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Santé publique

Sommaire

1 - La prévention : les principes

2 - Prévention des conduites addictives : le tabagisme

3 - Droits des malades


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 2 - Prévention des conduites addictives : le tabagisme

 

2.5 - Prévention

 

A l’occasion de la Journée Mondiale sans tabac (27 mai 2003), le ministre de la santé a présenté les axes de l’action gouvernementale contre le tabac. Elle vise à une diminution de 30 % du tabagisme des jeunes et de 20 % chez l’adulte. Cinq axes stratégiques ont été proposés :

  1. La limitation de l’accès au tabac : interdiction de vente au moins de 16 ans et augmentation du prix du tabac ;
    Le premier objectif est de limiter l’initiation au tabac - qui se fait aujourd’hui à plus de 80 % avant 18 ans, donc chez des enfants et des adolescents. Les buralistes seront passibles d’une contravention fixée à 150 Euros d’amende en cas de vente de cigarettes à des mineurs de moins de 16 ans.
    Le second objectif est d’obtenir au plus tôt l’arrêt du tabac. La contrainte ici est financière. Elle pèse sur les fumeurs. La question qui reste posée est le pourcentage des recettes liées à la taxation du tabac qui pourrait être attribué par l’Etat à la prévention du tabagisme. L’OMS a souhaité qu’au moins 1 % des recettes fiscales y soit attribué.
  2. La « dénormalisation » du tabac dans la société française :
    Plusieurs actions relèvent ce cet axe :
    1. Tout d’abord une meilleure application de la loi Evin
      La loi Evin (1991) est la première loi de lutte contre le tabagisme (elle concerne aussi l’alcool). Elle interdit toute publicité directe pour le tabac et les produits du tabac. Elle impose un message de caractère sanitaire sur chaque paquet de cigarettes. Elle interdit de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif, notamment scolaire, et dans les moyens de transports collectifs, sauf dans les emplacements réservés aux fumeurs. Elle permet aux associations dont l’objet statutaire comporte la lutte contre le tabagisme de se porter partie civile pour les infractions aux dispositions de la présente loi. Enfin, elle a sorti du calcul des indices des prix la référence au tabac ce qui a permis d’augmenter le prix du tabac.
      La loi Evin plus de 10 ans après sa promulgation est encore mal appliquée au moins sur deux points : 1) l’interdiction de fumer dans des lieux collectifs et la création d’espaces interdits aux fumeurs : lieux de travail, hôpitaux, milieu scolaire, bars, restaurants, … (Les réussites dans le transport notamment aérien sont réelles) ; 2) la publicité. Une récente étude de la direction générale de la santé montre par exemple que les firmes de tabac utilisent le vecteur du cinéma pour promouvoir le tabac montre « que ce sont dans les films français que les acteurs fument le plus et qu’une marque de tabac est encore identifiable dans près d’un tiers des 200 films ayant fait le plus d’entrée en France en salle ces vingt dernières années ».
      Les violations des dispositions relatives à la protection des non-fumeurs comme celles relatives à l’interdiction de la publicité (campagnes de promotion illicites dans les discothèques, les débits de tabac…) sont peu sanctionnées.
    2. La réduction de l’attrait des emballages de tabac
      L’arrêté du 25 avril 2002 impose aux fabricants :
      • d’une part d’inscrire sur les paquets un avertissement général devant couvrir au moins 30 % d’une des surfaces du paquet : « le tabac tue » qui remplace « nuit gravement à la santé »,
      • et d’autre part que tous les paquets de cigarettes portent sur la surface la plus visible de l’unité de conditionnement un avertissement spécifique couvrant au moins 40 % de cette surface. Il existe de multiples messages maintenant bien connus du public dont les plus célèbres sont :
        • « Fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre enfant ;
        • Les fumeurs meurent prématurément ;
        • Fumer provoque un vieillissement de la peau ;
        • Fumer peut nuire aux spermatozoïdes et réduit la fertilité ;
        • Arrêter de fumer réduit les risques de maladies cardiaques et pulmonaires mortelles ;
        • Votre médecin ou votre pharmacien peuvent vous aider à arrêter de fumer ».
    3. La signature à Genève par la France de la convention cadre des nations unies pour la lutte anti-tabac
      En 2003, l’OMS adopte une convention-cadre pour la lutte antitabac. Elle invite tous les Etats à le signer puis le ratifier la ratifier afin qu’elle puisse entrer en vigueur dans les meilleurs délais (il faut que 40 pays le ratifient). Il s’agit du premier instrument juridique conçu pour faire diminuer la mortalité due au tabac dans le monde. « Le traité demande aux pays d’imposer des restrictions sur la publicité en faveur des produits du tabac, le parrainage et la promotion ; d’imposer de nouveaux conditionnements et étiquetages ; de contrôler l’air ambiant à l’intérieur des locaux et de renforcer la législation pour réprimer la contrebande ».
    4. Des campagnes anti-tabac offensives
      Exemple : Spot radio « jesuismanipulé.com »
    5. L’engagement de la presse féminine
      Les rédactions de la presse féminine se sont engagées dès 2000 contre la progression du tabagisme féminin en signant la Charte « Pages sans fumée ». Cette charte engage les titres signataires à ne pas véhiculer une image positive de la cigarette et à informer sur les risques inhérents au tabagisme. La part des femmes dans la population des fumeurs ne cesse en effet d’augmenter - 28 % d’entre elles sont des fumeuses régulières - ce qui laisse augurer d’un accroissement spectaculaire de la mortalité féminine d’ici à 2025.
    6. L’éducation
      Il s’agit là de stratégie de promotion de la santé. L’information et l’éducation à l’école sont des fondamentaux de la prévention.
  3. L’encouragement à l’arrêt de la consommation de tabac.
    Les effets bénéfiques de l’arrêt du tabac sont indiscutables. Ils sont d’autant plus importants que l’arrêt est précoce. Il faut savoir qu’une grande majorité de fumeurs souhaitent arrêter de fumer, que beaucoup ont essayé mais que très peu réussissent. On estime pour chaque tentative à un tiers les chances de succès. Cette grande difficulté à arrêter même en étant motivé est étroitement liée à la dépendance.
    Pour aider au mieux les fumeurs plusieurs dispositifs ont été mis en place :
    • un numéro vert : tabac info service (0825 309 310), des sites Internet d’information (http://www.sante.gouv.fr/, http://www-tabac-net.ap-hop-paris.fr/)
    • la mise à disposition des fumeurs en pharmacie des substituts nicotiniques sans prescription médicale, (ils sont non-remboursés par l’assurance maladie)
    • le renforcement des consultations d’aide au sevrage tabagique dans les établissements de santé,
    • l’élaboration de recommandations (Afssaps) destinés aux médecins pour les aider dans leur choix de stratégies d’aide au sevrage tabagique.

    En dehors de l’arrêt qui est et reste le meilleur objectif, envisager une politique de réduction des risques comme pour les usagers de drogues est-elle possible à savoir réduire la toxicité (Est-il possible de rendre la cigarette moins dangereuse ? et/ou d’en diminuer la consommation ; Est-il justifié de conseiller à un fumeur de diminuer sa consommation de tabac ?) ? La réponse est plutôt négative. Le fumeur devant des cigarettes légères va accroître le nombre et le volume de bouffées par cigarette et le nombre de cigarettes fumées à la recherche de sa dose de nicotine.
    Les tests de dépendance (Fagërstom) et la mesure du CO pulmonaire qui sont utilisés par le médecin dans sa démarche d’aide au sevrage sont aussi des outils de prise de conscience de la toxicité du tabac pour les fumeurs.
  4. Le renforcement des aides de l’Etat aux associations luttant contre le tabac
    Le financement de ces associations permet d’une part de promouvoir la lutte contre le tabagisme, mais aussi d’assurer une vielle judiciaire sur le respect de la loi Evin. Certaines associations comme d’ailleurs certaines caisses d’assurance maladie se portent partie civile dans certaines affaires. Leurs moyens financiers sont dérisoires au regard de ceux de l’industrie du tabac
  5. La recherche et l’évaluation
    Il s’agit de mieux appréhender les évolutions de la consommation de tabac pour mieux orienter les actions de lutte contre le tabac, mais aussi de mieux comprendre les mécanismes en jeu dans l’installation et le maintien de la dépendance tabagique. Les études épidémiologiques sur la consommation de tabac intégrant des informations sur les connaissances, les attitudes et les comportements permettent de s’interroger sur les orientations des actions de lutte contre le tabagisme. Le rapport Roques (Inserm) qui a souligné que les effets du tabac étaient comparables à ceux des autres drogues a permis de repenser l’ensemble des stratégies de lutte contre le tabagisme.

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2.1 - Introduction
2.2 - Les effets du tabac sur la santé
2.3 - Tabac et dépendance
2.4 - Economie et tabac
2.5 - Prévention
Ce qu’il faut retenir