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Gynécologie

Sommaire

1 - Examen gynécologique

2 - Sexualité

3 - Leucorrhées

4 - Salpingites

5 - Ulcérations génitales

6 - MST

7 - Contraception

8 - IVG

9 - Stérilité du couple

10 - Assistance Médicale à la Procréation

11 - Hémorragie génitale chez la femme

12 - Algies pelviennes

13 - Aménorrhées primaires

14 - Aménorrhée secondaire

15 - Ménopause

16 - Prolapsus I.U.E

17 - Tuméfaction pelvienne

18 - Fibrome

19 - Kyste Ovarien

20 - Dépistage des cancers

21 - Pathologie bénigne du col utérin

22 - Cancer du col

23 - Cancer de l’endomètre

24 - Cancer de l’ovaire

25 - Pathologie benigne du sein

26 - Prise en charge des victimes d’abus sexuel


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 12 - Algies pelviennes

 

12.3 - Quels sont les principaux tableaux cliniques de douleurs pelviennes chroniques cycliques ?

 

La première QCM est : s’agit-il de douleurs périodiques, rythmées par les règles ?

Trois principaux syndromes douloureux cycliques sont :

  1. le syndrome intermenstruel,
  2. le syndrome prémenstruel,
  3. les dysménorrhées (ou algoménorrhée).

12.3.1 Le syndrome intermenstruel

Sur le plan clinique, ce syndrome du 15e jour est fait de l’association de :

Douleur :
  • Elle peut résumer le tableau clinique : il s’agit d’une pesanteur pelvienne, plus souvent diffuse que latéralisée, irradiant vers la région lombaire, vers les cuisses, vers le périnée,
  • Cette douleur, d’intensité variable, est en règle modérée, n’imposant pas l’arrêt de l’activité,
  • Rarement, le syndrome douloureux est d’une telle acuité qu’il peut faire croire à un ventre aigu,
  • Mais le caractère cyclique de la douleur, son apparition au milieu du cycle vers le 14e jour, la brièveté de cette algie pelvienne, se manifestant pendant quelques heures au plus, sont autant d’éléments permettant de faire le diagnostic.
Hémorragie intermenstruelle :
  • Elle est constante microscopiquement mais peut passer inaperçue cliniquement,
  • Elle est peu abondante, souvent limitée à quelques gouttes,
  • Elle ne dure que quelques heures, ou au maximum 1 ou 2 jours.
Gonflement abdomino-pelvien :
  • La sensation d’un gonflement abdomino-pelvien vient souvent compléter le tableau.

12.3.1.1 L’examen gynécologique

Il ne révèle que les signes d’imprégnation œstrogénique au voisinage de l’ovulation : glaire cervicale claire (parfois striée de sang), filante, abondante, cristallisant en feuille de fougère.

Les examens complémentaires : ils sont inutiles au diagnostic, tout au plus peut-on être amené, pour éliminer une autre étiologie dans les formes aigues, à réaliser une échographie qui permettrait de retrouver une lame liquidienne, rétro-utérine, hypo-échogène. (la cœlioscopie permettrait de rattacher ce syndrome à l’ovulation : follicule rompu, hémorragie dans le cul de sac de Douglas).

N.B. : Physiopathologie

Le syndrome intermenstruel est la traduction clinique exagérée de l’œstrus ovarien (ponte ovulaire) ; l’hémorragie est liée à la chute des œstrogènes à l’ovulation. Cette exagération d’un phénomène physiologique est liée à l’association d’un terrain neuro-végétatif et d’un terrain psychique particulier.

12.3.1.2 Le traitement

Les formes mineures répondent bien aux antalgiques banals et aux antispasmodiques. Les formes plus invalidantes justifient d’un blocage de l’ovulation, par les œstroprogestatifs par exemple. Enfin, l’explication du caractère physiologique de l’ovulation et des signes qui l’accompagnent, n’est jamais inutile.

12.3.2 Le syndrome prémenstruel

Il s’agit d’un cortège de manifestations apparaissant dans la semaine précédant les règles, et disparaissant soit la veille de la menstruation, soit au premier jour de celle-ci.

Le syndrome prémenstruel s’observe plus volontiers sur un terrain particulier : femme longiligne, intellectuelle et souvent de structure névrotique.

Sur le plan clinique, il associe :

  • des signes mammaires
    • Mastodynie d’intensité variable, tension douloureuse des seins gênant les mouvements des bras et rendant pénible le contact des vêtements
    • Les seins augmentent de volume, deviennent congestifs et apparaissent congestifs au palper et grenus, avec parfois quelques noyaux de taille variable, plus ou moins sensibles à la palpation.
  • Une congestion pelvienne. Elle est abdomino-pelvienne, elle associe un ballonnement intestinal et. une sensation de pesanteur douloureuse.
  • Des troubles psychiques : ils sont le plus souvent mineurs : il s’agit d’une instabilité caractérielle, avec irritabilité et anxiété. Très rarement, les troubles psychiques sont graves : tendance dépressive avec impulsions suicidaires, voire syndrome mélancolique. Il est à noter que le suicide chez la femme se produit habituellement en phase prémenstruelle, ainsi que certains gestes criminels tels que les meurtres passionnels.
  • Des manifestations extra-génitales : on peut observer des manifestations extra-génitales au syndrome prémenstruel : céphalées, migraines cataméniales, œdème par rétention hydrosaline (chiffrable à la pesée), gêne respiratoire avec picotements laryngés, herpès cataménial, pollakiurie, hyperlaxité ligamentaire et biens d’autres troubles mineurs affectant tout l’organisme.

L’examen gynécologique

Il montre parfois :

  • Des lésions témoignant d’une infection génitale antérieure. En fait, le plus souvent, il ne révèle rien d’anormal, si ce n’est un utérus un peu gros, congestif, qui revient à la normale après les règles.

12.3.2.1 Physiopathologie

La physiopathologie du syndrome prémenstruel reste encore obscure. S’il existe de manière indiscutable des anomalies de la perméabilité vasculaire avec des phénomènes congestifs responsables d’œdèmes au niveau tissulaire, les causes de ces phénomènes sont encore mal cernées.

  • Les œstrogènes augmentent la perméabilité capillaire d’une part et l’angiotensinogène d’autre part,
  • Les progestatifs ont une action tissulaire anti-progestéronique,
  • La prolactine, volontiers augmentée dans ce syndrome, a au contraire une action « aldostérone-like »et participerait donc ainsi à la constitution de l’œdème,
  • Certaines manifestations allergiques du syndrome prémenstruel sont en rapport avec une augmentation de l’histamine.
  • Enfin les facteurs psychologiques pourraient intervenir de plusieurs façons :
    • Perturbation des mécanismes de l’ovulation,
    • Modification du tonus neuro-végétatif au niveau des vaisseaux,
    • Variations du sympathique rénal pouvant induire une rétention hydro-sodée.

La synthèse de ces différents éléments est difficile à réaliser. Cependant, on peut estimer qu’un déséquilibre de la balance œstro-progestative en 2e moitié de cycle au profit des estrogènes, est le facteur déclenchant principal de la rétention liquidienne au niveau tissulaire.

12.3.2.2 Traitement

Le traitement à visée pathogénique fait appel aux progestatifs, qu’ils soient dérivés de l’hormone naturelle ou de synthèse. Ils ont tous, prescrits en deuxième moitié de cycle, une efficacité sur le syndrome prémenstruel. On évitera simplement les produits dotés d’une trop forte activité androgénique.

Le traitement à visée symptomatique suffit souvent. Ainsi les toniques veineux, en diminuant l’œdème tissulaire, améliorent en règle les doléances cliniques. Les diurétiques quant à eux, sont rarement nécessaires, ce d’autant que certains d’entre eux peuvent aggraver l’hyper-aldostéronisme.

Enfin les conseils d’hygiène de vie sont souvent nécessaires, repos, détente, sommeil... Parfois, une psychothérapie et l’adjonction de drogues tranquillisantes ne sont pas superflues. Soulignons que, en raison de l’évolution capricieuse de ce syndrome et de sa composante psychologique, l’appréciation des résultats thérapeutiques est assez délicate.

12.3.3 Dysménorrhée ou algoménorrhée

Le syndrome de la menstruation douloureuse est d’une fréquence extrême, intéressant plus de la moitié des femmes. Cependant si l’on ne retient que les cas ou la douleur menstruelle entraine une gêne, voire impose l’arrêt de l’activité, on peut en chiffrer la fréquence à une femme sur 10.

Il convient de diviser les algoménorrhées en 2 grands groupes :

  • Les algoménorrhées fonctionnelles, qui sont volontiers primaires,
  • Les algoménorrhées organiques, qui sont souvent secondaires, apparaissant après une période pendant laquelle les règles étaient « normales ».

Les algoménorrhées essentielles

Elles représentent les 3/4 des cas. Il s’agit le plus souvent d’un syndrome douloureux se manifestant dès l’adolescence.

12.3.3.1 Physiopathologie

Plusieurs facteurs sont intriqués dans la genèse des douleurs :

  • La contractilité du myomètre est variable au cours du cycle ; en période menstruelle, chez la femme normale, il existe des contractions utérines évoquant les contractions du travail, toutes les 1 à 4 mn. Chez la femme algoménorrhéique, l’activité utérine en phase menstruelle est différente : le tonus de base est élevé (> 10 mm Hg), il n’y a pas de retour au tonus de base entre les contractions, ces dernières ont une amplitude élevée (une douleur est ressentie au-dessus de 150 mm Hg), la fréquence des contractions est également augmentée. Cette hyperactivité utérine est responsable d’une ischémie du myomètre ; c’est cette ischémie qui est douloureuse.
  • Les prostaglandines et la découverte de leur rôle, ont permis de mieux cerner la physiopathologie de l’algoménorrhée. On sait désormais que PGF2 et PGE2 sont responsables de fortes contractions myométriales. Au niveau des cellules musculaires lisses du myomètre, les prostaglandines augmentent la polarisation membranaire et agissent sur les flux de calcium. Les femmes présentant une algoménorrhée ont une production accrue de prostaglandines dans le sang menstruel et dans l’endomètre ; de même, les métabolites circulants sont augmentés.
  • Des facteurs cervicaux sont suspectés depuis longtemps. On sait depuis peu qu’en fait, c’est par le biais des prostaglandines que les facteurs cervicaux peuvent entrer en jeu. En effet, si le sang menstruel stagne dans la cavité utérine en raison d’une sténose cervicale, les prostaglandines se sont mal évacuées et sont davantage réabsorbées par l’endomètre.
  • Le rôle des récepteurs adrénergiques et cholinergiques dans l’activité myométriale est mal connue. Anatomiquement, il existe une innervation sympathique issue des ganglions pré-sacrés et un réseau issu des ganglions périphériques juxta-utérins. Ce deuxième réseau dégénère tout au long de la grossesse. Après la grossesse, les terminaisons nerveuses régénèrent incomplètement ; les taux d’adrénaline contenus dans l’endomètre sont inférieurs à ceux d’avant la grossesse ; c’est ainsi que l’on explique l’effet bénéfique souvent observé d’une première grossesse sur l’algoménorrhée.
  • Des facteurs hormonaux entrent également en jeu. Ainsi, l’algoménorrhée n’apparaît que lors de cycle ovulatoire, ou au moins de cycle avec constitution d’une muqueuse de type sécrétoire (pas de douleur sous pilule combinée, douleurs sous pilule sqéuentielle). La progestérone est donc indispensable à l’algoménorrhée ; elle agirait en augmentant la synthèse des prostaglandines et leur liaison avec les cellules du myomètre. Si l’ocytocine est hors de cause, la vasopressine est un puissant stimulant de l’utérus, surtout au moment de l’ovulation. Par ailleurs, elle a une action vasoconstrictive directe sur les vaisseaux utérins, ce qui aggrave l’ischémie.
  • Les facteurs psychologiques, largement surestimés par le passé, semblent en fait n’être que des facteurs modulants et non déclenchants. On peut parler « d’un abaissement du seuil de la douleur » chez certaines femmes, secondaire à des perturbations psychologiques.

12.3.3.2 Les algoménorrhées « organiques »

Ce sont souvent des algomérrhées secondaires, observées chez des femmes multipares ou nullipares de plus de 25 ans. On recherche l’anomalie organique (cervicale, utérine ou annexielle) et l’on s’aidera des examens complémentaires de l’appareil génital (en particulier, hystérosalpingographie, cœlioscopie et surtout IRM). Plusieurs causes classiques, peuvent ainsi être retrouvées :

  • L’endométriose :
    • Elle est au premier rang des causes d’algoménorrhée organique. Caractérisée par le développement, dans divers tissus, de foyers cellulaires clos ayant les caractères de l’endomètre. L’endométriose affecte les femmes en âge de procréer. L’algoménorrhée endométriosique est tardive, apparaissant le 2e ou le 3e jour des menstruations, et dure jusqu’à la fin des règles. Elle s’associe à des douleurs pelviennes sans rythme, mais comportant une recrudescence prémenstruelle et parfois à une dyspareunie profonde,
    • Le diagnostic d’endométriose repose sur la clinique (foyer d’endométriose visible sur le col, palpable au niveau des ligaments utéro-sacrés et du cul-de-sac de Douglas) et surtout sur la cœlioscopie qui appréciera l’étendue des lésions et l’IRM.
  • Les sténoses organigues du col :
    • Elles sont une cause moins fréquente de menstruations douloureuses que l’endométriose. La douleur coincide avec le début des règles et atteint son maximum vers la fin. C’est une douleur aigue, à type de colique expulsive proche de la douleur d’une contraction utérine d’accouchement,
    • Ces sténoses organiques peuvent être congénitales ou acquises :
      • Congénitales : imperforation du col d’un utérus par ailleurs normal, ou malformations utéro-vaginales plus complexes ; on peut en rapprocher les imperforations hyménéales où l’algoménorrhée s’accompagne de la constitution d’un hématocolpos, voire d’une hématométrie.
      • Acquises : ces sténoses organiques sont dues à des lésions chimiques, thermo-électriques ou laser lors de la chirurgie du col ; on les observe aussi après amputation du col, curetage maladroit ayant entrainé une synéchie cervico-isthmique et en cas de polype cervical ou de fibromyome localisé dans la région cervico-isthmique.
  • L’infection génitale chronique :
    • Elle est rarement en cause, en dehors des ectopies surinfectées ou les endocervicites agissant comme zones réflexogènes.

12.3.3.3 Traitement des algoménorrhées

Le traitement des algoménorrhées organiques est toujours à visée étiologique :

  • L’endométriose relève avant tout du traitement médical visant à atrophier les foyers aberrants. Aux progestatifs utilisés auparavant, on peut substituer désormais le Danazol (Danatrol*) ou les agonistes de la Gn-RH (Decapeptyl*, Suprefact*, Enantone*...) ; dans certaines formes, un traitement chirurgical sera envisagé avec destruction des lésions sous contrôle cœlisocopique,
  • La sténose organique du col doit être traitée par dilatation cervicale, levée d’une synéchie, ablation d’un polype cervical,
  • L’infection génitale chronique relève de la cœlioscopie qui affirmera le diagnostic et précisera l’étendue des lésions. Le traitement repose sur l’antibiothérapie et la corticothérapie associées au repos.

Le traitement des algoménorrhées fonctionnelles :

  • Les traitements à visée physiopathologique :
    • Les antisprostaglandines : Ils entraînent 80 à 100 % d’amélioration. Plusieurs produits de cette classe médicamenteuse sont spécialement adaptés aux algoménorrhées : le naproxène {Naprosine* à la dose de 2 comprimés/jour), l’acide flufénamique (ARLEF à la dose de 2 à 4 comprim‚s/jour), l’acide méfénamique, (PONSTYL à la dose de 3 à 6 comprimés/jour). Ce traitement débutera dès la survenue des règles.
    • Les inhibiteurs de l’ovulation : Les œstro-progestatifs normodosés sont actifs dans 90 % des cas ; Les œstro-progestatifs minidosés sont moins efficaces, ils suffisent néanmoins dans la majorité des cas ; Les progestatifs macro-dosés sont également efficaces ; Les micro-progestatifs sont inefficaces car ils laissent persister une muqueuse sécrétoire pour les uns et des ovulations pour les autres. Les vasodilatateurs : utilisés pour lutter contre l’ischémie du myomètre, ils se révèlent en pratique d’une efficacité médiocre.
    • Les inhibiteurs calciques : ils bloqueraient l’action des prostaglandines au niveau de la cellule musculaire ; ils sont en fait peu utilisés en pratique.
  • Le traitement à visée symptomatique :
    • Les antalgiques et les antispasmodiques peuvent suffire dans les formes mineures,
    • Les progestatifs prescrits en 2e moitié de cycle peuvent également avoir un effet bénéfique grâce à leurs propriétés myorelaxantes sur l’utérus.
  • La psychothérapie : les facteurs psychiques n’ont pas l’importance qu’on leur accordait autrefois. L’apparition de thérapeutiques efficaces a fait diminuer le lot de ces patientes que l’on confiait parfois un peu rapidement au psychiatre.

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12.1 - Introduction
12.2 - Quels sont les éléments d’orientation diagnostique tirés de l’examen clinique ?
12.3 - Quels sont les principaux tableaux cliniques de douleurs pelviennes chroniques cycliques ?
12.4 - Quels sont les principaux tableaux cliniques de douleurs pelviennes chroniques non cycliques ?
12.5 - Quels sont les principales causes de douleurs pelviennes aigues ?
12.6 - Tableau des étiologies des algies pelviennes aigues
12.7 - Stratégie diagnostique
12.8 - Points essentiels
12.3.1 - Le syndrome intermenstruel
12.3.2 - Le syndrome prémenstruel
12.3.3 - Dysménorrhée ou algoménorrhée
12.3.1.1 - L’examen gynécologique
12.3.1.2 - Le traitement
12.3.2.1 - Physiopathologie
12.3.2.2 - Traitement
12.3.3.1 - Physiopathologie
12.3.3.2 - Les algoménorrhées « organiques »
12.3.3.3 - Traitement des algoménorrhées