elle était introduite dans les ports d’Europe Occidentale, en France. C’est la fièvre jaune qui a décimé les Français qui sous la direction de Ferdinand De Lesseps tentaient de creuser le canal de Panama. C’est en 1901 que le virus amaril a été reconnu par Walter Reed, médecin militaire américain. La fièvre jaune ravageait les troupes américaines qui combattaient à Cuba contre les Espagnols. Walter Reed a tiré profit de l’observation d’un médecin cubain, Carlos Finlay, qui avait reconnu que la fièvre jaune sévissait là où il y avait le plus de moustiques.

Walter Reed a pris des « volontaires » (Américains, Cubains, ou Espagnols ?) et a démontré qu’on pouvait transmettre la maladie par inoculation du sang de malades. Il a démontré le caractère filtrant de l’agent (à l’époque, c’était le seul critère définissant un virus) et le rôle des moustiques comme vecteur.

Dès lors, des campagnes d’éradication des moustiques ont été lancées, et ont abouti à une disparition rapide de la fièvre jaune de Cuba et des grands centres d’épidémies.

Mais en 1928, à Rio de Janeiro, éclatait malgré tout une épidémie qui prouvait que l’épidémiologie de la fièvre jaune n’était pas aussi simple que le pensait Walter Reed.

12.2.3.2 Les cycles

On découvrit qu’il existait en fait DEUX CYCLES DE LA FIÈVRE JAUNE.

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Ainsi, la fièvre jaune est, pour l’essentiel, une maladie de singes de la forêt tropicale, et l’on n’a aucun moyen de contrôler ce cycle.

Il existe des passerelles entre ces deux cycles. Les hommes allant en forêt peuvent être piqués par des moustiques de singes (notamment les bûcherons qui abattant des arbres amènent au niveau du sol les moustiques qui vivent avec les singes au sommet des arbres). Inversement, les singes poussés par la faim s’approchent parfois des villages et des vergers et se font piquer par Aedes aegypti. Dans les deux cas, s’amorce un cycle humain.

12.2.3.3 Clinique

La fièvre jaune est la forme la plus complète de l’infection à virus amaril, la majorité des infections étant inapparentes ou réduites à un syndrome fébrile douloureux. Ces formes inapparentes sont la règle chez les autochtones, partiellement protégés par des infections à d’autres arbovirus apparentés au virus amaril mais non pathogènes.

La fièvre jaune évolue en deux phases :

Après une incubation de 3 à 6 jours, la phase rouge est faite de fièvre, douleurs, nausées, et d’un aspect congestif du visage avec douleurs diffuses, rachialgies. La fièvre disparaît souvent transitoirement avant la deuxième phase qui est marquée par une hépatonéphrite : phase jaune.

Dans les formes graves apparaissent des hémorragies, notamment digestives, avec vomissements de sang noir (vomito negro).

La mortalité de la fièvre jaune varie de 5 % à 50 %. La marque histologique est une nécrose hépatique médiolobulaire sans réaction inflammatoire.

12.2.3.4 Diagnostic

Le virus amaril est un Flaviviridae (flavus = jaune) que l’on isole à partir du sang prélevé en phase aiguë, rapidement transporté et inoculé par voie intracérébrale au souriceau nouveau-né. On peut aussi inoculer des Toxorhynchites, moustiques de grande taille, non piqueurs, où l’on recherche la multiplication virale par immuno-cytodiagnostic sur un étalement du cerveau obtenu par écrasement de la tête du moustique entre deux lames.

Le titrage des anticorps à partir de 2 sérums (précoce et tardif) se fait en IHA ou en ELISA. La recherche d’IgM spécifiques dans le sérum donne plus précocement le diagnostic.

12.2.3.5 Traitement préventif

Il repose sur deux mesures.

  1. La VACCINATION avec le vaccin 17 D, vivant, atténué, préparé par passages sur embryon de poulet est très efficace. Une seule injection donne une immunité très solide, durant au moins 10 ans et probablement bien d’avantage. Bien que vivant, il n’est pas contre-indiqué chez la femme enceinte qui en aurait besoin, compte tenu de la gravité de la fièvre jaune. Toute personne se rendant en zone d’endémie doit avoir été vaccinée (voir annexe « Calendrier vaccinal 2005 »).
  2. La DESTRUCTION DES MOUSTIQUES ET DE LEURS REPAIRES ET LA PROTECTION PAR HABITS COUVRANTS, REPULSIFS ET MOUSTIQUAIRE.
    On contrôle ainsi la fièvre jaune urbaine, mais la fièvre jaune des singes persiste en Amérique et en Afrique intertropicales où, incontrôlable, elle est une menace permanente pour l’homme.
  3. Le relâchement des campagnes de vaccination de la population des pays d’endémie, en raison de la pauvreté et des guerres, fait qu’il y a chaque année actuellement 200 000 cas de fièvre jaune, en Afrique essentiellement, le Bénin étant particulièrement touché.
    La fièvre jaune n’existe pas en Asie, mais il y a tout ce qu’il faut pour qu’elle apparaisse : des singes et des moustiques sensibles aux virus. Les autorités sanitaires des pays asiatiques sont donc très vigilantes en matière de vaccination de voyageurs venant de zone d’endémie.

12.2.4 Encéphalites à arbovirus

Trois encéphalites à arbovirus intéressent la France métroploitaine.

  1. EN CAMARGUE, on trouve en abondance des moustiques, des chevaux et des oiseaux migrateurs. Par intermittence les chevaux et les hommes sont victimes d’encéphalites due au virus West Nile (Nil occidental) virus en fait très répandu en Afrique et en Asie. Il a pour réservoir des oiseaux sauvages migrateurs et pour vecteur les moustiques « ornithophiles » de ces oiseaux qui, occasionnellement, piquent l’homme ou le cheval. Tous deux représentant une impasse :
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    Surtout, suite aux perturbations climatiques liées à El Niño et à la prolifération consécutive du vecteur (culex), le virus West Nile est en voie d’expansion, avec une nouvelle souche très virulente originaire d’Israël : en 1999 à New York, elle a initié une épidémie marquée par une mortalité jamais observée des oiseaux réservoirs et par des cas humains mortels, point de départ d’une émergence attendue dans toute l’Amérique. Mêmes craintes pour l’Europe méridionale avec une épidémie en Roumanie.
  2. EN ALSACE, on touche au domaine d’une autre encéphalite : l’encéphalite à tique d’Europe centrale. Le virus a pour réservoir des rongeurs sauvages et pour vecteur les tiques qui parasitent ces rongeurs et qui occasionnellement piquent l’homme à l’occasion de promenades en prairies. Il existe un vaccin inactivé, recommandé avant randonnée en zone d’endémie, Autriche notamment.
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  3. LE POURTOUR DE LA MÉDITERRANÉE subit depuis peu l’émergence d’encéphalites et méningites à Toscanavirus, transmis par des phlébotomes.
  4. Ces encéphalites métropolitaines sont des raretés comparées aux encéphalites équines à arbovirus qui sévissent en Amérique du Nord et du Sud (encéphalite de Saint-Louis, encéphalite équine de l’Est, encéphalite équine de l’Ouest, encéphalite équine du Venezuela).
    Ces encéphalites américaines à arbovirus surviennent par épidémies dont certaines ont un taux de mortalité ou un taux de séquelles psychomotrices impressionnant.
  5. L’encéphalite japonaise est largement répandue dans les zones rurales de tout l’Extrême Orient, le réservoir étant les porcs et les oiseaux aquatiques. Le vaccin, inactivé, est à faire avant tout séjour en zone de rizières.
  6. Dans tous les cas, les encéphalites à arbovirus sont - comme l’encéphalite rabique, l’encéphalite aiguë nécrosante à HSV-1, la PESS à virus de la rougeole, la LEMP à virus JC - dues à la multiplication du virus dans le cerveau, contrairement à ce qu’on a vu pour les encéphalites post-rougeoleuses ou post-rubéoliques qui sont des encéphalites post-éruptives avec démyélinisation périveineuse, de nature probablement allergique.

12.2.5 La dengue

Troisième type clinique d’arbovirose : la DENGUE, modèle des fièvres hémorragiques à arbovirus. C’est l’arbovirose de très loin la plus fréquente actuellement de par le monde où elle est très largement répandue : on estime que 2,5 milliards de personnes ont été infectées, parmi la population mondiale actuelle.

On en observe des cas à la Réunion, dans le Sud Est Asiatique, en Amérique Centrale et du Sud, dans le Pacifique, dans les Antilles. Du fait de El Niño, Aedes aegypti remonte dans le Nord et la dengue menace le Sud de l’Europe.

Dans la plupart des cas, ce n’est qu’un syndrome fébrile douloureux de quelques jours, avec algies : dengue viendrait de dandy en espagnol, en raison de la démarche et des gestes maniérés imposés par les douleurs. Dans la forme complète, il y a deux vagues successives de fièvre avec adénopathies, exanthème maculo-papuleux et lympho-thrombopénie. La principale complication de la dengue est la survenue d’un syndrome hémorragique ou d’un syndrome de choc, surtout observés chez les enfants, entraînant la mort dans 5 à 10 % des cas ; on en observe 10 millions de cas par an dans le monde.

Il existe 4 types de virus de la Dengue, sans réservoir animal connu (exception à la règle). L’homme est seul réservoir ; le vecteur est Aedes ægypti. C’est une arbovirose essentiellement urbaine.

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On s’est demandé si les formes graves, hémorragiques ou avec choc, ne seraient pas dues à une réinfection par un type de virus différent du type de la primo-infection ; on invoque un mécanisme de sensibilisation, l’intervention d’anticorps facilitant l’infection, plutôt que neutralisants, à l’origine de ces formes graves. Tout cela est hypothétique. Cette pathogénie obscure et complexe (souvent, pathogénie rime avec patauger) doit rendre prudent dans la recherche d’un vaccin : on peut craindre qu’il soit plus nocif qu’utile !

12.2.6 Points importants

  • La définition des arbovirus est écologique mais la plupart des arbovirus appartiennent aux Togaviridae, Flaviridae et Bunyaviridae, qui sont des virus à ARN avec enveloppe, donc fragiles.
  • Il n’y a pas actuellement de chimiothérapie validée pour les arboviroses.
  • Notion de réservoir, de vecteur arthropode actif, à distribution géographique particulière et sensible aux perturbations climatiques, écologiques.
  • L’inventaire des arbovirus n’est pas terminé.
  • La fièvre jaune est une maladie des singes de la forêt intertropicale, en Amérique et en Afrique.
  • Le vaccin contre la fièvre jaune est très efficace.
  • Le relâchement de la vaccination humaine entraîne inévitablement une reprise des épidémies de fièvre jaune chez l’homme.
  • La dengue est l’arbovirose humaine la plus répandue. Elle n’a pas d’autre réservoir que l’homme.
  • Elle comporte des formes graves avec choc hémorragique de mécanisme mal élucidé.
  • Les encéphalites à arbovirus sont dues, comme pour la rage, à une multiplication du virus dans le cerveau.

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12.1 - Virus de la rage
12.2 - Arbovirus
12.3 - Infections à forte mortalité par filovirus, arénavirus, et hantavirus et autres virus émergents
12.4 - En guise de conclusion au cours de virologie médicale
12.2.1 - Définition
12.2.2 - Parcours habituel du virus dans l’organisme
12.2.3 - Fièvre jaune (virus amaril)
12.2.4 - Encéphalites à arbovirus
12.2.5 - La dengue
12.2.6 - Points importants
12.2.3.1 - Historique
12.2.3.2 - Les cycles
12.2.3.3 - Clinique
12.2.3.4 - Diagnostic
12.2.3.5 - Traitement préventif