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Bactériologie

Table des matières

1 - Anatomie fonctionnelle des bactéries

2 - Génétique bactérienne

3 - Staphylocoques

4 - Les streptocoques, entérocoques et pneumocoques

5 - Les neisseria

6 - Les bacilles à gram positif non sporules

7 - Entérobactéries et autres bacilles à gram négatif non exigeants

8 - Les bacilles a gram positif sporules

9 - Les bacilles à gram négatif hémophiles ou exigeants

10 - La flore microbienne normale de l’organisme

11 - Les spirochetes

12 - Mycobactéries

13 - Les rickettsia et bactéries voisines

14 - Les chlamydia


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traduction HTML V2.8
V. Morice


Chapitre 6 - Les bacilles à gram positif non sporules

 

6.1 - Corynebactérium diphteriae

 

Les corynébactéries sont des bacilles à Gram positif, immobiles et asporulés, souvent granuleux et à extrêmités élargies. Leur groupement en palissades ou en lettres de l'alphabet est souvent caractéristique. De nombreuses espèces font partie de la flore normale de l'arbre respiratoire, des autres muqueuses et de la peau. Corynebacterium diphteriae sécrète une toxine qui est responsable de la diphtérie.

6.1.1 Historique

En 1883, à une époque où la diphtérie tuait encore 60 000 personnes par an en France, KLEBS découvre le bacille dans les fausses membranes de l'angine diphtérique.

En 1884, LOEFFLER le cultive et reproduit la maladie locale et générale chez l'animal. Il constate que le bacille reste au point d'inoulation.

En 1888, ROUX et YERSIN reproduisent expérimentalement la diphtérie par inoculation d'un filtrat de bouillon de culture. La toxine diphtérique était découverte.

En 189O, BEHRING et KITASATO immunisent l'animal avec des doses faibles de toxine et obtiennent un sérum antitoxique utilisé pour le traitement des malades.

En 1913, SCHICK met au point un test d'immunité par injection intradermique de toxine.

En 1923, RAMON transforme la toxine en anatoxine et produit le premier vaccin antidiphtérique.

6.1.2 Habitat

Corynebacterium diphteriae est un parasite strict de l'espèce humaine. Il se transmet directement d'individu à individu par voie respiratoire. Les agents de contamination sont les malades ou les porteurs sains.

6.1.3 Pouvoir pathogène

6.1.3.1 Physiopathalogie

Chez les sujets réceptifs, C.diphteriae se multiplie sur les muqueuses respiratoires (habituellement du rhinopharynx, parfois du larynx) et commence à secréter de la toxine. Celle-ci est absorbée par les muqueuses, détruit l'épithelium et provoque une réaction inflammatoire. L'epithelium nécrosé se recouvre d'un exsudat fibrineux riche en hématies et en globules blancs, la « fausse membrane ». Celle-ci siège classiquement sur les amygdales, le pharynx ou le larynx (croup •asphyxie). Elle est adhérente et toute tentative de prélèvement fait saigner. Il y a une importante réaction ganglionnaire cervicale. Dans la fausse membrane, C.diphteriae continue à produire sa toxine qui diffuse dans tout l'organisme où elle bloque les synthèses cellulaires. Elle provoque ainsi une dégénérescence parenchymateuse, une infiltration graisseuse, des lésions nécrotiques, cardiaques, hépatiques, rénales, surrénaliennes, parfois accompagnées d'hémorragies. La toxine peut aussi entrainer des lésions neurologiques qui se traduisent par des paralysies du voile du palais, des muscles oculaires et des extrêmités.

6.1.3.2 Clinique

La maladie commence par une angine fébrile à fausses membranes située habituellement sur les piliers du voile avec une importante réaction ganglionnaire (dit cou « proconsulaire »). Les signes de toxicité apparaissent rapidement et conduisent à la prostration. Ils peuvent être accompagnés de dyspnée liée à l'obstruction des voies aériennes supérieures (larynx et trachée) par la fausse membrane (croup). En dehors du croup, les complications cardiaques (myocardite) et nerveuses (dysphagie et paralysie) dominent le pronostic. Chez le sujet vacciné, la diphtérie se manifeste par une angine banale ou à fausses membranes mais sans signes généraux.

6.1.4 Bactériologie

6.1.4.1 Microscope

Bacille à Gram positif, immobile, sans spore ni capsule. Il est légèrement incurvé, avec des extrêmités arrondies, en massue, en haltères, et donne des groupements caractéristiques en paquets d'épingles, en palissades, en lettres chinoises. La coloration met en évidence des granulations métachromatiques, de siège polaire (figure 1).

6.1.4.2 Culture

Corynebacterium diphteriae pousse sur la majorité des milieux de culture usuels. Mais la culture est favorisée par la présence de sang ou de sérum. Sur le milieu de LOEFFLER, au sérum coagulé, il pousse plus rapidement que les autres bactéries en donnant de petites colonies grisâtres granuleuses, à bord irrégulier.

6.1.4.3 Caractères biochimiques

C.diphteriae est aérobie-anaérobie facultatif. Ses caractères biochimiques sont sans intérêt dans la mesure où seule la production de toxine a valeur diagnostique.

6.1.4.4 Structure antigènique et substances élaborées

Le seul antigène important de C.diphteriae est la toxine. Celle-ci est commune à tous les bacilles diphtériques et donne donc naissance à un seul type d'anticorps neutralisants. C'est une exotoxine sécrétée par C.diphteriae durant sa phase de croissance (figure 2). C'est une protéine de 535 acides aminés. Sa sécrétion est génétiquement liée à la lysogénie par un prophage et se produit quand il y a une faible concentration en fer. Une partie de la protéine se lie à la protéine réceptrice (Heparin binding epidermal growth factor ou HB-EGF) très abondante dans les nerfs et le cœur.

L'autre partie se sépare et pénètre dans le cytoplasme de la cellule dont le fonctionnement est inhhibé par ADP ribosylation.

Sous l'action combinée du formol (0,3 %) et de la chaleur (37°C), la toxine est transformée en un produit stable, non toxique mais ayant gardé ses propriétés antigéniques que l'on appelle anatoxine (cf. traitement préventif, section 6.1.6.2).

6.1.5 Diagnostic bactériologique

Le diagnostic bactériologique a pour but de confirmer l'impression clinique et a beaucoup d'importance épidémiologique. Mais il ne doit jamais faire retarder le traitement si le tableau clinique est très évocateur de diphtérie.

L'examen microscopique du prélèvement de gorge et de la fausse membrane peut montrer des formes bacillaires granuleuses caractéristiques. La culture sur sérum de bœuf coagulé permettra d'isoler en 18 heures des colonies suspectes dont il faudra montrer qu'elles sont productrices de toxine. L'inoculation au cobaye et l'immuno-diffusion en gel (test d'ELEK) sont les deux méthodes de choix pour révéler la production de toxine.

6.1.6 Traitement

6.1.6.1 Traitement curatif

Il repose principalement sur l'injection aussi précoce que possible de sérum antitoxique purifié (de cheval habituellement). Pour limiter les lésions cellulaires, on injecte habituellement par voie intramusculaire 20 000 à 100 000 unités antitoxiques, une ampoule de 10 ml de sérum antidiphtérique titre 100 000 unités, après avoir vérifié (par une injection intradermique) que le sujet n'est pas hypersensible au sérum animal. Mais les risques de la sérothérapie d'origine animale sont tels (choc anaphylactique, maladie sérique) que l'on a de plus en plus souvent recours au sérum de sujets humains immunisés ou mieux à la fraction gammaglobulinique de ces sérums. Un traitement antibiotique complémentaire à base de pénicilline ou d'érythromycine est entrepris pour arrêter la production de toxine et éliminer C.diphteriae.

Le repos prolongé au lit est nécessaire en raison des risques cardiaques.

La vaccination est aussi réalisée pour permettre un relais de la sérothérapie.

6.1.6.2 Traitement préventif

C'est la vaccination obligatoire, par l'anatoxine purifiée, durant la première année de la vie. Associée à la vaccination antitétanique et anticoquelucheuse (D.T. Coq.), elle consiste en trois injections sous-cutanées à 1 mois d'intervalle avec rappel 1 et 5 ans plus tard. Elle est efficace à 100 %. La diphtérie est devenue très rare en Europe du fait de cette vaccination obligatoire.

Cependant, une recrudescence formidable de la diphtérie s'est produite dans l'ex URSS à partir de 1991 (moins de 1 000 cas par an en 1988-89 et plus de 20 000 cas en 1993-94 en Russie) par suite de la diminution de la couverture vaccinale. Cette recrudescence a été stoppée par un programme intensif de vaccination.

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6.1 - Corynebactérium diphteriae
6.2 - Listéria monocytogènes
6.1.1 - Historique
6.1.2 - Habitat
6.1.3 - Pouvoir pathogène
6.1.4 - Bactériologie
6.1.5 - Diagnostic bactériologique
6.1.6 - Traitement
6.1.3.1 - Physiopathalogie
6.1.3.2 - Clinique
6.1.4.1 - Microscope
6.1.4.2 - Culture
6.1.4.3 - Caractères biochimiques
6.1.4.4 - Structure antigènique et substances élaborées
6.1.6.1 - Traitement curatif
6.1.6.2 - Traitement préventif