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Table des matières 1 - Anatomie fonctionnelle des bactéries 2 - Génétique
bactérienne 3 - Staphylocoques 4 - Les streptocoques,
entérocoques et pneumocoques 5 - Les neisseria 6 - Les bacilles à gram positif non sporules 7 - Entérobactéries
et autres bacilles à gram négatif non exigeants 8 - Les bacilles
a gram positif sporules 9 - Les
bacilles à gram négatif hémophiles ou exigeants 10 - La flore microbienne normale
de l'organisme 11 - Les spirochetes 12 - Mycobactéries 13 - Les rickettsia et bactéries
voisines 14 - Les chlamydia
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traduction HTML V2.3 V. Morice
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Chapitre 2 - Génétique
bactérienne
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L'ADN bactérien peut être l'objet de variations qui se traduisent
par l'apparition de différences héréditaires dans les structures
et/ou les fonctions permanentes des bactéries. Les variations génétiques
ou génotypiques (le génotype est l'ensemble des déterminants
génétiques portés par une cellule) résultent d'une mutation,
d'une transformation, d'une conjugaison, de l'acquisition d'un plasmide, d'une transduction,...
en somme d'un changement de nature d'un ou plusieurs gènes. Les variations
génétiques doivent être distinguées des variations phénétiques
ou phénotypiques (le phénotype est l'ensemble des propriétés
observables d'une cellule). Les premières affectent le génome bactérien
dans sa séquence nucléotidique alors que les secondes affectent le
comportement de la bactérie. Les variations phénotypiques qui résultent
de l'adaptation de l'ensemble d'une population bactérienne ayant le même
génotype à diverses conditions extérieures sont réversibles,
non transmissibles à la descendance mais spécifiques (non aléatoires).
Leur mécanisme est en relation avec l'activité des gènes qui
peut être régulée par des systèmes plus ou moins complexes :
induction comme dans l'opéron lactose ; répression comme dans
l'opéron tryptophane (Jacob et Monod 1961...). 2.1 Variations génétiques
par mutation
La mutation est un changement, spontané ou provoqué par
un agent mutagène, héréditaire (stable), brusque (discontinu),
rare (10-6 à 10-9) et indépendant dans les caractères d'une
bactérie, et qui est lié à une modification du génome
bactérien (ADN). Il n'y a pas de différence de nature entre la mutation
d'une cellule eucaryote et celle d'une cellule procaryote. 2.1.1 Caractères de la
mutation bactérienne
Spontanéité (hasard) ou induction. Pour
révéler la présence d'un mutant, il est nécessaire d'utiliser
un moyen sélectif (par exemple milieu de culture avec un antibiotique, ou
milieu minimum additionné d'un seul acide aminé). De ce fait on ne
peut distinguer si la mutation est spontanée ou si elle est induite par l'agent
sélectif. Le caractère spontané de la mutation a été
formellement établi par l'analyse statistique de la distribution des mutants
dans des tubes de bouillon de culture ensemencés en parallèle avec
une même suspension microbienne (test de fluctuation de Luria et Delbruck,
1943) et par le test des répliques au tampon de velours, sans contact avec
l'agent sélecteur (Lederberg et Lederberg, 1952). - Le test de fluctuation de
Luria et Delbruck (figure 1) concerne la résistance d'E.coli à un bactériophage
(virus qui infecte les bactéries et entraîne leur lyse). Une culture
jeune en milieu liquide est divisée en deux parties égales de 10 ml.
Chaque partie contient 1.000 cellules bactériennes. La première partie
est gardée telle quelle dans un flacon, tandis que la seconde est subdivisée
à parties égales (0,2 ml) en 50 petits tubes. Tous les tubes sont
mis à cultiver à 37°C. Après culture, le contenu des tubes est
étalé sur des géloses recouvertes de bactériophages :
50 échantillons égaux sont prélevés du flacon et étalés
séparément ; le contenu de chacun des 50 petits tubes est aussi
étalé séparement.
On observe les faits suivants : le nombre
de colonies bactériennes résistant aux bactériophages est à
peu près le même, entre 3 et 7 colonies résistantes, sur chacune
des cinquante géloses ensemencées à partir du flacon. En evanche,
parmi les géloses ensemencées à partir des 50 petits tubes,
certaines ne montrent pas de colonies résistantes, d'autres en montrent une
centaine. L'explication du phénomène est la suivante : si les bactériophages
induisaient la mutation vers la résistance après que les bactéries
aient été exposées aux bactériophages, toutes les géloses
devraient donner le même nombre de colonies résistant aux bactériophages.
Si au contraire, les mutations se produisaient comme des évènements
survenant au hasard dans les cultures bactériennes avant qu'elles ne soient
exposées aux bactériophages, quelques-uns des petits tubes pourraient
ne pas contenir de mutants, tandis que ceux dans lesquels les mutations seraient
survenues tôt au cours de la période de culture devraient en contenir
beaucoup. Donc, s'il y avait mutation, le nombre de colonies résistantes aux
phages obtenues à partir des cinquante petits tubes devrait présenter
un fort degré de fluctuation comparé au nombre de colonies résistantes
provenant du flacon. C'est exactement ce que l'on observe ! Il s'agit donc d'une
mutation spontanée et non d'une « mutation dirigée par les
bactériophages ». - La culture par réplique de Lederberg et
Lederberg (1952). Un morceau de velours stérile est tendu sur un cylindre
de métal ou de bois dont le diamètre est légèrement plus
petit qu'une boîte de Pétri. En appuyant légèrement le
velours sur une gélose en boîte de Pétri contenant des colonies
bactériennes, une fraction de chaque colonie est transférée
sur le velours. En appliquant ensuite la surface du velours sur une autre gélose
vierge, on obtient d'un seul coup un repiquage colonie par colonie de la première
gélose, et, en répétant les « répliques »,
on peut repiquer l'ensemble des colonies d'une boîte de Petri sur de multiples
boîtes.
On peut démontrer par cette technique que les mutations surviennent
indépendamment du facteur de sélection (figure 2). Pour cela on étale
un grand nombre d'E.coli sur une gélose sans antibiotique. Lorsque la culture
a poussé en donnant des colonies confluentes, on fait, à partir de
cette gélose, des répliques sur d'autres boîtes contenant un
antibiotique. Des colonies de mutants résistants à l'antibiotique apparaissent
sur ces boîtes repiquées dont quelques unes occupent une position identique
sur chaque boîte. On peut présumer que ceux-ci sont originaires de clones1
de cellules résistantes qui se trouvaient sur la boîte d'origine. Un
morceau de la surface de la culture est alors prélevé à l'emplacement
correspondant sur la boîte d'origine et ensemencé dans un tube de bouillon.
Lorsque la culture en bouillon s'est produite, un échantillon est étalé
sur une seconde boîte de gélose sans antibiotique et, ensuite, lorsque
cette culture a poussé, on repique par la technique du tampon de velours de
nouvelles boîtes contenant l'antibiotique. On constate qu'il y a maintenant
une plus grande proportion de colonies résistantes que la première
fois. On constate aussi que des colonies de mutants résistants occupent une
position identique sur chaque boite répliquée. Il suffit de prélever
à nouveau un fragment de la surface de culture à l'emplacement correspondant
sur la boîte d'origine et de porter ce fragment en bouillon. Si on répète
ce processus plusieurs fois, on obtient des cultures de plus en plus riches en colonies
résistantes à l'antibiotique. Finalement, en n'ensemençant que
100 cellules bactériennes, on obtient plusieurs colonies résistantes.
On peut, sur la culture d'origine, les prélever séparément et
vérifier qu'elles sont toutes composées de cellules bactériennes
résistantes à l'antibiotiques. Le fait capital de cette expérience
est que, sans aucun contact direct avec l'antibiotique, on a pu augmenter la proportion
de mutants, à chaque cycle d'étalement, ce qui prouve que la mutation
originelle conférent la résistance à l'antibiotique est apparue
en l'absence de l'antibiotique qui ne joue dans l'expérience que le rôle
d'agent sélecteur.
- Discontinuité (caractère brusque)
- La mutation
ne s'effectue pas à la suite d'une longue période d'adaptation progressive,
avec des formes intermédiaires, mais habituellement en une seule étape
(loi du tout ou rien). Dans certains cas, cependant, un comportement extrême
(par exemple résistance de haut niveau aux quinolones chez E.coli) apparaît
à la suite de mutations successives de plusieurs gènes. On oppose cette
résistance par étapes successives (« multiple step »
resistance) à celle qui se produit en une seule étape (« one
step » résistance).
- Stabilité
- Même en l'absence de l'agent
sélecteur, le caractère acquis par la mutation est transmis à
la descendance et se maintient dans les subcultures. La stabilité n'exclut
cependant pas la réversibilité de la mutation (« reverse
mutation »). Ex. : E.coli mutabile pour le caractère lactose.
- Rareté
- La
mutation est un phénomène rare qui n'affecte qu'une faible fraction
de l'ensemble des cellules bactériennes au sein d'une large population. La
proportion des mutants que l'on peut observer dans la population bactérienne
d'origine dépend de trois paramètres indépendants :
- la probabilité
qu'une cellule bactérienne mute dans une unité de temps donné,
correspondant à un certain nombre de générations. Cette probabilité
s'appelle le taux de mutation ;
- la distribution dans le temps des évènements
mutationnels durant la période de culture (cf. le test de fluctuation de Luria
et Delbruck), des mutations très précoces produisant de très
larges clones de descendants du mutant) ;
- le taux de croissance du mutant comparé
à celui du type parental sauvage (« fitness »).
Bien
que rares, les mutants peuvent être sélectionnés au sein d'une
population bactérienne, soit spontanément (sélection relative)
parce qu'ils possèdent un avantage physiologique (ex : vitesse de croissance,
taux de létalité, pathogénnicité...), soit artificiellement
(sélection absolue) parce qu'ils sont par exemple résistants à
un antibiotique qui « révèle » la mutation (agent
sélecteur). - Indépendance et spécificité
- La mutation n'affecte
habituellement qu'un seul caractère en respectant les autres (ex. : M.tuberculosis
sensible à tous les antibiotiques
M.tuberculosis résistant
à la streptomycine et sensible à tous les autres antibiotiques). Dans
certains cas, lorsque les mutations résultent de la modification d'une séquence
de gènes fonctionnant ensemble (un opéron), elles peuvent affecter
plusieurs caractères (mutation pléiotrope). La mutation d'un caractère
donné ne modifie pas la probabilité de mutation d'un autre caractère.
Il y a indépendance des mutations. Il en résulte que la probabilité
de mutation simultanée à l'égard de deux caractères est
égale au produit des probabilités individuelles. Si la probabilité
de la résistance de M.tuberculosis à la streptomycine par mutation
est de 10-5 et celle de la résistance à l'isoniazide de 10-6, la probabilité
de résistance double simultanée à la streptomycine et à
l'isoniazide est de 10-11 (base de la polychimiothérapie de la tuberculose,
du SIDA...).
2.1.2 La mutation à l'échelon moléculaire
Tout changement
dans la séquence nucléotique d'un gène constitue une mutation.
La séquence nucléotidique peut changer de deux manières, soit
par substitution d'une paire de bases par une autre à la suite d'une erreur
durant la réplication, soit par cassures de l'ossature sucre-phosphate de
l'ADN avec perte, addition ou inversion d'ADN entre les deux cassures. - Changement
de séquence consécutif à la substitution d'une paire de base :
il peut s'agir d'une transition (ex. : AT est remplacé par GC), ou d'une
inversion ou transversion (AT
TA. La plupart des mutations par substitution
d'une paire de bases sont réversibles (mutations réverses). Certaines
sont silencieuses (inapparentes), en particulier quand la substitution concerne le
3e nucléotide du codon car elles ne modifient pas la séquence en acides
aminés de la protéine correspondante (dégénérescence
du code génétique. D'autres sont au contraire létales, par exemple
lorsque la mutation introduit un codon non-sens (protéine tronquée). - Changement
de séquence consécutive à une cassure des liaisons sucre-phosphate :
la mutation affecte en général une séquence de bases plutôt
qu'une simple paire. Il y a délétion (perte) d'une séquence
(codon) d'ADN, inversion d'une séquence, ou encore insertion d'une séquence.
Dans ces cas, la mutation est souvent létale ou non réversible.
1. Un
clone est une population bactérienne descendant d'une seule bactérie
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