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Cancérologie

Sommaire

I - Cancérologie générale

1 - Généralités cliniques

2 - Prévention, dépistage, cancers professionnels

3 - Biologie du cancer

4 - Anatomie pathologique

5 - Bases de la radiothérapie

6 - Principes de la chimiothérapie anti-tumorale

7 - Principe de la prise en charge psychologique du patient cancéreux

II - Localisations

8 - Cancer du testicule

9 - Cancers du col utérin

10 - Cancers de l’endomètre

11 - Cancer du sein

12 - Le cancer de l’ovaire

13 - Cancers bronchiques non à petites cellules

14 - Cancers bronchiques à petites cellules

15 - Cancer de l’œsophage

16 - Les cancers colorectaux

17 - Cancer de l’estomac

18 - Cancers des voies aéro-digestives supérieures


Tous droits de reproduction réservés aux auteurs


traduction HTML V2.8
V. Morice


Partie I - Cancérologie générale
Chapitre 3 - Biologie du cancer

 

 

Auteur : S. Taillibert

3.1 Un nouveau modèle biologique

La modélisation du processus de cancérogenèse comporte trois étapes :

Une première étape d’initiation consiste en une dysrégulation génomique (multiples évènements mineurs) aboutissant à une dysrégulation majeure. Il en résulte une transformation cellulaire.

Une deuxième étape de promotion est le résultat d’un faisceau d’interactions entre cytokines (facteurs de croissance) et leurs récepteurs. Il en résulte une perte de l’homéostasie tissulaire et l’émergence de clones cellulaires transformés.

La troisième étape d’invasion locale est à l’origine du phénomène de dissémination métastatique, elle résulte d’interactions entre le stroma et l’épithélium.

3.2 Histoire naturelle du développement des tumeurs solides

Quatre phases caractérisent l’évolution naturelle des tumeurs solides : une phase pré-clinique, une phase infraclinique, une phase clinique et une phase terminale.

  1. La phase préclinique résulte de la présence d’une anomalie génomique acquise ou transmise, incapable à elle seule de transformer une cellule normale en cellule cancéreuse, mais qui réduit le nombre de phénomènes acquis nécessaires à la transformation cellulaire.
  2. La phase infraclinique comporte une étape d’initiation aboutissant à une transformation cellulaire (acquisition d’un phénotype de cellule maligne). Il s’agit d’une étape acquise par action conjointe sur le génome d’agents carcinogènes (initiateurs = mutagènes) et d’agents cocarcinogènes (promoteurs : non mutagènes, facteurs de croissance-like).
    L’étape de promotion entraîne l’apparition d’une émergence d’un phénotype cellulaire tumoral indépendant des contrôles tissulaires. L’étape de promotion est associée à une étape de progression infraclinique lente initiale puis exponentielle.
    Ces 2 étapes sous-tendent 2 notions capitales :
    La notion de promoteur : facteurs de croissance, phénomènes d’autocrinie et de paracrinie, interactions cellulaires et angiogénèse.
    Une notion d’hétérogénéité tumorale avec expression d’un phénotype tumoral particulier.
  3. La phase clinique apparaît lors du développement de plus 109 cellules tumorales. Une progression métastatique apparaît après une première phase d’invasivité locale. Le phénomène métastatique résulte de multiples étapes toutes limitantes :
    • croissance de la tumeur primitive (angiogénèse)
    • invasion (sécrétion d’enzymes protéolytiques et migration cellulaire)
    • survie dans la circulation générale
    • arrêt dans les organes cibles (adhésion spécifique à l’endothélium vasculaire et aux membranes basales)
    • extravasation (sécrétion d’enzymes protéolytiques et migration cellulaire)
    • croissance dans l’environnement tissulaire spécifique au sein de l’organe cible, de la métastase primaire (récepteurs aux facteurs de croissance, phénomènes d’autocrinie)
    • métastases secondaires
  4. La phase terminale est le résultat d’un échappement thérapeutique. Les cellules tumorales sont caractérisées par une autonomie de croissance, une adaptabilité métabolique cellulaire, des phénomènes de pharmacorésistance.

3.3 La cellule cancéreuse : vision globale

La cellule cancéreuse possède les caractéristiques phénotypiques suivantes :

  1. perte de l’inhibition de contact
  2. perte de la dépendance vis à vis de l’ancrage
  3. indépendance par rapport aux facteurs de croissance
  4. immortalité
  5. tumorégénicité

3.3.1 Caractères généraux de la cellule cancéreuse

Caractères résiduels
la cellule garde un certain degré de différenciation caractéristique du tissu originel
Caractères morphologiques acquis
Anomalies du noyau : volumineux, multiples, nucléoles visibles, hyperploïdie
Anomalies de la taille des cellules : hétérogènes
Anomalies cytoplasmiques : augmentation du rapport cyto-nucléaire
Anomalies de la membrane cytoplasmique : perte de l’inhibition de contact, modification de l’adhésivité, modifications des antigènes de surface.
Caractères dynamiques acquis
Taux élevé, autonome, anarchique et indéfini de mitoses
Mort cellulaire par hypoxie

3.3.2 Anomalies biochimiques

Moindre différenciation (diminution des activités de synthèse, de sécrétion, d’excrétion).

Synthèse de substances en quantité et de qualité anormales : Immunoglobulines,

Hormones (syndromes paranéoplasiques).

Troubles de l’induction enzymatique.

Notion de croissance tumorale

La tumeur comporte 3 compartiments
Le compartiment des cellules en division,
Le compartiment des cellules quiescentes,
Le compartiment de cellules incapables de se diviser (mort cellulaire).
3 paramètres définissent la cinétique de croissance tumorale
Le coefficient de prolifération tumorale (nombre de cellules engagées en division),
Le coefficient de perte cellulaire,
La durée du cycle cellulaire (paramètre de moindre importance).
Les phases du cycle cellulaire se répartissent en moyenne de la façon suivante :
M : moins de 2 heures
G1 : moins de 3 jours
S : 8 à 12 heures
G2 : quelques heures
G0 : très variable, plus une tumeur est différenciée, plus le temps de doublement est long.
La courbe de croissance tumorale suit une courbe de type Gompertzienne (figure)
Image nbcell.trsp.gif


Seuil de détection : 1 g = 109 cellules = 30 doublements cellulaires.
Lors du décès : 1012 cellules = 1 kg = 10 doublements de plus
La phase pré-clinique est 3 à 4 fois plus longue que la phase clinique.
Exemple : pour les cancers du sein la phase préclinique peut atteindre 8 ans.

3.4 Modes de propagation des tumeurs

Une phase d’extension locale initiale est observée. Les cellules cancéreuses adoptent des caractéristiques de mobilité accrue, de perte de l’inhibition de contact, de moindre cohésion intercellulaire.

Des substances favorisant cette progression sont sécrétées. Il s’agit de facteurs d’angiogénèse, de facteurs toxiques induisant une nécrose tissulaire, de facteurs protéolytiques à l’origine d’une destruction de l’élastine et du collagène, d’une activation des phénomènes de lyse locale.

L’extension régionale résulte de facteurs mécaniques (compression tumorale sur les organes de voisinage), de modifications de la vascularisation régionale. L’extension régionale est liée à la nature du tissu d’origine (stroma péritumoral, réaction inflammatoire).

Une progression locale peut se propager anatomiquement le long des gaines des nerfs, des vaisseaux, des aponévroses.

L’extension métastatique repose le plus souvent sur les deux voies de dissémination décrites ci-dessous.

  • Dissémination lymphatique : les cellules tumorales atteignent le premier relaisganglionnaire, puis le canal thoracique et enfin la circulation sanguine.
  • Dissémination hématogène : cette voie est particulièrement fréquente pour les sarcomes, ainsi que pour beaucoup de carcinomes (poumon, colo-rectal, estomac, rénal, prostate, endocrinien).

Parmi les grandes voies de dissémination hématogènes :

  • grande circulation à partir du poumon
  • poumon à partir du système cave
  • foie à partir du système porte

Cette multiplicité de voies de dissémination reflète celle des sites métastatiques.

Autres voies de dissémination :

  • séreuses (cancer de l’ovaire, cancer du colon)
  • anatomiques le long des conduits naturels (uretère, vessie)

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3.1 - Un nouveau modèle biologique
3.2 - Histoire naturelle du développement des tumeurs solides
3.3 - La cellule cancéreuse : vision globale
3.4 - Modes de propagation des tumeurs
3.5 - Mécanismes moléculaires de l’oncogènése
3.6 - Génétique et cancer
3.3.1 - Caractères généraux de la cellule cancéreuse
3.3.2 - Anomalies biochimiques