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Auteurs : J.Y. Follezou, F. Baillet 2.1 Définitions
D’une façon générale la prévention des cancers regroupe l’ensemble des mesures qui permettent de prévenir l’apparition d’une tumeur maligne ou le développement d’une tumeur localisée asymptomatique. On distingue ainsi trois types de prévention : - La prévention primaire, qui a pour objectif l’éradication des causes des cancers ;
- La prévention secondaire, dont l’enjeu est le dépistage et le traitement des états précancéreux ;
- La prévention tertiaire, qui a pour but le dépistage et le traitement du cancer à un stade localisé et asymptomatique.
La prévention secondaire et la prévention tertiaire, qui relèvent de pratiques très similaires sont logiquement regroupées sous le qualificatif de dépistage. 2.2 La prévention primaire
Elle consiste à soustraire l’individu aux facteurs cancérigènes identifiés. Ceux-ci sont principalement de trois types : des substances chimiques, les radiations ionisantes et certains virus. Le tableau 1 présente des facteurs dont la carcinogénécié pour l’Homme a été établie. Les stratégies de prévention dépendent en premier lieu du type d’exposition qui peut être professionnel, médical ou général (environnement et comportement) | Tableau 1 Facteurs dont la cancérogénicité pour l’Homme est établie (donné à titre indicatif) |
| Facteur d’exposition |
Localisation |
| Aflatoxines |
Foie |
| Agents alkylants |
Vessie. Leucémies |
| Aluminium (production) |
Poumon. Vessie |
| Amiante, erionite et talc contenant des fibres asbestiformes |
Poumon. Plèvre. Péritoine |
| Amines aromatiques |
Vessie |
| Arsenic |
Foie. Poumon. Vessie |
| Benzène |
Leucémies |
| Bis-chlorométhyle-éther et chlorométhyl-méthyl-éther |
Poumon |
| Boissons alcoolisées |
Bouche. Pharynx. Larynx. Œsophage. Foie. Sein |
| Caoutchouc (industrie) |
Leucémie. Vessie |
| Chique (bétel plus tabac) |
Bouche |
| Chlornaphazine |
Vessie |
| Chlorure de vinyle |
Foie |
| Chrome |
Poumon |
| Contraceptifs oraux combinés |
Foie |
| Contraceptifs oraux séquentiels |
Endomètre |
| Fabrication de l’alcool isopropyl |
Nez |
| Fonderie fer et acier |
Poumon |
| Gaz moutarde |
Poumon |
| Hydrocarbures polycycliques |
Peau. Larynx. Bouche. Poumon. Rein. Vessie |
| Immunosuppresseurs (azathioprine Ciclosporine) |
Lymphomes non hodgkiniens. Maladie de Kaposi. Foie. Peau |
| Magenta (fabrication) |
Vessie |
| 8-Méthoxypsoralène + UV |
Peau |
| Nickel |
Sinus nasal. Ethmoïde. Poumon |
| Œstrogènes post ménopause |
Endomètre |
| Œstrogènes (exposition in utero) |
Vagin. Col. Testicule |
| Phénacétine |
Rein |
| Poussière de bois |
Sinus nasal. Ethmoïde |
| Poussière de cuir |
Leucémie |
| Radiations ionisantes |
Os. Peau. Sein. Cerveau Leucémie Foie |
| Radon (mines d’urarnium, de fer) |
Poumon |
| Rayonnement ultra violet |
Peau. Lèvre |
| Stéroïdes : anabolisants |
Foie |
| Tabac |
Bouche. Larynx. Pharynx Poumon. Œsophage |
| Virus hépatites B et C |
Foie |
| Virus HTLV-1 |
Leucémie |
| Papillomavirus |
Col de l’utérus |
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2.2.1 Exposition professionnelle
| Tableau 2 Liste des cancers professionnels reconnus en France et agent(s) ou source(s) d’exposition (donné à titre indicatif)(D’après Abadia, 1990 et Hill, 1994) |
| Localisation tumorale |
Agent ou source d’exposition |
| Peau (épithélioma) |
Arsenic et ses composés minéraux Brais, goudrons et huiles de houille. Dérivés du pétrole. Huiles anthracéniques. Suies de combustion du charbon |
| Os (sarcome) |
Rayonnements ionisants |
| Ethmoïde |
Bois. Nickel |
| Bronchopulmonaire |
Acide chromique. Amiante. Arsenic. Bis chlorométhyl éther. Chromate de zinc. Chromates et bichromates alcalins ou alcalino-terreux. Nickel. Rayonnements ionisants (inhalation). Oxydes de fer. |
| Plèvre |
Amiante (mésothéliome et autres) |
| Péricarde |
Amiante (mésothéliome primitif) |
| Péritoine |
Amiante (mésothéliome primitif) |
| Vessie |
Amino 4 diphényle. Benzidine et homologues. Bêta naphtylamine. Dianisidine. 4 Nitro diphényle. |
| Cérébrale (glioblastome) |
N méthyl et N-éthyl N’nitro N nitrosoguanidine. N méthyl et N éthyl N nitrosourée. |
| Foie (angiosarcome) |
Arsenic et dérivés. Chlorure de vinyle |
| Leucémies |
Benzène Rayonnements ionisants |
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Le tableau 2 donne la liste des cancers professionnels reconnus en France et les agents ou sources d’exposition identifiés. La prévention de ces cancers consiste à soustraire les individus exposés au contact des agents connus. Elle est d’ordre réglementaire, c’est à dire qu’elle est fixée par la loi et les décrets qui en découlent. Elle doit être doublée d’une surveillance médicale régulière, à visée de dépistage, les mesures d’éradication causale les plus strictes et les mieux appliquées n’étant jamais infaillibles. 2.2.2 Exposition médicale
Certains traitements médicaux sont cancérigènes (voir tableau 1). Pour l’essentiel il s’agit des radiations ionisantes, des œstrogènes, des agents anticancéreux et de certains immunosuppresseurs et de la phénacétine. Ces traitements ne doivent évidemment être mis en œuvre que lorsque le bénéfice attendu est largement supérieur aux risques encourus. 2.2.3 Exposition générale
Elle comprend des facteurs de l’environnement et des facteurs comportementaux. Les facteurs de l’environnement sont essentiellement regroupés sous le terme de pollutions. Celles-ci peuvent être industrielles, individuelles (automobile) ou alimentaires (ingrédients cancérigènes). Les mesures préventives sont également d’ordre réglementaire. Les facteurs comportementaux concernent des attitudes, conscientes ou non, d’exposition à des risques cancérigènes. A l’échelle mondiale, il s’agit avant tout de la consommation de tabac et d’alcool. Il s’agit également de pratiques sexuelles, via certaines maladies sexuellement transmissibles qui constituent un facteur de risque (hépatites B et C, VIH, HTLV, Herpès virus, Papilloma virus). Des facteurs nutritionnels peuvent favoriser l’apparition de certains cancers. Des enquêtes épidémiologiques ont permis de mettre en évidence des facteurs alimentaires qui semblent prédisposer à la cancérisation. Ainsi, une alimentation riche en graisses saturées augmenterait le risque de cancer colo-rectal. La consommation de fibres pourrait diminuer le risque de ce cancer. L’ingestion régulière de fruits et de légumes riches en bêta-carotène est associée à un risque réduit de cancer. L’obésité est liée à un risque accru. Enfin, l’hyper exposition solaire constitue un facteur étiologique majeur du mélanome malin. La prévention en matière de risque comportemental s’appuie fondamentalement sur l’information concernant ces risques. Pour certains facteurs des mesures spécifiques peuvent accompagner ou renforcer l’effort éducatif : traitement médical de l’obésité, vaccination contre l’hépatite B, utilisation des préservatifs. Depuis quelques années des essais de chimioprévention ont été entrepris, le plus souvent ciblés sur des populations présentant un risque particulier. Ils font essentiellement appel à des antioxydants (vitamines C et E, sélénium, bêta-carotène), à des facteurs potentiels de différenciation cellulaire (acide rétinoïque) ou a des hormones (anti-œstrogènes). |