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Cancérologie

Sommaire

I - Cancérologie générale

1 - Généralités cliniques

2 - Prévention, dépistage, cancers professionnels

3 - Biologie du cancer

4 - Anatomie pathologique

5 - Bases de la radiothérapie

6 - Principes de la chimiothérapie anti-tumorale

7 - Principe de la prise en charge psychologique du patient cancéreux

II - Localisations

8 - Cancer du testicule

9 - Cancers du col utérin

10 - Cancers de l’endomètre

11 - Cancer du sein

12 - Le cancer de l’ovaire

13 - Cancers bronchiques non à petites cellules

14 - Cancers bronchiques à petites cellules

15 - Cancer de l’œsophage

16 - Les cancers colorectaux

17 - Cancer de l’estomac

18 - Cancers des voies aéro-digestives supérieures


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Partie I - Cancérologie générale
Chapitre 2 - Prévention, dépistage, cancers professionnels

 

 

2.3 Prévention secondaire et prévention tertiaire : dépistage des lésions précancéreuses et des cancers localisés asymptomatiques

Il faut distinguer le dépistage de masse et le dépistage dans des populations présentant un risque particulier (dites population à risque).

Le premier s’adresse à la population générale, sans autres précisions que l’âge et le sexe.

Le second concerne des individus identifiés comme présentant un facteur de risque particulier autre que le sexe et l’âge. Les principales populations à risque sont listées dans le tableau 3.

Tableau 3 Exemple de populations à risque élevé de cancers
(D’après C. Hill, 1994)
Caractéristiques des sujets à risque Type de cancer attendu
Professions particulières Voir tableau 2
Cancer du sein chez mère ou sœur Sein
Asbestose Bronches, mésothéliome
Dysplasies de l’œsophage Œsophage
Fumeurs Bronches
Volumineux polype(s) adénomateux Colorectal
Polypose colique familiale Colorectal
Antécédents familiaux de cancers colorectaux (parents, fratrie) Colorectal
Kératose actinique Peau
Albinos Peau
Cancers cutanés baso-cellulaires Autres baso-cellulaires
Dysplasie intra-épithéliale du col Col utérin

Le dépistage chez les sujets à risque a un coût social relativement peu élevé, car il s’adresse à une population numériquement faible et, sauf exception, fait appel à des examens peu onéreux.

En revanche, le dépistage de masse, qui s’adresse à la population générale est d’un coût social élevé.

Les principales lésions précancéreuses sont regroupées dans le tableau 4.

Tableau 4 Lésions précancéreuses les plus fréquentes
Dysplasies du col utérin
Adénomes colo rectaux
Dysplasies de l’œsophage
Leucoplasies épithéliales buccales
Certaines mastopathies bénignes
Kératoses.

De nombreux programmes de dépistage de certaines lésions précancéreuses et de cancers localisés asymptomatiques ont été réalisés pour une grande variété de tumeurs : poumon, col de l’utérus, sein, colon-rectum, estomac, vessie, mélanome, ovaire, neuroblastome.

A l’heure actuelle, le cancer du col de l’utérus et le cancer du sein sont les seules tumeurs pour lesquelles l’efficacité du dépistage a été démontrée. Les études sur le dépistage du cancer colo-rectal semblent apporter des résultats prometteurs.

Si le dépistage de ces états engage la responsabilité de la société dans son ensemble, elle engage également au premier chef celle des médecins et, en particulier, des généralistes.

L’anamnèse et l’examen clinique sont les éléments de base élémentaires du dépistage des cancers. A ce propos il faut comprendre que lorsque l’on parle de cancer asymptomatique ce vocable inclut des signes cliniques passés inaperçus, voire indétectables par le patient lui même.

Pour un certain nombre de tumeurs un consensus concernant le dépistage dans la population générale est en voie d’émergence.

Concernant le cancer du col de l’utérus des frottis cervico-vaginaux annuels (permettant de dépister des lésions précancéreuses ou des cancers débutants) peuvent être recommandés dès l’âge de l’activité sexuelle.

Pour le cancer du sein, outre l’auto-examen et l’examen clinique régulier, la réalisation de mammographies tous les trois ans à partir de la quarantaine constituent sont des démarches raisonnables dont le bénéfice est démontré.

Pour le cancer colo-rectal, la recherche de sang dans les selles pourrait être faite à partir de la cinquantaine, à un rythme annuel. La réalisation d’une colonoscopie (tous les trois ou cinq ans), à partir de cinquante ans, a également été proposée.

Pour le cancer de la prostate, le toucher rectal (annuel à partir de cinquante ans) demeure le geste clé du dépistage. L’intérêt du dosage du PSA est en cours d’évaluation et semble intéressant.

On sait désormais qu’il existe des gènes de prédisposition à certains cancers. Cinq à dix pour cent des cancers surviennent quand ces gènes sont présents, bien que l’étude familiale ne permettent pas de les soupçonner… Ainsi, en dépit d’une pénétrance génique très incomplète le cancer peut être considéré comme la maladie héréditaire la plus fréquente !

Le dépistage de ces gènes, notamment pour le cancer du sein et de l’ovaire n’est pas encore de pratique courante mais devrait s’étendre rapidement dans les toutes prochaines années.

2.4 Les cancers professionnels

On estime qu’environ 10 % des salariés sont exposés à des cancérogènes reconnus comme tels .On estime également que 5 % des cancers observés en France sont d’origine professionnelle et que moins de 10 % de ceux- ci sont indemnisés essentiellement par absence de déclaration.

Parmi les cancers professionnels, ceux provoqués par l’amiante sont ceux qui provoquent le plus de décès : 2000 en 1996 (750 mésothéliomes et 1200 cancers bronchiques). L’amiante fait partie des cancérogènes certains pour l’homme classés comme tels par le Centre International de Recherche sur le Cancer de Lyon (CIRC). Il figure comme d’autres produits cancérogènes sur les tableaux de maladie professionnelle du régime général ou du régime agricole de Sécurité Sociale comme :

  • L’arsenic
  • Le bischloro-méthyl éther
  • Les dérivés du chrome
  • Les goudrons, suies et dérivés du charbon et de sa combustion
  • Les rayonnements ionisants
  • Les amines aromatiques
  • Les oxydes de fer
  • Les poussières de bois
  • Les huiles minérales dérivées du pétrole
  • Les poussières de cobalt associées au tungstène.

Pour ces produits la prise en charge (frais liés aux soins et rente en cas d’invalidité) ne se fait que pour des activités professionnelles définies avec une durée d’exposition minimum et selon un délai de prise en charge. Le médecin décrit la maladie dans un certificat et le malade, dans les 2 ans qui suivent, demande la reconnaissance de la maladie professionnelle à son organisme de Sécurité Sociale. Lorsque les conditions de reconnaissance pour ces produits ne sont pas remplies (par exemple activité professionnelle non sur la liste) l’imputabilité doit être reconnue par une Commission spéciale le « Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles » (CRRMP) qui décide s’il y a « un lien essentiel et direct » entre la maladie et le travail. Cette commission examine également les cas concernant les cancérogènes reconnus par le CIRC et non inscrits sur les tableaux (par exemples les brouillards ou vapeurs d’acide sulfurique pur ou en mélange), ou tout autre situation où l’on suspecte médicalement une relation entre un éventuel cancérogène, un cancer et une activité professionnelle particulière.

Toutes ces déclarations permettent non seulement d’aider les victimes mais aussi d’entreprendre des actions de prévention particulièrement utiles. De plus ces déclarations permettent de découvrir et de reconnaître (avec des délais plus ou moins longs) de nouvelles maladies professionnelles. Le médecin, quelque soit son activité, doit donc être vigilant pour faire reconnaître les maladies professionnelles.

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2.1 - Définitions
2.2 - La prévention primaire
2.3 - Prévention secondaire et prévention tertiaire : dépistage des lésions précancéreuses et des cancers localisés asymptomatiques
2.4 - Les cancers professionnels